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Une vue du quartier Raval à Barcelone. Une vue du quartier Raval à Barcelone. 

Le quartier Raval, l’autre visage de Barcelone

C'est l'un des quartiers les plus problématiques de la capitale catalane, où se concentre une forte proportion de personnes issues de l'immigration, vivant dans des conditions d'extrême pauvreté. La récente visite du Pape à Barcelone «nous rappelle qu’il est possible de lever les yeux et de continuer à vivre avec cette humanité si souvent maltraitée ou rendue invisible», affirme sœur Encarna Jordan, qui, avec la Fondation Amaranta, s’occupe des victimes de la traite.

Augustine Asta et Antonella Palermo - De retour de Barcelone

«Barcelone est une grande ville qui attire de nombreux touristes par sa beauté et son art. C’est aussi une ville qui accueille depuis longtemps des personnes venues du monde entier», explique sœur Encarna Jordan, engagée depuis plus de vingt ans auprès des victimes de la traite des êtres humains. Cela étant, derrière cette image de carte postale connue de plusieurs se cache une autre réalité, particulièrement visible dans le Raval. C’est en effet l’un des quartiers les plus multiculturels, avec de nombreux immigrés, provenant en majorité d’Amérique latine, des Philippines et du Pakistan. 

Dans les rues du quartier, de nombreux migrants arrivés pour fuir les conflits, la violence ou l’extrême pauvreté tentent de reconstruire leur vie. Beaucoup se retrouvent cependant livrés à eux-mêmes. «Ce sont des groupes extrêmement vulnérables que nous croisons chaque jour sans leur prêter attention. Nous les rendons invisibles parce qu’ils nous dérangent aussi», déplore la religieuse.

Accompagner les victimes de la traite vers la reconstruction

Depuis 2002, sœur Jordan travaille au sein de la Fondation Amaranta auprès de femmes victimes d’exploitation et de traite des êtres humains. Une mission qui a profondément évolué au fil des années. «Au départ, nous pensions qu’il suffisait d’offrir un accueil. Mais nous avons découvert une réalité beaucoup plus complexe, qui nécessite des services spécialisés pour permettre à ces personnes d’accéder à leurs droits», explique-t-elle. Aujourd’hui, l’accompagnement va bien au-delà de l’hébergement d’urgence. Il comprend un suivi juridique, psychologique et social destiné à aider les victimes à retrouver leur autonomie. «Nous voulons offrir un accueil global afin que chaque personne puisse récupérer les droits qui lui ont été retirés et s’intégrer dans la société de manière digne», affirme-t-elle. «La dignité et la liberté sont des droits fondamentaux.»

Mais le chemin est encore long. Nombre de femmes accueillies portent les séquelles de violences extrêmes. «Certaines arrivent après avoir vécu des situations d’une brutalité inimaginable. Les aider à retrouver confiance en elles-mêmes et dans les autres est un processus difficile, long et coûteux.», regrette-telle.

«Il a fallu reconstruire toute son histoire»

Parmi les souvenirs qui l’ont le plus marquée, sœur Jordan évoque le cas d’une femme dont l’identité semblait avoir été totalement effacée par les violences subies: «Je crois qu’elle avait été traitée comme un objet au point d’oublier qui elle était. Il nous a fallu beaucoup de temps pour reconstituer sa biographie, comprendre qui était sa famille et comment elle était arrivée ici.» Un travail de patience mené collectivement par des équipes qui accompagnent ces femmes au quotidien. «Cela demande énormément de dévouement, mais aussi une grande capacité à croire en la possibilité de la reconstruction», explique-t-elle.

«Casa Betania», un nouveau départ après la prison

À quelques rues de là, un autre projet social tente de redonner une perspective d’avenir à des femmes ayant connu l’incarcération. Gérée par Caritas, la «Casa Betania» accueille celles qui entament leur parcours de réinsertion. «Le logement est l’une des conditions essentielles pour obtenir des permissions de sortie», explique Lourdes Ginesta, responsable, au sein de la Caritas diocésaine, des projets de réinsertion sociale des femmes détenues.

La structure accompagne les détenues dans les différentes étapes de leur retour progressif à la liberté: permissions de sortie, régime semi-ouvert, puis liberté conditionnelle. Mais la réinsertion ne se limite pas aux démarches administratives. «Nous proposons un accompagnement éducatif et social individualisé 24 heures sur 24, sept jours sur sept», souligne-t-elle.

Réapprendre à vivre dans une société qui a changé

Après plusieurs années passées en détention, certaines femmes doivent réapprendre des gestes devenus banals pour le reste de la population. «Il faut parfois les accompagner dans l’utilisation d’un téléphone portable, la prise de rendez-vous en ligne, la recherche d’un emploi sur internet ou la préparation d’un entretien en visioconférence», raconte Lourdes Ginesta. La recherche d’un logement constitue également un défi majeur dans une ville où les loyers atteignent des niveaux très élevés. Les femmes accueillies à «Casa Betania» proviennent souvent de milieux déjà fragilisés avant leur incarcération. «Beaucoup ont grandi dans des contextes de grande précarité. Elles disposent généralement d’un réseau familial ou social très faible», rapporte-t-elle. Selon la responsable, environ 40% des résidentes sont des femmes migrantes, souvent confrontées à plusieurs formes de vulnérabilité: pauvreté, isolement, prostitution ou parcours migratoire difficile.

Créer des ponts plutôt que des murs

Pour favoriser leur reconstruction, «Casa Betania» cherche à recréer un environnement familial. Chaque résidente dispose de sa propre chambre et bénéficie d’un accompagnement adapté à sa situation. «L’objectif est que cette maison soit véritablement leur maison pendant leur séjour ici», explique Lourdes Ginesta. L’établissement a également développé des partenariats avec les associations du quartier et même avec une salle de sport afin de favoriser l’intégration sociale des résidentes.

«Chrétiens, nous sommes appelés à rendre présent l’amour de Dieu» 

La visite du Pape Léon dans ce quartier barcelonais de Raval, marqué par la pauvreté et l’exclusion sociale, a été perçue comme un signal fort par les acteurs de terrain. Rencontrant en l’église Saint-Augustin les membres des organisations caritatives qui œuvrent aux côtés des drogués, des victimes de la traite, des pauvres et des exclus, Léon XIV avait rappelé l’identité et la mission du chrétien aujourd'hui, invitant à affronter les défis de déshumanisation de notre temps. Le Saint-Père avait par ailleurs salué le travail de celles et ceux qui œuvrent auprès des plus vulnérables. 

Dignité et humanité 

Citant son encyclique Magnifica humanitas, le Pape avait insisté sur le fait que: «Chrétiens, nous sommes appelés à rendre présent l’amour de Dieu pour chaque homme et chaque femme, dans le tissu concret de l’histoire». «Dieu a créé “l’homme à son image, à l’image de Dieu il l’a créé; il les a créés homme et femme”. C’est là que réside la dignité inaliénable de tout être humain, qui ne dépend pas des capacités qu’il possède, des richesses qu’il accumule ou du rôle qu’il joue, mais du don qui le précède et le dépasse, donné par Dieu comme expression de son amour qui ne faillit jamais.» «Soyez donc des témoins crédibles de l’espérance chrétienne au service attentif de vos frères et sœurs», avait-il ensuite exhorté.

Pour sœur Jordan, qui avait aussi livré son témoignage lors de la rencontre avec le Pape , la présence de l’évêque de Rome dans ce quartier emblématique de Barcelone a permis de mettre la lumière sur des réalités souvent ignorées. «C’est un élan important que le Pape se soit s’immergé dans les marges de cette ville. Cela nous rappelle qu’il est possible de lever les yeux et de continuer à vivre avec cette humanité si souvent maltraitée ou rendue invisible», déclare-t-elle.

Lourdes Ginesta estime pour sa part que la venue du Pape a donné de la «visibilité à des personnes qui restent souvent cachées aux yeux de la société». Et de conclure: «Nous espérons qu’elle contribuera à créer davantage de ponts entre la société et les groupes les plus exclus.»

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25 juin 2026, 15:01