Guinée: Boffa, «porte d’entrée de la foi», au cœur d’un pèlerinage marial national
Joanitha Scholastique-Conakry avec Moriba Camara, S.J. - Cité du Vatican
Le pèlerinage a été initié par Mgr Raymond-Marie, en 1963, puis marqué par la visite du Saint-Père, saint Jean-Paul II, qui, lors de sa prière de consécration dans les jardins de l’archevêché de Conakry, a consacré la Guinée à la Très Sainte Vierge Marie sous le vocable de Notre-Dame de Guinée. Le cardinal Robert Sarah, à son initiative, a ensuite créé le sanctuaire marial de Boffa sous le même vocable, en République de Guinée. Ce sanctuaire est un sanctuaire marial national: il appartient à toute l’Église de Guinée, à tous les diocèses de notre pays.
Dans ce sanctuaire, nous trouvons la vieille église Saint-Joseph, la grotte mariale et le cimetière des missionnaires. Quel message ces lieux transmettent-ils aux nombreux pèlerins?
Le sanctuaire marial de Boffa est considéré comme "la porte d’entrée de la foi en Guinée". C’est là que les missionnaires ont implanté la Croix du Christ en 1877, date qui marque l’origine de la mission de Boffa en République de Guinée, précisément le 15 août 1877. Vous conviendrez avec moi que, de 1877 à 2027, l’Église de Guinée totalise cent cinquante ans d’évangélisation. Boffa fut ainsi la première communauté chrétienne du pays, la mère de toutes les missions, d’où son rôle et sa place centrale dans l’Église de Guinée comme porte d’entrée de la foi.
Dans ce sanctuaire de Boffa, nous avons la vieille église, qui n’est certes pas l’église des origines, mais qui a été construite en 1939 dans sa forme actuelle. Nous avons également la grotte mariale, édifiée par les premiers missionnaires, qui accueille les pèlerins à l’entrée du sanctuaire.
Saint Joseph constitue aussi un point central de ce pèlerinage. Enfin, avant d’arriver à la Croix glorieuse, se trouve le cimetière des missionnaires. Les premiers évangélisateurs de la Guinée reposent en effet dans ce sanctuaire de Boffa, ce qui renforce sa forte dimension symbolique comme porte d’entrée de la foi en République de Guinée.
Dans un contexte marqué par des défis sociaux et économiques, quelles sont aujourd’hui les principales intentions de prière portées par les fidèles lors de ce pèlerinage?
Depuis ses origines, et notamment depuis la création de ce sanctuaire par le cardinal Robert Sarah, le pèlerinage a progressivement attiré un nombre croissant de fidèles. Nous sommes passés d’une cinquantaine de pèlerins à ses débuts, il y a soixante-trois ans, à plus de vingt-cinq mille pèlerins aujourd’hui. Vous conviendrez avec moi que tous les diocèses de Guinée, ainsi que les pays de la sous-région — notamment la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau — et même au-delà, se retrouvent ici à Boffa pour ce pèlerinage. Celui-ci est très important et occupe une place centrale dans l’Église de Guinée.
Célébré le premier week-end du mois de mai, en mémoire de saint Joseph — puisque la mission de Boffa lui a été consacrée dès ses origines —, ce sanctuaire marial accueille aujourd’hui plus de vingt-cinq mille pèlerins réunis durant tout un week-end pour prier. Quelles sont leurs intentions? Elles sont multiples. La Guinée sort d’une période marquée par des élections présidentielles, précédées d’un coup d’État et d’un régime de transition. Aujourd’hui, le pays est en pleine reconstruction.
Les attentes sont claires: la paix, la cohésion sociale, l’harmonie entre les peuples — dans un pays où la majorité de la population est musulmane — ainsi que la satisfaction des besoins spirituels, matériels et humains pour une vie digne et épanouie. En ce sens, ce sanctuaire répond à ces attentes en recueillant les intentions des fidèles et en les portant dans la célébration des sacrements, en particulier dans l’Eucharistie.
À la fin de ce pèlerinage, quel message pouvez-vous adresser aux fidèles?
En 2026, ce pèlerinage a eu un sens ecclésial et synodal. Nous sommes en marche vers la célébration des 150 ans d’évangélisation de notre pays, la Guinée et ses saintes terres. Ce jubilé des cent cinquante ans a été voulu par nos pères, les évêques, et a été ouvert au niveau diocésain le 11 février 2026. Sa clôture est prévue pour le mois de novembre 2027, ici même à Boffa, au sanctuaire marial national Notre-Dame de Guinée, porte de la foi et de l’évangélisation en Guinée.
Et de quoi s’agira-t-il exactement?
Dans cette marche vers les cent cinquante ans, il s’agit de faire mémoire: mémoire de ces hommes et de ces femmes qui ont donné leur vie et leur temps — prêtres, religieux, religieuses, catéchistes — et qui, dans un esprit missionnaire, se sont dévoués corps et âme pour que l’Évangile soit annoncé jusque dans les contrées les plus reculées de notre pays.
Aujourd’hui, en tant que fidèles guinéens, nous sommes les dépositaires de cet héritage: l’héritage de tous ces missionnaires qui ont donné leur vie, leur expérience et leur temps pour que l’Évangile nous parvienne. Cet héritage doit être préservé, entretenu et transmis. Le souhait que nous formulons est que l’Église de Guinée, dans sa marche synodale — Église famille de Dieu —, prenne un nouvel élan missionnaire : qu’elle passe d’une Église qui a reçu l’Évangile à une Église qui le porte jusque dans les moindres recoins de notre société.
Que la société guinéenne soit transformée par la force de l’Évangile vécu par les chrétiens laïcs. Oui, nous sommes encore une terre de mission et d’évangélisation. Que l’annonce de l’Évangile soit l’affaire de tous, et non seulement des prêtres, des religieux et des religieuses. Que chacun se sente concerné par cette mission, quel que soit le milieu dans lequel il se trouve ou la fonction qu’il occupe. C’est ainsi que nous pourrons contribuer à transformer les structures sociales de la Guinée, en vue d’un développement harmonieux et durable. Nous rendons grâce à Dieu et prions pour que ce jubilé porte des fruits: des fruits pour l’Église de Guinée, pour la République de Guinée, et pour toute l’Afrique, ainsi que pour l’Église universelle.
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