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Mgr Marcel Lefebvre Mgr Marcel Lefebvre 

Le schisme de Lefebvre se répète 38 ans après

Malgré les généreuses tentatives des saints Paul VI et Jean-Paul II, la décision de révoquer l’excommunication par Benoît XVI et des concessions de François, la Fraternité se sépare de nouveau de Rome avec des consécrations d’évêques illicites contre la volonté du Pape.

Andrea Tornielli*

C’est une histoire tourmentée, faite de tentatives généreuses, de portes restées ouvertes, d’occasions offertes. C’est une histoire douloureuse, marquée par deux graves déchirures qui ont conduit la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, fondée par l’archevêque Marcel Lefebvre, à se séparer du Pape et de la communion avec l’Église de Rome, en consacrant quatre évêques sans mandat pontifical. La fracture actée ce 1er juillet comporte de lourdes conséquences non seulement pour les évêques et les prêtres lefebvristes, mais pour tous les fidèles, puisque –comme l’explique la note explicative du dicastère pour la Doctrine de la foi– les prêtres de la Fraternité sacerdotale «administrent illicitement les sacrements et que le sacrement de pénitence qu’ils administrent ainsi que le mariage qu’ils célèbrent sont invalides».

Les décisions de Lefebvre

Pendant le Concile Vatican II, l’archevêque français Marcel Lefebvre, bien qu’appartenant à la minorité opposée à certaines réformes, signa aussi bien la Constitution sur la liturgie que la Déclaration sur la liberté religieuse. Après avoir fondé en 1970 la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X à Écône, en Suisse, Marcel Lefebvre refusa de célébrer selon le nouveau Missel et, en 1974, qualifia les réformes conciliaires de «nouveautés destructrices de l’Église», déclarant par écrit le refus de la Rome «de tendance néo-moderniste». Le diocèse annula la reconnaissance de la Fraternité, mais Paul VI chercha à dialoguer, demandant la fermeture du séminaire. Après plusieurs refus répétés, Marcel Lefebvre fut suspendu a divinis, mais continua tout de même à célébrer publiquement. En 1976, il fut reçu à Castelgandolfo, mais l’entretien avec le Pape n’aboutit à rien. Paul VI confia sa douleur au philosophe Jean Guitton pour ce qu’il qualifia de «première vraie croix» de son pontificat, bien qu’il ne voulût pas transformer la non-communion en excommunication formelle.

L’accord doctrinal signé par Mgr Lefebvre

Avec l’élection de Jean-Paul II, Marcel Lefebvre fit preuve d’une plus grande ouverture, déclarant en 1980 de ne pas avoir de doutes quant à la légitimité du nouveau Pape. En avril 1988, le cardinal Joseph Ratzinger mena une négociation de trois jours avec l’archevêque, parvenant à un protocole doctrinal commun, signé le 5 mai: la Fraternité Saint-Pie-X promettait fidélité à l’Église et au Souverain pontife, acceptait le Magistère conciliaire et reconnaissait la validité de la Messe selon les rites des saints Paul VI et Jean-Paul II. Tout semblait résolu.

Le premier acte schismatique

Le lendemain de la signature, le 6 mai 1988, Marcel Lefebvre annula l’accord en annonçant l’intention de consacrer de nouveaux évêques sans mandat pontifical, redoutant que Rome choisisse des candidats hors de la Fraternité sacerdotale. Malgré une nouvelle rencontre et un télégramme du cardinal Ratzinger qui demandait, «par amour du Christ et de son Église», de renoncer aux ordinations, le 30 juin 1988, Marcel Lefebvre, avec l’évêque brésilien Antonio de Castro Mayer, consacra quatre nouveaux évêques: Bernard Fellay, Alfonso de Gallareta, Richard Williamson et Bernard Tissier de Mallerais. L’excommunication latae sententiae pour acte schismatique intervint le 1er juillet. Les années suivantes, le Saint-Siège se montra disposé à concéder des solutions canoniques, tandis que les lefebvristes continuèrent d’invoquer le manque de «clarté doctrinale», prétendant que l’Église dût renoncer à certaines mesures du Concile.

Le pèlerinage de 2000 et les concessions de Benoît XVI

En août 2000, les lefebvristes accomplirent un pèlerinage jubilaire à Rome, et Bernard Fellay fut reçu par Jean-Paul II. Les contacts s’intensifièrent avec Benoît XVI, qui en 2007 libéralisa l’usage du Missel préconciliaire avec le Motu Summorum Pontificum et, le 24 juin 2009, révoqua l’excommunication des quatre évêques consacrés par Marcel Lefebvre. La décision fut néanmoins entachée par la diffusion d’un entretien dans lequel l’un des évêques réhabilités, Richard Williamson, avait exprimé des positions négationnistes sur l’extermination des juifs, provoquant de vives polémiques envers le Pape, qui avait espéré de la part des lefebvristes un engagement vers la pleine communion avec l’Église.

Le préambule de 2011 et la faculté de François

En septembre 2011, aux termes d’entretiens doctrinaux, le Saint-Siège demanda à la Fraternité sacerdotale d’approuver un texte bref qui demandait l’adhésion au magistère pontifical, sans fermer le débat théologique sur le Concile. Mgr Fellay jugea le document inacceptable. Les solutions canoniques suivantes n’aboutirent à rien, puisque les lefebvristes déclarèrent ne pas chercher, en priorité, de reconnaissance juridique. Avec le Pape François, lors du Jubilé de la Miséricorde en 2016, des facultés spéciales furent concédées aux prêtres de la Fraternité sacerdotale pour les confessions, puis renouvelées de manière stable, dans un geste d’ouverture pastorale envers les fidèles.

Nouveau schisme, confessions et mariages invalides

Le 2 février 2026, la Fraternité Saint-Pie-X annonce la consécration de nouveaux évêques pour le 1er juillet. Le 12 février, le supérieur de la Fraternité sacerdotale, le père Davide Pagliarani, est reçu à Rome par le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi. Le préfet a proposé aux lefebvristes «un parcours de dialogue spécifiquement théologique, avec une méthodologie bien précise, concernant des thèmes qui n’ont pas encore fait l’objet d’une clarification suffisante», afin de mettre en évidence «les conditions minimales nécessaires à la pleine communion avec l’Église catholique» et une solution canonique: «La possibilité de mener ce dialogue suppose que la Fraternité suspende la décision relative aux ordinations épiscopales annoncées». Malgré les appels et les invitations au dialogue, les lefebvristes persistent, provoquant un nouveau schisme. Interrogé par les journalistes à Castel Gandolfo le 16 juin, Léon XIV déclarait: «Certainement, la division entre chrétiens est toujours douloureuse, cependant ils refusent d’accepter des éléments fondamentaux de l’Église, à partir du Concile Vatican II. S’ils font ce choix, cela me désole, mais de notre côté nous devons aller de l’avant».

*Directeur éditorial des médias du Vatican



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02 juillet 2026, 09:00