À Jérusalem, le malaise des écoles chrétiennes
Olivier Bonnel - Cité du Vatican
Depuis samedi 10 janvier, jour qui devait marquer la rentrée des classes pour 10 000 élèves des écoles chrétiennes de Jérusalem, ces établissements étaient en grève. La raison était le non renouvellement des permis de travail de 171 enseignants de ces établissements par les autorités israéliennes. Pas moins de 12 écoles chrétiennes de la Ville sainte restées portes closes pour dénoncer des mesures peu lisibles, qui pénalisent l'éducation des jeunes, chrétiens ou musulmans qui y sont scolarisés. Ce jeudi après-midi 15 janvier, les écoles ont annoncé pouvoir rouvrir samedi prochain, ayant reçu la garantie que ces permis seraient de nouveau octroyés.
L'origine de la crise remonte à l'été dernier, après une suspension d'un mois de ces permis de travail de la part d'Israël. «Pendant un mois, nos professeurs ne pouvaient venir à Jérusalem, alors que même si l'école était fermée, il y avait les camps d'été et besoin de maintenance», raconte le frère Daoud Kassabry, directeur du Collège des Frères des écoles chrétiennes, une institution dans la ville, qui remonte à 1904. «Le 20 août, ils ont fini par régulariser les permis, jusqu'au 30 décembre, et depuis, plus rien», se désole-t-il.
Des "mesures arbitraires"
Sésame essentiel, ces autorisations octroyées aux palestiniens de Cisjordanie leur permettent de venir travailler légalement de l’autre côté de la séparation avec Israël. Après de nombreuses protestations, les écoles chrétiennes de Jérusalem se sont d'abord vues accorder quelques permis, mais avec de fortes restrictions. «On a été surpris d'apprendre que les permis n'ont pas été octroyés aux personnes qui n'étaient pas mariées», confie le frère Kassabry.
Les quelques permis délivrés couvraient par ailleurs une période de 5 jours hedomadaires, excluant par exemple le samedi (jour de Shabat), alors qu'il est ouvré dans les écoles chrétiennes. Dans un communiqué publié le 10 janvier, le Secrétariat général des écoles chrétiennes avait dénoncé des «mesures arbitraires», expliquant son «incapacité à assurer le déroulement régulier du second semestre scolaire tant que ces mesures resteront en vigueur».
Un coup porté au modèle éducatif chrétien
«Ces mesures font partie intégrante d'une attaque ciblée contre le système éducatif palestinien à Jérusalem, dans le but de saper l'identité palestinienne, de confisquer le droit à l'éducation et d'entraver le droit à la liberté de circulation, le tout en violation des lois et conventions internationales», a protesté de son côté le ministère palestinien de l'éducation.
Difficile de connaître les raisons de ces restrictions, mais une chose est sûre, elles sont perçues comme une menace à l'identité éducative chétienne dans la ville sainte. «On sait que les autorités israéliennes font pression pour que l'on adopte le "bagrout", poursuit le frère Daoud, à savoir le programme scolaire israélien, mais ce programme est contre notre culture et notre identité, ce n'est pas nous».
Cette pression sur les écoles chrétiennes de Jérusalem est plus largement vue comme un coup porté au système éducatif de ces établissements, où cohabitent chrétiens et musulmans, et où l'éducation à la paix et à la fraternité reste une valeur essentielle, malgré les divisions. Un projet de loi est en débat à la Knesset, le parlement israélien, depuis l'été dernier. Il propose d'interdire l’emploi d’enseignants ayant étudié dans les territoires palestiniens, un effet collatéral du 7 octobre 2023. Les écoles chrétiennes de Jérusalem espèrent ne pas en arriver là.
Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici