Veillée pascale au Saint-Sépulcre: «devenons des artisans d’espérance»
Beatrice Guarrera - Cité du Vatican
«Pâques ne commence pas par la proclamation de la victoire, mais par l’écoute d’une histoire: une histoire qui affronte la mort pour parvenir à la vie.» C'est par ces mots que le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, a rappelé dans son homélie le passage nécessaire par les ténèbres pour parvenir à la Résurrection, lors de la célébration de la veillée pascale dans la basilique du Saint-Sépulcre. Une veillée organisée samedi matin en raison des restrictions imposées par les autorités afin de garantir la sécurité en ce temps de guerre. Seules quelques personnes ont assisté à la liturgie, parmi lesquelles les frères franciscains de la Custodie de Terre Sainte qui vivent dans le couvent du Saint-Sépulcre.
Dieu habite la condition humaine
«Les portes sont encore fermées. Le silence est presque absolu, rompu peut-être par le bruit lointain de ce que la guerre continue de semer sur cette terre sainte et déchirée». «Pourtant, a précisé le cardinal Pizzaballa, ici même, en ce lieu où la mort a été habitée par Dieu, la Parole de Dieu résonne plus fort que tout silence». La foi de la communauté chrétienne de Terre Sainte a beau être «éprouvée, fragile, peut-être fatiguée», elle demeure débout, a assuré le patriarche, en soulignant que cela est rendu possible par le soutien de Dieu. «Dieu, a-t-il poursuivi, n’a pas choisi une échappatoire, mais il a décidé d’entrer dans la condition humaine dans sa réalité la plus profonde, en assumant sur lui-même toutes les dimensions de l’existence, y compris celle que nous vivons aujourd’hui, malheureusement, de manière souvent violente: la douleur et la mort. Non pas pour les ''expliquer'' de loin, mais pour les habiter de près.»
«Qui nous roulera la pierre?»
Dans son homélie, le patriarche a fait remarquer que la longue liturgie de la Parole avait conduit, pas à pas, les fidèles à l’Évangile selon saint Matthieu: «Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus» (Mt 28, 2). Loin d’être un simple détail narratif, cette scène est «au cœur d’un passage qui bouleverse le monde» assure le cardinal. Celle d’une «pierre déplacée non par des forces humaines, mais par la puissance divine». «En ce moment, a-t-il reconnu, il semble n’y avoir personne capable de rouler les pierres des tombeaux que la souffrance, dans cette situation de guerre, continue de creuser. Mais c’est précisément pour cela que nous écoutons avec plus d’urgence la question que les femmes portaient dans leur cœur: ''Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau?''» (Mc 16, 3).
Cette question, qui incarne la recherche d’espérance «quand il semble qu’il n’y ait plus rien à faire», s’élève de toute la Terre Sainte, «et de tous les lieux du monde marqués par la violence». Et la réponse, a poursuivi le cardinal, n’est pas «une annonce vide de sens, mais un événement»: celui de la pierre qui a été roulée, «non par notre force, mais par la puissance de l’amour de Dieu, plus fort que la mort».
Dieu n’attend pas que nos guerres prennent fin pour faire renaître la vie
La pierre a été enlevée alors qu’il faisait encore nuit, alors que personne ne croyait encore que cela fût possible «et c’est là, la première annonce pascale» a-t-il souligné. «Dieu n’attend pas que nos guerres prennent fin pour commencer à faire renaître la vie. Il commence dans l’obscurité. Il commence dans le silence. Il commence dans le sépulcre encore fermé».
Pâques «n’est pas le résultat de nos efforts de paix, aussi nécessaires soient-ils», mais devient au contraire le «fondement qui rend possible tout effort». «Aucune terre n’est disputée pour toujours, aucune blessure n’est incurable pour toujours, aucun souvenir n’est prisonnier de la haine pour toujours. Non pas parce que c’est facile – nous savons combien c’est difficile –, mais parce que le cours de l’histoire a changé. Nous ne marchons plus vers la mort: depuis ce tombeau, la mort est derrière nous. Et même lorsque la guerre semble nous dire le contraire, nous sommes ceux qui ont vu la pierre enlevée».
Devenons des pierres vivantes, signes de réconciliation
Ainsi, en ce jour, Jérusalem, «ville marquée par la mémoire de la mort et aujourd’hui par tant de divisions, devient le lieu où s’annonce la vie». «L’Évangile ne nous demande pas d’accomplir des exploits extraordinaires, a assuré le cardinal Pizzaballa, mais de garder la vie, même dans les petites choses. Non pas pour nier la croix, mais pour la transfigurer, en la rendant partie du chemin de salut qui nous unit à la vie de Dieu».
«Ne restons pas immobiles devant les pierres du monde, mais devenons – autant que possible – des ''pierres vivantes'', des signes de réconciliation, des artisans d’espérance, des témoins d’une vie que la mort ne parvient plus à enfermer». Telle est la consigne pascale que le patriarche a livré depuis le Saint-Sépulcre aux fidèles de Terre Sainte et du monde.
Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici