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Le cardinal Pizzaballa, lors de l'office de la Passion Le cardinal Pizzaballa, lors de l'office de la Passion  (Foto Latin Patriarchate of Jerusalem)

Le cardinal Pizzaballa propose une boussole à l’Église de Terre Sainte

Le patriarche latin de Jérusalem publie ce lundi une lettre pastorale aux fidèles de son diocèse. Ce texte, qui s’intitule «Ils retournèrent à Jérusalem dans une grande joie – proposition pour vivre la vocation de l’Église en Terre Sainte», se compose de trois parties – lire la réalité; la vocation, le rêve de Dieu appelé Jérusalem; et implications pastorales. Le cardinal Pizzaballa propose une lecture de la Jérusalem d’aujourd’hui pour tendre toujours plus vers la Jérusalem céleste.

Xavier Sartre – Cité du Vatican

C’est un texte long et dense que le patriarche latin de Jérusalem publie ce lundi, fruit d’un travail «laborieux et douloureux» né du 7-Octobre et de la guerre à Gaza qui a suivi, explique-t-il. Il part de la réalité, mais, prévient-il d’emblée, cette lettre pastorale ne contient pas «de considérations ni d’analyses à caractère purement politique». «Elle n’est politique» que dans le sens de la «polis», la cité, en grec.

Le patriarche fait ainsi le constat que l’attaque du 7-Octobre et la guerre à Gaza est le «symptôme» «d’un changement de paradigme à l’échelle mondiale», qui nous fait passer d’un ordre mondial basé sur le droit et le multilatéralisme au «recours à la force comme instrument jugé décisif pour la résolution des conflits».

La guerre est ainsi devenue «l’objet d’un culte idolâtre» dans lequel «les civils» sont «des dommages imputables au refus de l’ennemi de se rendre ou des instruments utiles à la réalisation de ses propres objectifs» regrette le cardinal qui dénonce «certaines puissances mondiales» qui «choisissent leur camp non pas en fonction de la justice mais en fonction de leurs propres intérêts stratégiques et économiques».

La douleur des victimes

De là découle la «rupture du lien» qui ne fait que produire «douleur, haine et méfiance». Pour le chef de l’Église catholique latine en Terre Sainte, il n’est pas question de mettre toutes les douleurs sur le même plan. Sans vouloir «établir un classement de la souffrance», prend-il la peine de préciser, «il existe une différence entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent»: «les responsabilités sont différentes» et le reconnaitre, affirme le patriarche, c’est «faire preuve de respect envers la justice et la vérité».

De ce sombre tableau qui retrace la réalité des Palestiniens, à Gaza et en Cisjordanie, le cardinal Pizzaballa passe à la vocation de l’Église en Terre Sainte, avec cette question prégnante: «Quelle est la volonté de Dieu pour Jérusalem?». Le cardinal rappelle que l’identité principale de la ville c’est «d’être le lieu de la révélation de Dieu», or «ignorer cette dimension “verticale” de notre Terre» c’est «la raison profonde de l’échec des accords de coexistence» des dernières décennies.

Le patriarche souligne aussi que «les frontières servent à préserver la liberté, non à l’étouffer» et qu’«il est possible de cohabiter en respectant les espaces d’autrui, en tenant compte de l’histoire de chacun et des différentes sensibilités». «Il n’y a pas de lieux à posséder mais des relations à construire» poursuit-il, estimant que la communauté internationale a son rôle à jouer.

L'Église instrument de guérison

Dans ce contexte chargé, l’Église de Jérusalem «petite et résiliente» est «un lieu accueillant, une splendeur pascale qui éclaire les ténèbres de la rancœur», «une maison aux portes ouvertes», «un instrument de guérison dans le monde».

Cela passe concrètement notamment par les familles, églises domestiques, mais aussi et surtout par l’école, «laboratoires du futur», les hôpitaux et les œuvres sociales gérées par l’Église.

«C’est là que le dialogue prend corps. Pas besoin de grands discours» affirme le cardinal Pizzaballa qui reconnait ses doutes, ses incertitudes et ses limites. «Comment pouvons-nous faire tout cela?» demande-t-il. «Nous ne le pouvons pas» si nous restons seuls, répond-il. Mais les chrétiens de Terre Sainte ne le sont pas, Jésus est parmi eux, se réjouit-il. Il faut juste retrouver la joie de l’Évangile invite en conclusion le patriarche latin.

 

 

 

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27 avril 2026, 13:31