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2026.01.30 Documenti del Concilio ecumenico Vaticano II

Sacrosanctum Concilium: «La liturgie est d’abord l’action du Christ»

Après Dei Verbum et Lumen Gentium (Lumière des nations), Léon XIV propose aux fidèles lors des audiences générales du mercredi, depuis le 20 mai dernier, une relecture de la Constitution liturgique, Sacrosanctum Concilium. Nous vous invitons à redécouvrir ce texte fondamental du Concile Vatican II, qui appelle à la participation pleine, consciente et active de tous les fidèles à la liturgie, avec le prêtre ivoirien Alain-Pierre Yao.

Entretien mené par Augustine Asta – Cité du Vatican

Lors de l’audience générale du 20 mai 2026, à laquelle avait assisté Aram Ier, Catholicos arménien de Cilicie, Léon XIV entamait, ce jour-là, un nouveau cycle de catéchèses, sur le premier Document promulgué par le Concile Vatican II: la constitution sur la sainte liturgie, Sacrosantum Concilium. En élaborant cette Constitution, avait expliqué le Successeur de Pierre, sur une place Saint-Pierre remplie de milliers de fidèles, «les Pères conciliaires ont voulu non seulement entreprendre une réforme des rites, mais aussi amener l’Église à contempler et à approfondir ce lien vivant qui la constitue et l’unit au mystère du Christ».

Prononçant mercredi dernier 12 août, sa 6e catéchèse sur cette Constitution liturgique, dans une basilique Saint-Pierre archi-comble, l’évêque de Rome, s’était attardé sur l’année liturgique, qui avait-il dit, «constitue le principe inspirateur et le cadre de référence essentiel de toute action pastorale.» Redécouverte de ce texte fondamental du Concile Vatican II, avec le père Alain-Pierre Yao, recteur du Grand Séminaire Notre-Dame de Guessihio à Gagnoa en Côte d’Ivoire et docteur en liturgie.

Père, pour commencer quels sont les grands thèmes abordés dans la Constitution liturgique Sacrosanctum Concilium?

Si nous partons du but essentiel du Concile, qui était de faire progresser la vie chrétienne et s'adapter aux nécessités de notre époque, de favoriser l'union des fidèles au Christ et aussi à l'Église, on peut retenir que les grands thèmes sont d'abord la restauration de la liturgie, la présentation du mystère du Christ, le mystère de l'Église, la participation active, entre autres.

Avant de parler de réforme des rites, Sacrosanctum Concilium commence par parler du mystère du Christ. Pourquoi le Concile a-t-il choisi de fonder la réflexion sur la liturgie sur le mystère du Christ et son œuvre de salut? Que nous apprend cette perspective sur la nature profonde de la liturgie, qui est d’abord l’œuvre du Christ et de son Église?

Dans le discours que le Pape Paul VI a prononcé le 4 décembre 1963, lors de la promulgation de la Constitution liturgique, il a souligné avec joie d'ailleurs, que Dieu a la première place, la prière est notre premier devoir et la liturgie est la source première de la prière de l'Église. En fondant sa réflexion sur le mystère du Christ, Sacrosanctum Concilium, nous ramène au cœur même de toute action liturgique. Nous nous réunissons pour faire mémoire de Jésus Christ dans sa Passion, sa mort et sa résurrection. Et donc l'importance de ce point de départ permet de savoir que le mystère que nous célébrons nous dépasse et montre la liturgie dans sa vraie nature, comme une œuvre du Christ, avant d'être l'action de l'Église.

Le Christ est présent dans la liturgie de différentes manières: dans l’Eucharistie, la Parole de Dieu, la personne du ministre et l’assemblée. Que change cette vision dans notre manière de comprendre et de vivre la messe: est-elle d’abord l’action du prêtre, de l’assemblée ou du Christ lui-même?

Le numéro 7 de la liturgie que vous citez, nous montre les modes de présence du Christ dans la liturgie. Ce paragraphe vient confirmer que dans la liturgie, le Christ agit pleinement et efficacement dans la personne du prêtre, dans l'assemblée réunie en son nom, dans sa Parole qui est proclamée dans les sacrements et aussi au plus haut point, dans les pains et le vin qui vont devenir son corps et son sang. Lorsque nous sommes à la messe, nous comprenons d'abord que la particularité de notre assemblée est celui qui la permet, c'est à dire celui qui nous réunit, celui qui nous convoque, c'est le Christ. Alors donc, nous ne nous ne sommes pas réunis de nous-même, de notre propre volonté, de notre initiative. C'est le Christ qui nous convoque et le savoir change tout notre mode de participation à la messe. Nous sommes donc un rendez-vous avec le Christ et donc c'est lui qui donne l'ordre du jour. Et cela permet aussi de situer le niveau de participation de chaque acteur, prêtre, lecteur, assemblée, et autres. On se rend compte que ces acteurs-là, ils agissent au nom de Jésus Christ et accomplissent donc un service, un ministère, ils n'agissent pas à leur nom propre.

Le père Alain-Pierre Yao, de l’archidiocèse de Bouake, recteur du Grand Séminaire Notre-Dame de Guessihio à Gagnoa en Côte d’Ivoire et docteur en liturgie.
Le père Alain-Pierre Yao, de l’archidiocèse de Bouake, recteur du Grand Séminaire Notre-Dame de Guessihio à Gagnoa en Côte d’Ivoire et docteur en liturgie.

Pourquoi Sacrosanctum Concilium insiste-t-il sur la «participation pleine, consciente et active» des fidèles? S’agit-il simplement de participer extérieurement à la célébration, ou d’entrer pleinement dans le mystère du Christ, avec tout son être? 

Voici une thématique importante de la constitution liturgique la participation active. Alors, lorsqu'on fait le point 25 fois, la constitution liturgie en parle, évoque ces nécessités. La nécessité de participation à l’action liturgique revient un peu comme un refrain, parce que c'est l'unique voie que nous avons pour montrer la vraie nature de la liturgie comme action communautaire et aussi la vraie nature de l'Église, comme un corps avec plusieurs membres. Cela nous fait comprendre que la liturgie n'est pas un spectacle auquel on assiste, mais bien une action dans laquelle nous sommes réunis, unis à l'acteur principal qui est le Christ, pour célébrer le mystère du salut. Donc, c'est un droit et un devoir de tout fidèle, en vertu du baptême que nous avons reçu. Et ce baptême qui nous configure au Christ il nous insère dans l'Église comme membre du Corps du Christ. En participant pleinement et activement à la liturgie, nous manifestons l'Église comme un vrai corps qui agit avec ses différents membres. Chaque partie du corps fait ce qui lui revient pour un bon fonctionnement de ce corps là. C'est pour cela que cette participation doit être absolument recherchée par les pasteurs. Mais participer à deux dimensions qui s'unissent participation extérieure aux rites, c'est à dire les répons, le chant, le mouvement, tout ce que nous faisons, mais aussi participation intérieure qui est un peu cette recherche d'intimité avec le Christ, un désir d'entrer dans la compréhension même du mystère que nous célébrons.

Et quels sont les fruits de cette participation? Lorsqu'elle est bien vécue, on voit que les fidèles ont une foi beaucoup plus vivante et la vie chrétienne est beaucoup plus vivante. Les fidèles deviennent comme vraiment de vrais véritables témoins du Christ dans le monde. Ils réussissent à faire un lien entre la célébration liturgique et leur vie quotidienne. 

Le document invite à nourrir les fidèles «des deux tables», celle de la Parole de Dieu et celle du Corps du Christ. Pourquoi cette unité entre Parole et Eucharistie est-elle essentielle pour comprendre la messe et la vie chrétienne?

Cette unicité des deux tables est évoquée dans le paragraphe 56 de la constitution liturgique. Et pour comprendre cette unicité, on peut se reporter à l'épisode des disciples d'Emmaüs. Depuis les débuts de l'Église, on n'a jamais dissocier ces deux réalités la parole et la table eucharistique. On ne peut pas connaître ni entrer en communion avec le Christ sans l'écouter. La Parole de Dieu est donc nourriture. C'est à la messe où on a d'un côté la parole qui rassasie, et de l'autre côté le pain qui est donné pour nourriture, pour la force spirituelle. Le Christ est présent dans sa Parole, comme l'affirme saint Jean dans son prologue: «Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous». Le Christ aussi est présent aussi dans le pain et le vin. On ne peut avoir d'Eucharistie sans ces deux réalités, ces deux tables. C'est justement pour cela que le Concile a préconisé de restaurer une lecture abondante de la Sainte Écriture dans le paragraphe 35 de la Constitution liturgique. Parce que c'est de la Sainte Écriture que l'Église tire le contenu même de sa prière.

En demandant des rites «nobles par leur simplicité», en accordant une place au silence, au chant, aux gestes et aux signes, quelle vision de la beauté et du langage liturgiques le Concile propose-t-il? La liturgie doit-elle seulement être comprise, ou aussi être vécue avec tout son être?

En demandant de restaurer les rites, le Concile fait savoir qu'ils ne sont pas des artifices, des revêtements extérieurs, du mystère sacramentel, un ensemble de cérémonies arbitraires, mais ils sont la médiation que l'Église utilise pour faire vivre le mystère divin. Et en le disant, je cite le Pape Léon XIV dans la troisième catéchèse qu'il a faite sur la liturgie le 3 juin 2026. Le Concile nous fait savoir que la liturgie, pour traduire la richesse de son contenu, utilise un langage symbolique à travers des gestes, des éléments matériels, le silence, pour faire vivre la présence de Dieu dans les actions liturgiques. Et quand ces signes et ces symboles ne disent plus rien à l'assemblée, ils deviennent un écran qui rend le mystère mystérieux.

Donc la compréhension de ce langage ne relève pas uniquement du rationnel, mais implique l'homme dans son entièreté. Le symbole de l'action liturgique interpelle chacun dans sa réalité, selon sa vie, selon sa conscience, selon son éducation, selon son niveau de connaissance. Et donc Dieu parle à chacun de façon singulière, à chaque action liturgique. Et le silence y joue un rôle important, essentiel pour percevoir ce message-là à travers mon contact avec les signes et les symboles qui se déroulent devant moi dans l’action liturgique. Et donc ne pas vouloir rechercher que tous comprennent cela de la même manière, ce serait appauvrir ce que c'est que l'action liturgique dans sa dimension symbolique.

Pourquoi ce document conciliaire rappelle-t-il que la liturgie n’épuise pas toute l’activité de l’Église et qu’elle doit être précédée par l’évangélisation et la foi? Quels risques y a-t-il à séparer la liturgie de la conversion, de la catéchèse et de la mission?

 Alors le numéro 9, de la Constitution liturgique dit clairement, que la liturgie n'épuise pas toute l'activité de l'Église, parce que la liturgie bien qu'elle soit la source et le sommet de la vie de l'Église n'est pas l'unique activité de l'Église. L'Église est aussi missionnaire et dans cette mission, elle a le devoir de porter l'Évangile dans le monde entier. Mais pour vivre pleinement et fructueusement une action liturgique, il faut aussi être préparé. Et cela passe par l'annonce de la foi, par la catéchèse, par l'évangélisation et aussi par les œuvres de charité. Cette action préalable de l'Église suscite la foi et la rend plus solide, et lui donne aussi un contenu qui est célébré dans la liturgie. Donc, bien que la liturgie enseigne en la vivant, si on n'est pas préparé, on en ressort vide. Le risque c’est de faire entrer des personnes dans la célébration sans catéchèse et sans préparation, cela crée une catégorie de chrétiens ''vide'', accrochés aux rites dans les formes externes, sans entrer en profondeur dans l'action liturgique dans laquelle on rencontre le Christ.

Comment la Constitution apostolique Sacrosanctum Concilium cherche-t-elle à concilier l’unité de l’Église et la diversité des cultures? Que peut encore nous apprendre aujourd’hui cette recherche d’un équilibre entre fidélité à la tradition et adaptation aux différentes réalités humaines?

Numéro 23 de la Constitution liturgique parle tradition, tradition et progrès. Dans le Credo de Nicée Constantinople, il est dit que l'Église est Une, sainte catholique, apostolique. Et ces thèmes-là sont bien choisis et précis pour dire que l'Église n'est pas uniforme. Elle est une de sa foi, mais multiforme dans l'expression et la célébration de cette foi. L'image que nous pouvons utiliser pour rendre visible cette réalité, c'est l'image de la Pentecôte. Les apôtres reçoivent l'Esprit-Saint. Ils parlent et chacun entend le message de Pierre dans sa propre langue. Cette diversité ne peut pas être source de division parce qu’elle est le fruit de l'Esprit Saint, qui est le principe unificateur même du corps du Christ qu'est l'Église. Ce faisant, l'Église prend conscience qu’elle est ouverte aux réalités du temps tout en préservant le contenu essentiel de sa foi. Il est donc déplorable aujourd'hui d'opposer la tradition et progrès, parce que ces deux réalités, en fait, ne s’opposent pas, mais doivent aller ensemble. Si nous voulons continuer l'œuvre du Christ, on doit porter les deux ensembles. Si nous voulons porter l'évangile du Christ aux hommes et aux femmes de notre temps, on doit mettre ensemble le progrès et la tradition. C'est pour cela qu'il y a des possibilités d'adaptation des rites en diverses cultures dans lesquelles ce rite est célébré.

Avec le recul, quels fruits de la réforme liturgique peut-on considérer comme les plus importants, et quels défis restent encore à relever? Dans un contexte où les pratiques liturgiques peuvent susciter débats et tensions, comment cette Constitution apostolique peut-elle encore servir de référence pour penser et vivre la liturgie aujourd’hui?

 Les fruits de la réforme postconciliaire sont nombreux. On peut citer la promulgation d'un nouveau missel, la réforme du lectionnaire, la réforme du calendrier liturgique, la réforme de l'Office divin du bréviaire, etc. Le défi majeur devant tous ces fruits du Concile, c'est bien la formation des acteurs pour une meilleure compréhension de l'esprit même de la liturgie. Il ne s'agit pas de chercher à observer scrupuleusement des normes liturgiques, mais de les vivre pleinement en entrant dans leur signification profonde. À ce sujet, nous louons et nous apprécions l'initiative du Pape Léon XIV, qui a entrepris depuis quelques mois une série de catéchèses sur les documents du Concile Vatican II.

Concernant les conflits, malheureux même que l'Église vit au niveau de la liturgie, il s'agit de relire la Constitution liturgique et de savoir comment l'Église veut célébrer le mystère de la foi aujourd'hui. En définitive, la Constitution liturgique sera donc pour nous le point de référence unique pour vivre la liturgie aujourd'hui, selon le désir de l'Église. Ce document, qui est partiellement exploité, est toujours d'actualité, même s'il y a beaucoup d'années que ça a été promulgué.

Au terme de la lecture de Sacrosanctum Concilium, peut-on dire qu’il s’agit seulement d’un texte sur la réforme de la liturgie, ou bien d’un texte sur le renouvellement de l’Église tout entière? Et pourquoi ce document demeure-t-il important pour l’Église d’aujourd’hui: que peut-il encore nous enseigner?

Le mystère de la liturgie manifeste la nature authentique, la véritable église et la restauration de la liturgie implique donc la division de l'Église. Sacrosanctum Concilium, nous indique donc une nouvelle vision d'Église, dans laquelle elle est présente comme un corps avec le Christ à sa tête: l'assemblée liturgique, les fidèles baptisés, forme un corps et les prêtres en font partie. Voici donc les bases de la synodalité dont on parle aujourd'hui. La conséquence majeure est que l'Église n'est pas la propriété des ministres ordonnés. C'est le corps du Christ et le lieu par excellence où ce corps là est constitué et se manifeste, c'est bien l'action liturgique, action du Christ et action de l'Église.

Sacrosantum Concilium, entretien avec le père Alain-Pierre Yao docteur en liturgie.

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19 août 2026, 12:00