Cardinal Pizzaballa: «Construisons ensemble la paix selon la méthode de saint Benoît»
Piero Damosso
Au milieu du déluge de la guerre au Moyen-Orient, une barque continue d’avancer sur une mer déchaînée: c’est l’Église du Patriarcat latin de Jérusalem. Cette métaphore vient à l’esprit lorsqu’on écoute le patriarche, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, qui a passé 24 heures de rencontres à Norcia, à l’abbaye de San Benedetto al Monte, à la basilique de Norcia, à la mairie et au théâtre municipal, où il a reçu le Prix international Saint-Benoît, décerné par la municipalité dix ans après le tremblement de terre, en tant que geste concret de reconstruction et de paix. «Nous aussi, nous avons vécu un tremblement de terre. 80 % des maisons ont été détruites à Gaza – a déclaré le patriarche. Les infrastructures et la vie sociale ont été anéanties. Aujourd’hui, les grandes secousses ont cessé, mais les répliques ne s’arrêtent jamais».
Cependant, malgré la grave crise de confiance qui touche les relations humaines, rendant tout difficile, en particulier le dialogue et les négociations, combien de temps cette nuit pourra-t-elle encore durer? L’espérance chrétienne ne déçoit pas, c’est une lumière qui, en Terre Sainte, reste allumée selon l’Évangile, malgré la haine, les violences, voire la difficulté de partager sa propre douleur avec celle des autres. C’est pourquoi la ville de Norcia a souhaité, lors de cette première édition du Prix international Saint-Benoît, sous le patronage du Parlement européen et de la Commission européenne, décerner cette distinction au patriarche Pizzaballa.
«Afin d’envoyer un signal fort de paix, plus urgent que jamais en ce moment, au nom de saint Benoît, nous avons souhaité récompenser un fervent artisan de la paix», a commenté le maire de Norcia, Giuliano Boccanera. Et le patriarche (qui s’est entretenu avec les journalistes Carmen Lasorella, François Vayne et Maria Gianniti, en liaison depuis Jérusalem, ainsi qu’avec la représentante du Conseil des jeunes de Norcia, Arianna Lucci) a expliqué à quel point il serait important de suivre la méthode de saint Benoît: «Au Moyen-Orient, nous traversons une période de transition, longue et dramatique, marquée par des soubresauts de toutes sortes, et nous ne savons pas quand elle prendra fin. Face à cette précarité, il ne faut pas se replier sur sa vie privée, mais jeter les bases de la reconstruction et de la restauration des personnes, de chaque homme, dans sa globalité, dans ses relations».
C’est ainsi, grâce à des témoins crédibles, que l’on peut faire renaître la confiance des décombres existentiels. Il faut des architectes et des maçons de la paix, dotés d’un regard et d’un cœur nouveaux. «Le dialogue ne peut se résumer à un simple “aimons-nous les uns les autres” – a poursuivi le cardinal Pizzaballa. Il faut savoir écouter, avec patience, en respectant toutes les victimes et chaque personne.» L’Église est un lieu ouvert de réconciliation, de justice, de pardon, où personne n’est un ennemi. Dans le même temps, un dialogue exigeant ne peut aboutir à «une paix factice», a souligné le père abbé de l’abbaye de San Benedetto al Monte, dom Benedetto Nivakoff, en rappelant l’une des règles bénédictines.
Il faut également relancer le dialogue interreligieux, a affirmé le patriarche: «Il faut recommencer et, surtout, il doit s'agir d'un dialogue entre les communautés plutôt qu’entre les élites. Il faut miser sur les jeunes, mais pas seulement. La paix est une culture, qui doit ensuite se traduire par des choix liés au territoire». Dans un message vidéo, la vice-présidente du Parlement européen, Antonella Sberna, a annoncé la tenue d’un séminaire européen sur le dialogue interreligieux dans les prochains mois et a fait savoir qu’une salle serait dédiée à saint Benoît de Norcia à Strasbourg.
Des signes d’une culture de paix qui devra être capable de faire face à un point de vue qui, malheureusement, ne cesse de se renforcer: «On pense qu’on peut construire un nouvel équilibre par la force», a observé le cardinal Pizzaballa. «Mais c’est une perspective vouée à l’échec.» Au-delà de la nuit du principe de la force, pourrait poindre l’aube de la nouvelle civilisation de l’amour, telle que l’espère le Pape Léon XIV.
À cet égard, le cardinal Pizzaballa cite deux exemples récents porteurs d’espérance: «En juin, je me suis rendu à l’université de Gaza. Six cents étudiants y ont participé. Beaucoup ont posé des questions. Un jeune homme avait même préparé sa question en latin. Tous ont manifesté un rejet catégorique de la violence. Et la même chose m’est arrivée en Israël, où j’ai été invité à un colloque sur la paix, en présence de nombreux jeunes. Ils ont déclaré qu’il fallait tourner la page et construire une paix durable».
L’archevêque de Spoleto-Norcia, Renato Boccardo, a affirmé, en évoquant toutes les guerres dans le monde, que ce prix décerné au cardinal Pizzaballa est un appel à la conscience de chacun. Pour le poète Davide Rondoni, président du Comité pour le huitième centenaire de la mort de saint François, «ce sont précisément les moines, à l’instar de saint Benoît et de saint François, qui témoignent que le monde ne nous appartient pas et que la résurrection est une réalité capable de transformer la vie des personnes et de changer le monde». «Du cri d’une terre meurtrie comme celle de Jérusalem – a déclaré Stefania Proietti, présidente de la région de l’Ombrie – s’élève vers nous un sentiment de responsabilité qui doit se traduire par des actes concrets».
C’est ainsi que s’est renforcé le lien entre Norcia, ville en reconstruction après le violent séisme de 2016, et la Terre Sainte, qui implore la paix. Et, dans le même temps, entre Norcia et l’Europe, comme l’a affirmé dans un message le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani: «Norcia est un lieu où l’Europe se retrouve elle-même et retrouve ses racines chrétiennes et culturelles».
Parmi les propositions qui ont émergé, on peut citer le soutien au projet de l'école que le Patriarcat souhaite rouvrir à Gaza; l'engagement en faveur d'une meilleure information (la correspondante de la Rai, Maria Gianniti, a fait valoir que les journalistes étrangers ne peuvent toujours pas entrer à Gaza); la volonté de contribuer à la mise en place d’un réseau de personnes et de communautés dans le domaine de l’éducation à la paix et de la promotion de la solidarité et des droits de l’homme, avec une dimension spirituelle, comme l’a suggéré le journaliste François Vayne, qui a repris la lettre pastorale du cardinal Pizzaballa intitulée: «Ils sont revenus à Jérusalem avec une grande joie»: «Jérusalem est la mère de tous les peuples et, par sa souffrance – a déclaré Vayne –, elle adresse un message au monde entier». La cérémonie de remise des prix a été accompagnée, et ce n’est pas un hasard, par la musique et les voix de la chorale d’enfants de Norcia, dirigée par Maria Cristina Lalli, avec deux artistes, Miriam Toukan et Idan Tolenado, elle palestinienne et lui israélien.
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