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Un piéton se promène dans la ville de Slavoutych, fondée en 1986 pour accueillir les employés de la centrale nucléaire et leurs familles. Un piéton se promène dans la ville de Slavoutych, fondée en 1986 pour accueillir les employés de la centrale nucléaire et leurs familles.  (AFP or licensors)

Tchernobyl, la force de la prière dans le cœur de ceux qui restent

Quarante ans après la catastrophe nucléaire qui a secoué l'Ukraine et l'Europe, le père Yuriy Lohaza, curé de la communauté grecque-catholique de Slavutych, livre son témoignage au micro des médias du Vatican. La mission du prêtre consiste souvent à rester aux côtés des gens, à les écouter et à partager leur douleur.

Svitlana Dukhovych - Cité du Vatican

«La plupart des habitants de Slavutych sont, d’une manière ou d’une autre, liés au mot ‘‘Tchernobyl’’: beaucoup se souviennent de ces événements et portent encore les blessures de la tragédie. Parmi nos paroissiens, il y a des personnes qui ont participé à la liquidation de l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, qui en ont subi les conséquences ou qui ont été évacuées et ont trouvé ici un nouveau foyer. Certains continuent encore aujourd’hui à travailler à la centrale. Ils portent en eux les blessures d’il y a quarante ans, qui auraient dû cicatriser, mais avec le début de la guerre à grande échelle, de nouvelles blessures se sont rouvertes» : explique le père Yuriy Lohaza, curé de la communauté grecque-catholique de Slavutych.

Une ville née de l’urgence

Slavutych est la ville la plus jeune d’Ukraine. Elle a été construite après l’accident pour accueillir les travailleurs évacués de la centrale, ainsi que les habitants de la ville voisine de Pripyat, située à seulement 2 kilomètres, et d’autres villages environnants, considérés comme une zone d’évacuation obligatoire. Don Yuriy explique que la centrale reste encore aujourd’hui le principal lieu de travail pour les habitants. Pendant la guerre à grande échelle, il est devenu beaucoup plus difficile de s'y rendre, car il n'existe plus de liaisons directes comme par le passé, lorsque le train était également disponible.

Guerre et nouvelles blessures

La commémoration du quarantième anniversaire est également l’occasion de rappeler l’acte héroïque de ceux qui ont empêché des conséquences encore plus graves. Mais les événements liés à la guerre ont replongé la ville dans une nouvelle situation d’urgence. Située à moins de 20 kilomètres de la frontière avec la Biélorussie, Slavutych a été encerclée par les militaires russes dès le 24 février; le lendemain, la centrale a également été occupée. Le 31 mars, l’armée russe s’est retirée du nord du pays et de la ville. Tout au long de la période d’occupation, le père Yuriy est resté aux côtés de la population, offrant un soutien spirituel et une aide concrète. «Nous avons vécu des moments difficiles — raconte-t-il — et nous continuons à vivre dans l’appréhension». Beaucoup ont quitté la ville, tandis que d’autres sont arrivés des zones de combat, notamment d’Enerhodar. L'invasion a ouvert de nouvelles blessures: certains habitants ont été capturés, d'autres sont morts. «Pour ceux qui portaient déjà des blessures, cette invasion les a rendues encore plus lourdes».

Le poids des pertes

En Ukraine, 66 % de la population fait confiance à l’Église. Essayons de comprendre pourquoi et comment cette relation a évolué au fil des ans. Selon le curé, les blessures les plus profondes sont celles liées à la perte. «Nous avons célébré les funérailles de plus de quatre-vingts militaires. Nous comprenons la douleur des familles: des enfants orphelins, des femmes veuves, des mères qui ont enterré leurs enfants.» Dans ce contexte, la tâche du prêtre consiste souvent à rester aux côtés des gens, à les écouter et à partager leur douleur. Don Yuriy propose également une lecture pastorale de la tragédie: «Cela ne concerne pas seulement l’aspect technique, mais le cœur humain. Chaque décision a des conséquences». Outre la responsabilité, il souligne également l’héroïsme de ceux qui sont intervenus pour limiter les dégâts, «un geste d’amour envers le prochain».

Les souvenirs d'Ivanna

Parmi les témoins, il y a Ivanna, 67 ans, qui se souvient de la vie à Pripyat comme d’un lieu plein de vie et de normalité. «La ville était magnifique, avec beaucoup de jeunes, la forêt, la rivière.» En 1986, tout a changé soudainement: personne n’expliquait ce qui se passait et l’évacuation a été annoncée comme temporaire. La famille n’y est jamais revenue. Après des années difficiles et plusieurs déménagements, Ivanna s’est installée à Slavutych. Aujourd’hui, elle regarde le temps écoulé avec incrédulité: «Je pensais que nous ne vivrions qu’un an ou deux au maximum». La guerre a apporté de nouvelles souffrances: des funérailles incessantes, des vies jeunes brisées, des corps à identifier par l’ADN.

Prière et résistance quotidienne

La force d’Ivanna, c’est la foi. Après la mort de son mari et l’éloignement de ses enfants, elle a trouvé dans la prière un soutien constant. «Il faut prier davantage, se confier à Dieu». Même face aux bombardements et aux nouvelles les plus dures, la prière devient un moyen de résister. Ivanna continue de fréquenter l’église tous les jours, soutenant la communauté et cultivant l’espoir. «Grâce à Dieu, je suis toujours avec Lui, je prie et je continue à vivre».

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25 avril 2026, 12:29