Les évêques condamnent la répression des manifestations des étudiants en Inde
Augustine Asta (avec agences) - Cité du Vatican
Depuis cinq jours, des milliers de jeunes, rassemblés à New Delhi sous la bannière du «Parti du peuple des cafards» (CJP), dénoncent les fraudes répétées dans les examens universitaires et réclament la démission du ministre de l'Éducation, Dharmendra Pradhan. Face à une mobilisation devenue la plus importante contestation du troisième mandat de Narendra Modi, le gouvernement a annoncé l'ouverture ce vendredi 24 juillet, de discussions avec les représentants des étudiants. Parallèlement, le conseil des ministres doit examiner un projet de loi prévoyant des procédures judiciaires accélérées et un durcissement des sanctions contre les auteurs de fraudes aux examens. Si cette initiative est perçue comme une première réponse aux revendications, de nombreux manifestants estiment qu'elle reste insuffisante tant que les responsabilités politiques ne sont pas établies.
La tension demeure vive après les affrontements survenus lors de la marche des étudiants vers le Parlement. La répression policière, marquée par des charges et l'utilisation de gaz lacrymogènes, a fait 180 blessés selon les autorités, plusieurs centaines selon les organisateurs. Dans le même temps, le militant Sonam Wangchuk a suspendu sa grève de la faim après avoir obtenu des garanties écrites du gouvernement, notamment l'absence de poursuites contre les manifestants pacifiques et la promesse d'un débat parlementaire sur la réforme du système éducatif.
Les évêques appellent au respect des droits démocratiques
Dans ce climat de forte polarisation, la Conférence des évêques catholiques de l'Inde (CBCI) a publié, le 21 juillet, un communiqué exprimant sa «profonde consternation» et a «fermement condamné la charge brutale à coups de lathi et l’utilisation de gaz lacrymogènes» contre des étudiants qui manifestaient pacifiquement lors de leur «Sansad March» à New Delhi. «Les jeunes du pays, qui représentent l’avenir de la nation, étaient descendus dans la rue avec des revendications légitimes en faveur d’une plus grande responsabilisation et de réformes du système éducatif», écrivent les évêques.
Pour la CBCI, le recours à une force disproportionnée contre des manifestants pacifiques constitue une «atteinte déchirante à l'âme même de notre démocratie». Les évêques expriment leur solidarité aux étudiants blessés et réitèrent leur soutien à leur demande d'un système éducatif «transparent, responsable et juste». «Nous partageons votre douleur, entendons vos voix et nous faisons l’écho de votre cri légitime en faveur d’un système éducatif transparent et juste», indique le communiqué.
Engager un dialogue «constructif» et «sincère»
La Conférence épiscopale a également exprimé son «soutien indéfectible» à Sonam Wangchuk, «militant de renom» en faveur de la réforme de l’éducation, qui a mené une grève de la faim prolongée pour réclamer des réformes significatives. La CBCI a donc fait part de sa profonde inquiétude quant à son état de santé suite à son admission à l’hôpital Safdarjung et a appelé les autorités à répondre à «ses revendications avec compassion et compréhension plutôt qu’avec la répression.»
Appelant à la «retenue et à un engagement constructif», les évêques indiens ont exhorté le gouvernement à engager un «dialogue constructif avec les étudiants manifestants et toutes les parties prenantes concernées» dans le respect des «droits constitutionnels des citoyens», notamment la «liberté de réunion pacifique et d’expression démocratique».
Réaffirmant son engagement en faveur de la justice, de la paix et de la dignité de chaque personne, la CBCI espère que les préoccupations soulevées par les étudiants soient prises en compte grâce à un «dialogue sincère et à des réformes concrètes visant à renforcer le système éducatif et les valeurs démocratiques du pays.»
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