Mgr Cona espère que les chrétiens pourront rester un pivot du dialogue en Syrie
Antonella Palermo - Cité du Vatican
Mgr Luigi Roberto Cona, nouveau représentant pontifical en Syrie, a exprimé sa gratitude au Saint-Père qui lui donne l'occasion de retourner au Moyen-Orient, où il avait déjà passé trois ans, à Amman, de 2014 à 2017. «Je retourne donc dans cette région avec beaucoup de joie, j'en suis vraiment heureux». «Il y a tant d’éléments si beaux dans la culture du Moyen-Orient», affirme Mgr Cona qui souhaite «servir de plus près les communautés chrétiennes qui s’y trouvent», confiant qu’avec l’aide de Dieu, «nous pourrons rendre un bon service pour le bien de cette Église et de ce peuple».
Parlez-nous un peu plus de cette expérience en Jordanie. Au cours de ces années, qu’est-ce qui vous a le plus marqué comme un don reçu de ces peuples du Moyen-Orient?
Pour moi, cela a été une expérience vraiment enrichissante, en tant que prêtre, et surtout, en tant que chrétien, car je suis arrivé en Jordanie au début de la guerre contre Daech et, au cours des trois années que j’y ai passées, avec l’aide de diverses institutions humanitaires et aussi de certaines ambassades accréditées en Jordanie. Ainsi que, de manière particulière, de la Conférence épiscopale italienne, nous avons pu accueillir environ dix mille réfugiés irakiens qui fuyaient Mossoul.
Ils venaient en Jordanie en quête d’un refuge, malheureusement dans l’attente d’une nouvelle destination. En effet, tous ces gens sont partis en Europe et la plupart en Amérique, aux États-Unis et au Canada, ainsi qu’en Australie. Ce fut une expérience merveilleuse, car on voyait comment ces chrétiens, qui avaient été témoins de tant d’horreurs, avaient préféré tout quitter plutôt que d’abandonner leur foi en Christ. J'ai donc considéré qu'il était de mon devoir de les assister, de les aider, en essayant de subvenir à tous leurs besoins. Cela m'a énormément enrichi sur le plan humain, en voyant, justement, en constatant de mes propres yeux ce que signifiait tout quitter par amour pour le Christ. C'était vraiment quelque chose de magnifique.
Les chrétiens de Syrie se sentent constamment tiraillés entre rester sur place et trouver un moyen de fuir. Que va-t-il advenir de leur avenir?
Pour l'instant, je n'ai pas beaucoup d'informations fiables, car je dois encore m'y rendre. J'espère que les conditions nécessaires pourront être créées pour qu'ils puissent rester. Il me semble que de nombreux musulmans, y compris en Syrie, ainsi que des responsables de ce pays, sont d'avis que la présence chrétienne en Syrie est une richesse, une richesse à préserver non seulement d'un point de vue culturel ou artistique, compte tenu également des vestiges chrétiens qui s'y trouvent, mais aussi une présence importante en soi.
La communauté chrétienne a toujours été une communauté de liaison qui a favorisé le dialogue et qui a également apporté de nombreuses contributions valables à la construction de ce pays, notamment d’un point de vue juridique, administratif et entrepreneurial. J’espère que ces compétences et ces qualités pourront perdurer et servir de base à la construction d’un pays plus riche, non seulement d’un point de vue économique, mais aussi culturel et surtout humain, en entretenant des relations d’égalité avec les autres Syriens, y compris ceux d’autres confessions.
La Syrie est un pays marqué par une longue histoire de guerre civile, qui peine à trouver le chemin de stabilisation. En tant que nonce apostolique, comment envisagez-vous coopérer avec le gouvernement qui a succédé à Bachar Al-Assad? Il y a une population, mosaïque de cultures et de confessions, qui vit dans la crainte constante de représailles, d’actes de violence de la part d’extrémistes… Selon vous, comment pourra-t-on reconstruire une citoyenneté et une participation à la vie politique?
Je crois que le Saint-Père Léon XIV a déjà donné, pour ainsi dire, une orientation fondamentale. À plusieurs reprises, nous l’avons entendu au cours des prières de l'Angélus, il a réaffirmé le caractère central et l’urgence de revenir au dialogue. Avec la guerre, clairement, tout est perdu; c’est un peu le magistère des Souverains pontifes de ce dernier siècle. Avec la paix, tout est possible. Et le fondement de la paix, c'est le dialogue entre les différences afin de trouver des points de rencontre. C'est pourquoi, dès à présent, je me déclare pleinement et absolument disposé à favoriser les lieux de rencontre et de dialogue afin de construire ensemble, en unissant nos forces, en insistant non pas tant sur ce qui nous divise que sur ce qui nous unit. Car c'est précisément ce qui nous unit qui constitue la base pour construire un avenir meilleur.
Je voudrais également évoquer le tremblement de terre qui a frappé la Syrie il y a trois ans, ainsi que la Turquie. Que pensez-vous de ceux qui n’ont toujours pas de toit?
L'une des missions du nonce apostolique est sans aucun doute de collaborer et de favoriser le bien-être du peuple auprès duquel le Saint-Père l’a envoyé. C'est pourquoi, je m'efforcerai de m'activer pour voir si des projets de construction peuvent être mis en place. Je m'efforcerai de me mettre à disposition autant que possible pour favoriser des conditions de vie plus dignes pour les personnes qui souffrent encore de la perte de leur logement.
L'armée syrienne a signalé qu'une de ses bases avait été attaquée par des missiles lancés depuis l'Irak. Ces derniers jours, l'aviation israélienne a même frappé Serghaya, sur l'Anti-Liban, entre la région de Damas et la vallée de la Bekaa. L'Observatoire syrien des droits de l'homme a signalé une attaque par drones contre la base américaine de Harab al-Jir, dans la campagne nord de la province d'al-Hasakah. Dans ce contexte si instable, quels scénarios entrevoyez-vous pour la Syrie? Pensez-vous que ce pays, que l'on a encore tendance à considérer aujourd'hui comme le seul «paisible» du Moyen-Orient, le restera?
Oui, j'espère que les dirigeants feront tout leur possible pour ne pas céder à ces provocations et qu'ils s'engageront plutôt activement dans un dialogue pacifique, sans répondre œil pour œil, dent pour dent.
L'escalade militaire fait craindre que la diplomatie ne soit en train d'échouer dans sa mission de médiation. Qu'en pensez-vous?
Je suis convaincu que la diplomatie est plutôt active. Un grand diplomate pontifical, le cardinal Sodano, parlait d’une diplomatie de l’absence, c’est-à-dire une diplomatie qui reste active dans le silence, si active et si silencieuse qu’elle semble vraiment absente. Cela ne signifie pas pour autant qu’on ne travaille pas. Je suis convaincu qu’il vaut mieux travailler dans le silence, dans l’ombre, plutôt que par des actions spectaculaires, qui peuvent parfois s’avérer contre-productives.
Il y a quarante-six ans, l'archevêque salvadorien Oscar Romero, alors qu'il célébrait la messe dans la petite chapelle de l'hôpital oncologique La Divina Providencia, à San Salvador, a été assassiné par un escadron de la mort d'extrême droite. Canonisé en 2018, il laisse derrière lui un héritage de défense des droits de l’homme dans les années qui ont précédé la guerre civile (1980-1992), qui, rappelons-le, a causé la mort d’environ 75 000 personnes. Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous manque le plus chez une personnalité comme lui?
Ce qui nous marque le plus, c’est de voir un pasteur qui ne prend pas parti. Malheureusement, saint Oscar a été tiré par la veste par des courants politiques opposés, qui pensaient qu’il était leur saint, leur champion. En vérité, saint Oscar n’agissait pas par idéologie, il défendait les droits de l’homme parce que c’est une exigence pastorale, cela fait partie de l’Évangile tout comme cela fait partie de la doctrine sociale de l’Église. En menant son combat désarmé et pacifique, il ne faisait rien d’autre que de répondre, d’une certaine manière, à l’appel qui lui venait de la mission pastorale qu’il avait reçue.
J’aime son image parce que, comme vous l’avez dit, il a été tué alors qu’il célébrait la messe, plus précisément au moment de l’offertoire. Il tenait les hosties dans ses mains, il élevait la patène avec les hosties et il a clairement vu l’assassin face à lui. Voilà, j’aime cette image de ce prêtre, de cet archevêque qui, face au risque de perdre la vie, ne recule pas, ne s’enfuit pas, ne se cache pas, mais reste là, allant à la rencontre de son destin. Dans ces hosties qu’il offrait, il remettait sa propre vie à la miséricorde de Dieu. Ce qui manque parfois, c’est justement ce courage des pasteurs formés par la doctrine sociale de l’Église et par la charité pastorale qui vient de l’Évangile, et qui peuvent se dépenser pour le bien du peuple et pour le salut non seulement corporel, mais aussi spirituel.
Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici