Archevêque de Conakry: «Le pallium est le symbole du devoir de servir les autres»
Myriam Sandouno et Augustine Asta – Cité du Vatican
Commémorant ce 29 juin le martyre des saints Pierre et Paul, piliers de l’Église: «l’un choisi par Jésus comme berger de son troupeau, et l’autre élu comme apôtre des nations», 35 archevêques métropolitains venus de divers continents et nommés au cours de l’année écoulée, ont reçu ce lundi des mains du Pape Léon XIV, le pallium. Cette bande de laine blanche ornée de croix expriment en effet «l’engagement de chaque pasteur – mais aussi de tout chrétien – à porter sur ses épaules les frères et sœurs qui lui sont confiés comme autant d’agneaux du troupeau du Seigneur», et à «offrir pour eux son énergie, son temps, ses efforts, voire sa propre vie, afin que l’Évangile parvienne à tous, et que le monde entier y trouve harmonie et concorde» a indiqué le Pape dans son homélie, lors de la messe à laquelle ont assisté 5 500 personnes dans la basilique Saint-Pierre de Rome.
Remise du pallium et communion
Parmi les archevêques exhortés par le Saint-Père à «se tourner vers ces deux saints – Pierre et Paul –, pour comprendre comment être à notre tour des apôtres et des bâtisseurs d’unité, des serviteurs généreux de la vérité dans la charité», figurait Mgr François Sylla devenu archevêque métropolitain de Conakry en février dernier. Pour lui, c’est une «grâce» de recevoir ce symbole qui signifie «la communion de l’archevêque avec le Successeur de Pierre», mais aussi «cet appel à être le signe d’unité, de communion entre les églises particulières dans la province ecclésiastique», déclare-t-il.
Non pas un privilège, mais un service
La remise du pallium à chacun des archevêques, représente «le pasteur qui porte les brebis et va à la recherche de celles égarées, qui est à l’écoute de tous et se met à leur disposition». Cela ne représente pas un privilège, estime Mgr Sylla, mais plutôt «un signe qui montre que dans l’Église il n’y a que le service. Nous sommes faits pour le service, et l’autorité dans l’Église c’est le service et la diaconie», insiste-t-il.
Les diocèses
Dans un pays comme la Guinée, où l’islam est la religion majoritaire (88% de la population étant musulmane), l’Église a connu «ces deux dernières années, une grande transformation». De trois diocèses, explique-t-il, «nous sommes passés à cinq». C'est une «grâce pour la Guinée, car pendant longtemps nous avons cheminé avec trois diocèses». «Petit à petit, l’Église s’agrandit». «Les premiers missionnaires sont arrivés dans un contexte où il n'y avait rien», puis, au fur et à mesure, raconte-t-il, «l'Église s'est affirmée, construisant des écoles, des dispensaires. Elle s'exprime sur le plan social et prend part au dialogue interreligieux». Mgr Sylla encourage ses compatriotes à «témoigner de l'Évangile» dans tous les milieux de vie, comme l’on fait les Pères au cours des 150 ans d’évangélisation dans le pays, et même face à la douleur.
Expulsion des missionnaires et emprisonnement de Mgr Tchidimbo
«Nous avons connu l'expulsion le 26 août 1961, de Mgr Gérard de Milleville, premier archevêque de Conakry», contraint de quitter le pays en représailles à une lettre de protestation qu'il avait adressée au président Ahmed Sékou Touré, suite à la nationalisation de toutes les écoles privées catholiques. «Nous avons également connu l'expulsion de tous les missionnaires ‘‘blancs’’ en 1967; raconte Mgr Sylla, puis l'incarcération du deuxième archevêque de Conakry, Mgr Raymond-Marie Tchidimbo», pendant le régime Sékou Touré. Accusé de faire partie du complot «coup de mains portugais», Mgr Tchidimbo, arrêté en 1970 et condamné à la prison à vie, passera neuf ans au Camp Boiro. Il fut libéré le 7 août 1979, et mis dans l’avion pour Monrovia, la capitale du Liberia.
Les laïcs
Malgré ce tableau sombre, «l'Église est restée forte et les laïcs ont pris leurs responsabilités», assure l’archevêque actuel de Conakry. «Le peu de prêtres s'est impliqué directement dans l'annonce de l'Évangile, et c'est ce qui se poursuit aujourd'hui. Nous avons un grand séminaire sur place en Guinée. On est passé d'une centaine de prêtres à plus de 200 pour toute la Guinée». Mais, poursuit-il, «il faut entretenir ces prêtres, il faut aussi entretenir les personnes âgées, les prêtres âgés qui deviennent de plus en plus nombreux dans nos diocèses».
Le rôle des laïcs dans l’histoire de l’Église en Guinée a ensuite été mis en évidence par l'archevêque de Conakry: «Dès le début, les laïcs ont fait appel aux missionnaires. Ils ont appelé les premiers missionnaires à venir évangéliser, à diffuser l'Évangile». Et après leur expulsion, «dans toutes les paroisses, les laïcs ont pris leurs responsabilités. Aujourd'hui encore, ils sont grandement impliqués dans la vie de l'Église au niveau des commissions de pèlerinages, de la catéchèse, de l’éducation catholique sur tous les plans, et de la liturgie….Ils sont impliqués dans l'annonce de l'Évangile.»
Concluant, l’archevêque de Conakry invite «dans la diversité et malgré des points de vue différents, à l’union et à la justice, à la cohésion sociale entre tous les fils et filles de Guinée».
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