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Erbil, Kurdistan irakien. Erbil, Kurdistan irakien.  (AFP or licensors)

Kurdistan irakien: les chrétiens craignent de disparaître avec l’escalade du conflit

Depuis Erbil, Dilan Adamat, fondateur de l’association «The Return», évoque sur les médias du Vatican l’inquiétude croissante de la communauté chrétienne irakienne face aux récents bombardements. Dans un contexte de tensions entre les États-Unis, Israël et l'Iran, les chrétiens redoutent une nouvelle vague d’émigration qui pourrait menacer l’existence même de l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde.

Joseph Tulloch – Cité du Vatican

Le Kurdistan irakien se trouve aujourd’hui pris dans la confrontation entre les États-Unis, Israël et l’Iran, bien qu’il n’y soit pas directement impliqué. Le territoire est cependant visé en raison des intérêts stratégiques que les différentes parties y poursuivent. Dilan Adamat, membre de la communauté chrétienne de langue araméenne, témoigne auprès des médias du Vatican depuis Ankawa, le quartier chrétien d’Erbil où il est né. Ayant grandi en France, il est revenu adulte en Irak pour fonder l’organisation à but non lucratif «The Return», qui aide les chrétiens irakiens de la diaspora à revenir sur leurs terres d’origine.

Attaque de drone à Erbil
Attaque de drone à Erbil

La peur de la communauté chrétienne d’Erbil

Il y a quelques jours, les forces iraniennes ont lancé une opération contre des groupes kurdes dans la région semi-autonome du Kurdistan irakien. Mercredi 4 mars soir, des bâtiments appartenant à l’Église chaldéenne à Erbil ont été touchés, par ce que, l’archidiocèse local a décrit comme une «apparente attaque de drones». L’incident n’a heureusement fait aucune victime.

Contrairement aux conflits précédents, comme la lutte contre le groupe État islamique, il n’existe aujourd’hui «aucune ligne de front claire, aucun lieu où se réfugier», explique Adamat. Les attaques sont imprévisibles et «les missiles peuvent tomber n’importe où», en particulier à Ankawa, devenu le plus grand quartier chrétien d’Irak et probablement de tout le Moyen-Orient. Ce quartier se situe à seulement quelques centaines de mètres de la base militaire américaine de l’aéroport international d’Erbil.

Malgré l’inquiétude, les habitants sont habitués aux crises et aux guerres: celles de 1991, de 2003 ou encore la guerre civile entre 2006 et 2008. «Ils savent comment s’adapter», explique Adamat, évoquant une population capable de continuer à vivre même dans des conditions difficiles, par exemple lors des pénuries d’électricité. La vie quotidienne se poursuit: les gens vont travailler, fréquentent les magasins ou les restaurants, tout en attendant de voir ce qui se passera dans les prochains jours ou les prochaines semaines. «Ce n’est pas notre guerre, mais nous sommes tout de même impliqués», souligne-t-il, «car notre territoire est visé par les deux camps».

Dilan Adamat, s'exprimant devant le Parlement européen
Dilan Adamat, s'exprimant devant le Parlement européen

Une région fragile et hétérogène

La diversité ethnique et religieuse du Kurdistan irakien contribue également à sa vulnérabilité. Adamat évoque notamment la présence de groupes kurdes iraniens installés dans la région, qui ne peuvent plus opérer depuis l’Iran. Situés à environ une heure d’Erbil, ils disposent de bureaux, de camps et de familles, et ont récemment été la cible de frappes de missiles iraniennes. «Nous sommes impliqués d’une certaine manière, et nous ne pouvons qu’espérer le meilleur», ajoute-t-il.

Une communauté chrétienne menacée de disparition

La plus grande inquiétude concerne l’avenir même des chrétiens d’Irak. Selon Adamat, la communauté risque de perdre espoir. «Aucune de ces guerres – celle entre l’Iran et l’Irak, celle du Koweït, la guerre de 2003 ou encore la lutte contre l’État islamique – n’a été la nôtre», explique-t-il. Pourtant, en 25 ans, la communauté chrétienne a perdu 90 % de sa population.

Aujourd’hui, seuls 130 000 chrétiens environ vivent encore en Irak, sur une population totale de 46 millions d’habitants. Pour beaucoup, la perspective d’un nouveau conflit pourrait entraîner une nouvelle vague d’émigration. «Ma plus grande peur, conclut Adamat, est que l’on perde l’espérance, et cela est déjà en train d’arriver. Les conséquences seraient terribles: nous perdrions l’une des premières communautés chrétiennes du monde, une communauté qui parle encore la langue araméenne.»

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09 mars 2026, 09:36