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Père Martin Bahati, SJ, chargé des programmes au Centre Arrupe pour la Recherche et la Formation, CARF. Père Martin Bahati, SJ, chargé des programmes au Centre Arrupe pour la Recherche et la Formation, CARF. 

RD Congo: Le cri des populations face au «scandale géologique» porté à Rome

Lors d’une rencontre à Rome du 19 au 21 mars, le «Réseau Églises et Mines» a lancé une nouvelle plateforme de désinvestissement dans le secteur minier. Le CARF, institution jésuite de Lubumbashi, dans le sud-est de la République démocratique du Congo y a dénoncé un système extractif qui, malgré des profits colossaux, maintient les populations locales dans une misère «indicible».

Jean-Paul Kamba, SJ – Cité du Vatican

Le contraste est presque insoutenable: «là où la terre recèle des minerais valant des milliards de dollars», les hommes et les femmes qui la foulent vivent dans une précarité extrême, note le père Martin Bahati, SJ chargé des programmes au Centre Arrupe pour la Recherche et la Formation, CARF qui a participé à la réunion. C’est pour répondre à ce «cri de la terre et des pauvres» que des activistes, des experts et des religieux venus d’Afrique, d’Asie, d’Europe et d’Amérique latine se sont réunis à Rome pour le lancement de la nouvelle plateforme promue par le Réseau «Églises et Mines» et qui vise à utiliser le levier du désinvestissement financier pour contraindre les multinationales à respecter la dignité humaine et l'intégrité de la Création.

L'urgence au Katanga: l'acide et la désolation

Interrogé sur la situation spécifique dans le sud-est de son pays, la RD Congo, le Père Bahati a décrit une réalité brutale où l'activité minière rime trop souvent avec désastre écologique et mépris des engagements sociaux. «On a vu une entreprise ouvrir les vannes pendant la pluie, et l'acide a envahi quelques quartier de la ville de Lubumbashi. Il y a des préjudices sur les personnes qui ont marché dans ces acides».

Le jésuite congolais estime que le problème ne réside pas tant dans l'extraction, que dans le non-respect systématique des cahiers des charges. Si les contrats miniers regorgent de promesses de développement, la réalité sur le terrain est tout autre: pollution de l'air, déforestation et contamination des cours d'eau essentiels à la vie des villages.

Père Martin Bahati, SJ chargé des programmes au CARF

Sortir de la «dépendance minière» par des alternatives

Pour le Père Bahati, l'un des axes majeurs de cette plateforme, particulièrement pertinent pour la RD Congo, est, d’une part, la recherche de modèles économiques qui ne reposent pas uniquement sur le sous-sol. D’autre part, s'assurer que les dividendes de l'extraction ne se perdent pas dans les méandres de la corruption, qu'elle vienne des multinationales, des autorités locales ou des chefs de terre. Afin de sortir de la dépendance minière, le chargé de programme du CARF plaide pour une réappropriation de la terre par les congolais à travers l'agriculture et l'élevage, afin de permettre aux communautés de ne plus dépendre exclusivement de l'extraction, souvent synonyme de déplacements forcés de populations qui finissent comme «des déplacés de guerre dans leur propre pays».

Une solidarité internationale contre la corruption

Le Père Bahati sait que son pays n’est pas seul dans ce combat. La force de cette nouvelle plateforme ‘apolitique’ réside dans sa dimension mondiale. Soulignant que les multinationales opérant au Congo sont souvent les mêmes qu'en Amérique latine ou en Asie, utilisant des méthodes identiques de prédation, il insiste sur le fait que la plateforme constitue un couloir de plaidoyer pour que les populations locales, congolaise en particulier arrivent à «profite de la manne que Dieu leur a donnée».

Le jésuite congolais conclut par l’appel à une prise de conscience globale pour réduire les inégalités abyssales entre les pays producteurs de matières premières et ceux qui les transforment. Le désinvestissement n'est pas une fin en soi, mais un moyen de pression pour que l'économie RD Congolaise cesse d'être une économie d'exclusion pour devenir une économie au service de la vie.

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26 mars 2026, 14:10