Au Kenya, des religieuses luttent contre la traite des êtres humains
Christine Masivo, CPS
Les trafiquants ont embrassé l’ère numérique à l’échelle mondiale. Par l’intermédiaire de Talitha Kum Kenya, un réseau international relevant de l’Union internationale des supérieures générales (UISG), dont le siège est à Rome, les religieuses s'activent dans la lutte contre la traite des êtres humains. Sœur Marcy Mwai (FSJ), religieuse franciscaine de Saint-Joseph et directrice de Talitha Kum Kenya, raconte comment la foi, la collaboration et les actions locales transforment la lutte contre la traite des êtres humains.
La lutte
En réponse à l’appel du Pape François pendant l’Année jubilaire de la miséricorde, Talitha Kum Kenya a été créé en février 2016 pour venir en aide aux victimes de la traite. L’initiative a pris forme en 2022, financée par la Fondation Conrad Hilton.
Elle fonctionne comme une organisation caritative liée au réseau mondial Talitha Kum, coordonnant un éventail plus large de membres, comprenant des religieux et des religieuses, des jeunes et des laïcs associés à travers le Kenya, aidant à lutter contre la traite dans les villages, les régions frontalières, les zones urbaines et sur Internet.
Prévention à la base et en ligne
«La traite des êtres humains n’est pas seulement un problème africain», explique sœur Marcy, soulignant qu’il s’agit d’un problème mondial qui touche des personnes de tous âges à la recherche de meilleures opportunités. La traite étant étroitement liée à la cybercriminalité, les criminels exploitent les espaces numériques pour piéger leurs victimes.
Talitha Kum répond à ce besoin par la prévention, la protection et le partenariat, reconnaissant que le processus doit être aussi interconnecté que le crime lui-même.
«De nombreuses personnes se rendent compte qu’elles sont victimes de la traite lorsqu’il est trop tard», ajoute sœur Marcy. Elle cite comme pièges courants les fausses offres d’emploi, les fausses promesses de visa et les entretiens secrets en ligne. Pour éviter que cela ne se produise, les sœurs et leurs partenaires organisent des ateliers, des forums communautaires et des actions de sensibilisation dans les paroisses afin d’éduquer les communautés sur la traite, son fonctionnement et ses signes précurseurs.
Partenariat
Les policiers et les agents de sécurité aux frontières sont formés pour identifier les indicateurs de la traite et pour réagir de manière appropriée, en collaboration avec le directeur des enquêtes criminelles, le secrétariat de lutte contre la traite du ministère du Genre et le département d’État chargé de la diaspora et des affaires étrangères. Une attention particulière est accordée aux régions frontalières du Kenya avec la Somalie, l’Éthiopie, le Soudan du Sud, l’Ouganda et la Tanzanie.
Du sauvetage à l’intégration
Les victimes sont identifiées grâce à des signalements émanant du gouvernement, d’organisations partenaires, de congrégations membres et d’un numéro gratuit. Les sauvetages internationaux sont effectués par les forces de l’ordre et, une fois sauvées, les victimes sont accueillies par les sœurs et accompagnées vers des refuges sûrs.
Les survivantes sont interrogées afin d’évaluer leur expérience et leurs besoins. La plupart d’entre elles ont besoin d’un soutien psychologique pour surmonter leur traumatisme. Elles bénéficient de soins médicaux, d’une aide à l’autonomie financière à travers la création de petites entreprises et d’une formation professionnelle pour les aider à se reconstruire.
«L’objectif est une réintégration holistique», souligne sœur Marcy, expliquant que la liberté ne consiste pas seulement à être secouru, mais aussi à reconstruire sa vie avec intégrité.
Les religieuses en première ligne
Les religieuses sont le pilier de cette mission: elles organisent des formations communautaires, identifient les cas, accompagnent les victimes, fournissent des sessions de conseils et ouvrent leurs institutions pour dispenser des formations professionnelles. Dans les régions côtières comme Malindi et Mombasa, elles participent directement au sauvetage des victimes de la traite et de la violence de genre.
Sœur Marcy partage le cas émouvant d’une femme burundaise victime de la traite au Kenya, puis confinée avec ses enfants, jusqu’à ce qu’une action coordonnée avec Talitha Kum, la DCI, des avocats, l’ambassade et les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique leur assure la liberté et un retour sûr chez eux. Leur succès confirme que la solidarité avec les victimes dépasse les frontières nationales.
Les défis liés au numérique
Les trafiquants évoluent constamment. Ils recrutent, commettent des fraudes informatiques et exploitent même des jeunes hautement qualifiés, notamment des professionnels de l’informatique, pour commettre des escroqueries numériques à l’étranger. Talitha Kum Kenya est confrontée à des menaces directes de la part des réseaux de traite et à des besoins considérables chez les victimes, qui dépassent souvent les ressources disponibles. Le financement limité, les risques liés à la sécurité et la profondeur des traumatismes subis par les victimes restent des préoccupations constantes. Pourtant, les sœurs persistent.
Responsabilité mondiale
La traite des êtres humains prospère dans le silence, la fragmentation et l’ignorance. Talitha Kum Kenya propose une approche différente, fondée sur la collaboration, la sensibilisation, la foi et le courage. Comme le conclut sœur Marcy, aucune organisation ne peut à elle seule mettre fin à la traite. «Il s’agit d’un crime mondial qui nécessite une action mondiale», dit-elle. «Les gouvernements, les Églises, les écoles, les ONG, les communautés, tout le monde a un rôle à jouer. Ensemble, nous pouvons lutter contre les auteurs de ces crimes et rétablir la liberté».
Le témoignage des sœurs dans cette mission montre au monde entier que la vigilance, la compassion et la responsabilité collective doivent aller plus vite que l’exploitation, qui se propage à la vitesse d’un clic.
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