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Lors du voyage apostolique du Pape au Cameroun. Messe à l'aéroport de Yaoundé-Ville, le 18 avril dernier. Lors du voyage apostolique du Pape au Cameroun. Messe à l'aéroport de Yaoundé-Ville, le 18 avril dernier.  (@Vatican Media)

À Dar es-Salam, l’inculturation au cœur du deuxième congrès des liturgistes africains

Les liturgistes africains organisent, du 3 au 9 août 2026, leur deuxième congrès international à Dar es-Salam en Tanzanie. Ils viendront de tout le continent pour réfléchir sur «la pratique de l’inculturation en Afrique». Au cours de cette rencontre, sur la base du Magistère de l’Église, ils revisiteront «nos traditions, examineront nos pratiques actuelles et scruteront les perspectives d’avenir», révèle le père Apollinaire Kouakou Adams, de la Côte d’Ivoire.

Françoise Niamien - Cité du Vatican

Lors de leur premier congrès, qui les a réunis à Dakar, au Sénégal, du 4 au 8 décembre 2023, les liturgistes africains s'étaient penchés sur la question liturgique en Afrique. «Nous nous étions interrogés, soixante ans après le concile œcuménique Vatican II, sur la réalité liturgique dans le sens de l’accueil de ce renouveau voulu par les pères conciliaires», se rappelle le père Apollinaire Kouakou Adams, professeur de liturgie au grand séminaire Saint-Paul d’Abidjan-Kouté, dans le diocèse de Yopougon, en Côte d’Ivoire, et membre de l’Association des liturgistes africains. Ainsi, le premier rendez-vous en terre sénégalaise a permis aux congressistes de définir les acquis, les défis et les perspectives de la question liturgique en Afrique pour offrir un cadre adéquat à l’inculturation liturgique, en vue d’une meilleure maturation dans les Églises locales. 

Des liturgistes africains lors de leur premier congres à Dakar au Sénégal en 2023
Des liturgistes africains lors de leur premier congres à Dakar au Sénégal en 2023

Trois ans après, les liturgistes africains se réuniront durant une semaine, du 3 au 9 août 2026, au ‘’Kurasini Centre’’ de Dar es-Salam, en Tanzanie, pour approfondir leurs réflexions «sur les pratiques d’inculturation liturgique en Afrique dans le passé, au présent et à l’avenir». Au cours de ce congrès, un accent particulier sera mis sur l’histoire et les pratiques liturgiques en vue d’en proposer «des solutions plus inculturées, attentives aux traditions et aux défis africains, avec la conviction que chaque nouveau pas est un retour à la source dans l’Église», révèle le liturgiste ivoirien dans un entretien qu’il a accordé aux médias du Vatican avant l’ouverture de leur deuxième congrès, auquel participeront une centaine de liturgistes africains.

Entretien avec le père Apollinaire Kouakou Adams, professeur de liturgie au grand séminaire Saint-Paul d’Abidjan-Kouté en Côte d’Ivoire

Père Apollinaire Kouakou Adams, qu’est-ce que la liturgie et comment la définissez-vous dans un contexte africain ?

La liturgie est la foi de l'Église qui est célébrée à travers le rite comme la forme d'expression par laquelle l'Église, depuis des millénaires, fait mémoire de l'unique mystère de la foi: la passion, la mort et la résurrection du Christ. Mais cette foi est célébrée dans un contexte où vivent des hommes, où une culture accueille et intègre l'Évangile, parole de Dieu, où une culture reçoit et s'invite au rendez-vous de Dieu qui demande à chaque homme de l'accueillir.

La liturgie dans un contexte africain est ce dialogue, où la culture africaine se propose d'être un chemin par lequel Dieu atteint chacun spécifiquement dans son lieu d'existence. Ici, il ne s’agit pas d'une liturgie africaine à part, mais de la liturgie chrétienne vécue dans le sens et dans l'âme africaine. Il s’agit d’inculturation. Et ce deuxième congrès des liturgistes africains vise à faire un pas de plus pour l’enracinement de la foi à partir de la notion de l’inculturation.

Et que devons-nous savoir de cette notion de l’inculturation ?

Je voudrais aborder cette question en m’appuyant sur la compréhension du prêtre jésuite Pedro Arrupe, l’un des premiers à proposer une définition presque complète sur la notion de l’inculturation. Pour lui, «l’inculturation est l’incarnation de la vie et du message chrétien dans une aire culturelle concrète, de sorte que non seulement l’expérience chrétienne s’exprime avec les éléments propres à la culture en question (ce qui n’est pas une adaptation superficielle), mais aussi que cette expérience devienne un principe d’inspiration, à la fois norme et force d’unification, qui transforme et recrée cette culture, étant ainsi à l’origine de ‘‘ce qu’on a appelé une nouvelle création’’». Dans ce sens, l’inculturation est un processus qui prend ses racines dans l’incarnation en revêtant un double mouvement: incarnation de l’Évangile dans une culture particulière, et incarnation de la foi qui prend naissant dans le contexte culturel.

Pour Peter Schineller, autre jésuite, si ce passage demeure difficile, il repose tout de même sur quatre piliers essentiels: l’enracinement du christianisme dans les diverses cultures, la transformation des cultures à la lumière de l’Évangile, l’évangélisation de tous les aspects de la vie individuelle et sociale d’un peuple et la maturation de l’Église dans chaque culture. Ainsi, pour nous liturgistes africains, nous devons aider à la synchronisation de la foi professée et la foi célébrée de sorte à promouvoir ces quatre dimensions précitées dans nos communautés. Cette démarche est la forme la plus accomplie que le théologien ivoirien Jean Sinsin Bayo met sous le vocal: «une foi capable de nommer chrétiennement son existence».

Procession de l'Évangéliaire - Diocèse de Bondoukou en Côte d'Ivoire
Procession de l'Évangéliaire - Diocèse de Bondoukou en Côte d'Ivoire

Quel est le lien à établir entre Liturgie et Inculturation ?

«Viendra le moment où l’Église défendra seul l’homme et la culture», cette affirmation du cardinal Henri Newman traduit bien le lien étroit qui existe entre la culture et la communauté croyante. Mieux entre la célébration de la foi par le rite liturgique et la culture porteuse des traditions des fidèles du Christ. La liturgie ne se vit jamais de manière isolée du contexte humain: elle se déploie toujours à l’intérieur d’une culture, c’est-à-dire d’une manière de penser, de ressentir, de prier et de s’exprimer propre à un peuple. La culture influence profondément la manière dont les peuples reçoivent la liturgie et y participent.
C’est pourquoi, parler de la liturgie et de l’inculturation, c’est travailler de sorte à établir un lien intrinsèque entre la foi et le sujet de la foi qu’est le chrétien. Cette relation se fonde comme je l’ai déjà souligné sur le mystère de l’Incarnation. En effet, le Verbe fait chair crée des «épousailles» entre Lui, Dieu-Homme et chaque homme dans sa situation concrète (Cf. Jn 1, 14). Dans ce sens, «une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n’est pas pleinement accueillie».

Au cours de ce congrès, vous réfléchirez sur le thème «les pratiques d'inculturation liturgique en Afrique, dans le passé, au présent et à l'avenir», que devons-nous comprendre de ce thème ?

La liturgie est un processus historique toujours vivant. Ce choix vise l’enracinement du christianisme dans une Afrique plurielle culturellement. Si la culture est définie comme «le dynamisme social particulier par lequel un groupe humain vit, sent, entre en relation, s’organise, célèbre et communique la vie. La culture donc se vit dans la réalité concrète de ses membres, dans la manière d’être et de s’exprimer. Le groupe culturel s’adapte à son environnement, établit ses relations, oriente et détermine le sens qu’il donne à sa vie, à son action, à sa communication», elle est intrinsèquement liée à l’homme dans sa situation concrète. La culture donne à l’homme la capacité de réflexion sur lui-même. C’est pourquoi ce congrès en prenant en considération les orientations du Concile Œcuménique Vatican, voudrait donner un rayonnement nouveau au visage de l’Église dans le contexte africain. «La liturgie et le dialogue culturel sont des sujets étroitement liés». Être fidèle au Christ en lui étant contemporain suppose que toute culture comme lieu d’épanouissement de la vie est en même temps moyen d’expression et de communication de Dieu. C’est ce qui justifie notre choix.

Statue de la Vierge Marie - Voyage apostolique en Guinée équatoriale - Messe au stade de Malabo
Statue de la Vierge Marie - Voyage apostolique en Guinée équatoriale - Messe au stade de Malabo   (@Vatican Media)

En tant que liturgiste africain, quelle lecture faites-vous de l’inculturation aujourd’hui en Afrique ?

Il y a des belles tentatives qui prennent en compte l'art sacré. Par exemple, la question de l'architecture, la construction de nos Églises, elles doivent obéir à un certain art, mais qui tiennent compte des potentialités d'expressions artistiques de nos pays africains. Au niveau du chant liturgique, il y a une culture chrétienne, mais qui revêt aussi une culture locale, c’est bien le cas de nos chants en langue aujourd'hui. Par contre, nous sommes contre les tentatives d'adaptation mal comprises, parce que l'inculturation n'est pas une adaptation superficielle. Ce n'est pas du vernis mis sur une couleur qui la déforme et la rend difficile à apprécier comme beauté. De ce fait, de ma vision, c'est d'extirper, retirer, sur la base du magistère de l’Église ce qui ne correspond aux orientations de l'Église même. Ce que nous voyons aujourd'hui, parfois, perd le caractère sacré à cause du folklore qui se mélange sur une intention bonne de départ, qui veut prendre un élément culturel pour exprimer la foi.

Quels sont les défis actuels de l’Église en Afrique face à l’inculturation ?

L’inculturation est un processus qui prend ses racines dans l'incarnation en revêtant un double mouvement. L'incarnation de l'Évangile dans une culture particulière, et l'incarnation de la foi qui prend naissance dans le contexte culturel par conséquent, les défis peuvent se résumer en quatre axes, à savoir l’enracinement du christianisme dans les différentes cultures ; la transformation des cultures à la lumière de l'Évangile ; l'évangélisation de tous les aspects de la vie individuelle et sociale de chaque peuple ; et la maturation de l'Église. Aussi, ces défis ne vont pas mettre en berne, la question du chant liturgique, le chant sacré, la liturgie qui comprend l'architecture et tout se constituent des icônes aujourd'hui de nos peuples, les instruments et leur usage.

Voyage apostolique en Guinée équatoriale - Messe au stade de Malabo
Voyage apostolique en Guinée équatoriale - Messe au stade de Malabo   (@Vatican Media)

Quels seront les défis particuliers de ce deuxième congrès ? 

Durant ce deuxième congrès, nous voulons revisiter nos traditions et cultures pour en faire avec tous les peuples africains, une offrande d’agréable odeur au Seigneur. Comme, finalité, c’est d’abord la création d’un cadre propice de rencontre de tous les liturgistes africains et de tous les amoureux de l’Art liturgique.
C’est pourquoi ce congrès vise à mettre un accent particulier sur l’histoire et les pratiques liturgiques en vue de proposer en quelque sorte des solutions ‘’inculturées’’ attentives aux traditions et aux défis africains dans l’annonce de la foi aujourd’hui avec la ferme conviction que chaque nouveau pas dans ce champ est un retour à la source qu’est l’Église. Un autre défi majeur, c’est le domaine de la formation. Nous voulons proposer des programmes de formation liturgique intégrale et adéquate qui allie histoire et théologie dans nos universités et instituts catholiques en Afrique. C’est pourquoi nous allons relire les textes du magistère sur l’inculturation et examiner leur applicabilité dans la spécificité africaine. Relire l’histoire de l’art sacré, en prenant en considération les techniques que nous offre aujourd’hui l’Architecture, sans oublier de poser un regard attentif sur la musique sacrée.

En sommes pour nous, liturgistes africains, il s’agira à Dar- Es- Salam d’aider nos communautés à parvenir à harmoniser la foi professée et la foi célébrée, de sorte à promouvoir ces quatre dimensions déjà soulignées.



 

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31 juillet 2026, 11:09