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Léon XIV a reçu en audience privé au Vatican samedi 21 mars le prieur de la communauté œcuménique de Taizé, frère Matthew. Léon XIV a reçu en audience privé au Vatican samedi 21 mars le prieur de la communauté œcuménique de Taizé, frère Matthew.  

Le prieur de Taizé reçu par le Pape, le souci de la foi des jeunes au cœur de leur échange

Frère Matthew, prieur de la communauté œcuménique de Taizé, était de passage à Rome pour rencontrer le Pape Léon XIV ce samedi 21 mars. Dans un entretien accordé aux médias du Vatican, le religieux anglican est revenu sur son échange avec le Saint-Père, lors duquel ils ont dénoncé la «culture de l’indifférence» et appelé à ne pas juger la jeunesse, mais au contraire à l’accompagner dans son cheminement spirituel.

Alexandra Sirgant – Cité du Vatican

Samedi 21 mars, Léon XIV a reçu pour la deuxième fois depuis son élection le frère Matthew, prieur de la communauté œcuménique de Taizé. Les discussions ont porté sur les conflits en cours dans le monde ainsi que sur leur désir commun de progresser sur le chemin de la réconciliation entre les chrétiens. Le Pape et le frère Matthew ont également réaffirmé leur attention commune portée à la jeunesse, et à la transmission de la foi aux jeunes générations. Entretien.

Vous avez été reçus par le Pape Léon XIV samedi dernier. Qu’est qui vous a marqué lors de cet échange ?

J'avais déjà rencontré le Saint-Père une première fois au mois de juillet, l'année dernière. Il avait été très bienveillant et nous avait beaucoup confirmé dans notre vocation d'unité, de réconciliation dans l'Église, dans tout ce que nous faisons pour l'accueil des jeunes.

Les discussions sont allées un peu dans le même sens cette fois-ci, mais nous avons surtout beaucoup parlé de la paix. Nous sommes évidemment très troublés par la situation actuelle du monde. Et moi, j'étais très heureux d'entendre à l'Angélus de dimanche dernier l’appel fort du Saint-Père pour que la paix et le dialogue s'installent dans ces situations où l’on a l’impression d’être devant une impasse.

Nous avons aussi parlé de l'unité entre les chrétiens et de l'unité aussi à l'intérieur de l'Église catholique, et l’on constate que c'est un des grands soucis du Pape. Sans oublier, la situation des jeunes. Je vois qu'il y a quand même une très grande attention portée envers la question de la transmission de la foi aujourd'hui, mais aussi une volonté d'essayer de comprendre la situation des jeunes. Ces jeunes qui vivent parfois dans un grand isolement, et qui n’ont pas d’expérience de la vie communautaire, car en famille cela n’est pas toujours évident. Certains jeunes ne voient même pas la nécessité de vivre avec les autres: ils se disent «on vit très bien tout seul, pourquoi entrer en contact avec d'autres personnes?». Et je pense que cela est quelque chose de nouveau, survenue après la pandémie. Ils font des cours en ligne, ils sont sur les réseaux, ils ont l’impression d’être en lien avec des personnes tout en restant dans leur propre espace.

J'ai raconté à Léon XIV comment à Taizé, nous avons des jeunes qui se sentent seuls mais qui découvrent, à travers les rencontres, le sens d'être ensemble avec les autres. 

Quels sont les défis selon vous concernant la transmission de la foi à cette jeunesse qui a tendance à se replier sur elle-même ?

Je crois que l’on doit faire très attention de ne pas porter un regard négatif sur la jeunesse aujourd'hui. Les références et les attitudes sont différentes d'il y a cinq, dix, vingt ans. Mais, comment être à l’écoute? Non pas pour juger, ou leur dire comment il faut faire, mais pour aller à leur rencontre, aller là où ils sont, et marcher avec eux.

Ce que nous constatons à Taizé, c’est qu’à travers la participation des jeunes à la prière commune, il y a une incroyable soif de silence. Quand nous posons la question «qu’est ce qui vous a le plus touché?», la plupart vont répondre «le silence». Dans le monde dans lequel nous sommes, je trouve cela étonnant! Cela montre que dans les profondeurs de chaque être humain, il y a ce désir de vivre une intimité, et peut-être même une intimité avec Dieu. Et à travers le silence, cela devient possible. Souvent, ils n’ont pas le vocabulaire pour parler de cela. Alors, nous cherchons à accompagner les jeunes dans ce sens là, pour les aider à découvrir leur profondeur. 

C’est votre grand défi aujourd’hui?

Oui, c'est un défi car l'on ne doit pas imposer un vocabulaire, mais les aider à exprimer ce qu'ils ressentent. Ils découvrent ce que nous appelons la prière, ce que nous appelons la communion avec Dieu, mais eux doivent l'exprimer en leurs propres termes.

Et je crois que c'est un très beau défi. Souvenez-vous, la Parole s'est faite chair. Cela veut dire que Jésus est présent dans toute notre humanité, et qu'il n'y a pas besoin de devenir quelqu'un d'autre. Il nous rencontre là où nous en sommes.

Ensuite, comment aider cette soif de communion avec Dieu? Comment vivre la foi dans la vie de tous les jours? Ce que nous voyons souvent avec les jeunes, c'est qu'ils sont très portés sur des événements, sur des expériences. Ce qui est positif car cela donne un élan. Mais comment laisser traduire cela dans une confiance vécue chaque jour?

Votre échange avec Léon XIV a également porté sur la recherche de la paix. Quelles sont vos préoccupations concernant les guerres en cours aujourd’hui, notamment au Moyen Orient ?

Je pense que le souci principal, c'est le risque de tomber dans l'indifférence. Pour nous qui sommes en Europe occidentale, cette guerre peut sembler lointaine. De même, la guerre en Ukraine peut sembler lointaine, mais il y a des vrais enjeux de la liberté qui, si nous ne cherchons pas des solutions pacifiques de dialogue, vont arriver jusqu'à nous.

Et comme l’a dit le Saint-Père dimanche dernier, le mal qui est fait à une partie de la famille humaine est un mal qui est fait à toute la famille humaine. Il y a une solidarité dans la souffrance. Et on ne doit pas nous détacher de cela. Tomber dans l'indifférence, pour moi, est le plus grand risque.

On vit bien ici en Occident et puis on a tout ce qu'il nous faut, on doit simplement dépenser plus pour l’essence mais nous allons nous y faire… Alors qu’il y a des gens qui meurent, des enfants qui souffrent. Comment garder cette conscience là? Comment mettre la pression sur nos dirigeants pour qu'ils s'engagent dans un dialogue?

On le voit bien, il y a certains pays qui ont bombardé, il y a quelques temps, certaines branches de population, et cela n'a rien résolu. Ce n'est que le dialogue qui peut obtenir la paix.

Et quelle réponse chrétienne face à l'indifférence?

Je pense que notre foi nous oblige à aimer notre prochain. Nous n’avons pas le choix. Je médite beaucoup sur cette parole de Jésus qui est unique: «Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous font mal». Alors moi, je ne vais pas dire cela à quelqu'un qui est en souffrance, mais cela me parle de l'exigence de l'Évangile qui nous engage sur un chemin où nous ne pouvons pas oublier ces situations-là.

Il y a une certaine peur de voir les chrétiens au Moyen-Orient empêchés de rester là où ils ont vécu depuis des siècles. Et là, ça, c'est une vraie grande perte parce que ce sont des personnes qui sont prêtes à dialoguer me semble-t-il. Cela fait partie de notre foi d’écouter l'autre, de prendre au sérieux l'autre, d’aimer notre prochain, quel que soit son identité ethnique ou religieuse. Alors comment encourager ce dialogue?

Je pense que la visite du Saint-Père au Liban a donné quand même un certain encouragement aux chrétiens au Liban, et j'oserais dire à ceux d'autres religions qui sont de bonne volonté. De telles visites comme celle-là démontrent que nous n'oublions pas ces personnes.

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23 mars 2026, 18:49