L’évêque de Butembo-Beni dénonce les dérives politiques en RDC
Fabrice Bagendekere, SJ – Cité du Vatican
Le diocèse de Butembo-Beni, correspondant aux territoires portant le même nom, souffre d’une insécurité presqu’endémique. La zone sud du diocèse vit sous l’occupation des rebelles des mouvements alliés de l’AFC/M23, avec la complicité étrangère, tandis que le nord est affligé de manière répétitive par les actions meurtrières des ADF-Nalu. L’on remarque en même temps la montée du banditisme urbain dans les zones rurales, le dysfonctionnement dans les écoles et dans les structures sanitaires. Tout cela, couronné par la nouvelle épidémie à virus Ebola, qui a soustrait la région du reste du pays et des environs. Dans un contexte aussi complexe, Mgr Melchisédech exprime son étonnement de constater que les politiques du pays «s’attellent avec obstination incompréhensible à activer le processus du changement de la constitution du pays», tandis que, de toute logique, «il serait plus utile et urgent de leur part de se pencher sur la recherche de réponses adéquates à apporter aux attentes profondes de la population».
Ne pas oublier la finalité du mandat
L’évêque de Butembo-Beni avise le président de la République, le gouvernement, les députés et sénateurs de son pays sur le risque que comporte leur attitude, faisant remarquer que cela «apparait comme un cautionnement de la division du pays, que les congolais redoutent». Dès lors, le prélat formule explicitement quatre demandes, non plus seulement aux politiques, mais à tous les Congolais, chacun selon le rôle qu’il joue pour «rendre ce pays, soit plus beau qu’avant, soit plus vilain».
Au président de la République, Mgr Melchisédech exhorte à «se préoccuper avant tout de la restauration de la paix sur l’ensemble du territoire national et de ne pas oublier que la finalité du pouvoir, c’est d’abord le service». Aux députés et sénateurs, l’évêque demande de «ne pas être complices des malheurs de leurs frères et sœurs», leur rappelant que «le peuple les a envoyés au Parlement pour lui ouvrir le chemin de son bien-être intégral et non pour l’enfermer dans un cycle infernal de violence, par des décisions qui brisent sa cohésion sociale». Aux forces de défense et de sécurité, l'évêque invite à une remise en question, en vue de l’efficacité de leur mission.
Faire preuve de maturité politique et d’amour de la patrie
À la population, Mgr Melchisédech exhorte à «garder, dans tous les cas, une conscience morale éveillée, afin de ne pas tomber dans les manipulations politiciennes». «Ce n’est pas le changement de la constitution qui arrêtera les massacres dont nous sommes des victimes. Ce n’est pas non plus un référendum qui améliorera automatiquement nos conditions sociales de vies», insiste l’évêque de Butembo-Beni, invitant ses compatriotes à «faire preuve de maturité politique et d’amour de la patrie».
«La population congolaise a le droit non seulement de vivre, mais de vivre dans la paix, la dignité; la justice et la réconciliation», conclut l'évêque, en invoquant sur son pays et le monde entier, l’intercession de la Sainte Vierge Marie, «Reine de la paix».
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