Traite des personnes: «Refuser le silence et l’indifférence», l’appel de Talitha Kum
Moriba Camara, S.J. - Cité du Vatican
«Talitha Kum est un réseau présent dans cent huit pays à travers le monde. Nous sommes donc implantés dans plusieurs régions.», explique Emma Pagé, membre de l’équipe internationale basée à Rome. Le bureau central joue un rôle de «coordination et de soutien au réseau», tandis que l’action se déploie sur le terrain grâce à l’engagement de religieuses, de religieux et de nombreux collaborateurs laïcs. Le réseau mène des activités de sensibilisation, mais aussi de «soutien, de protection et d’accompagnement des victimes et des survivantes et survivants de la traite». Pour Emma Pagé, la Journée du 8 février, placée sous le patronage de sainte Joséphine Bakhita, par le Pape François, «est un moment fort de mobilisation mondiale». Cette année, avec des célébrations à Rome, notamment une messe à la basilique Saint-Pierre et la prière de l’Angélus avec le Pape Léon XIV, mais aussi «des veillées de prière et des activités de sensibilisation organisées dans le monde entier», la journée de ce 8 février a été marquée, justement, par «la prière et la réflexion pour lutter contre ce phénomène de la traite disséminé à travers le monde».
Un crime complexe et multiforme
La traite des personnes est «un crime vaste et complexe, qui prend de nombreuses formes et touche des publics différents.», souligne Emma Pagé. Elle touche principalement «les femmes et les filles, notamment à des fins d’exploitation sexuelle», mais aussi de plus en plus «l’exploitation par le travail forcé est en forte augmentation, tout comme l’exploitation des enfants».
Ce phénomène s’inscrit dans des systèmes économiques qui favorisent «une demande croissante de main-d’œuvre et de production à bas coût», notamment dans les secteurs de la technologie, du textile ou de l’agriculture. «Elle est présente partout: dans chaque pays, il existe des victimes de traite», insiste-t-elle, rappelant que les formes de violence varient, allant «des formes d’exploitation du travail illégales jusqu’aux enlèvements, à la servitude et à l’esclavage moderne.».
Le combat au cœur de l’Afrique de l’Ouest
Religieuse adoratrice et coordinatrice de Talitha Kum au Togo, sœur Marie-Reine Zanou témoigne de la réalité du terrain. «Notre mission principale est la réinsertion et l’accompagnement social des femmes victimes de prostitution et de toute forme d’esclavage. Nous travaillons principalement avec des femmes et des jeunes filles en situation de prostitution ou victimes de trafic et de traite.», explique-t-elle. Sa congrégation dispose de maisons d’accueil où les victimes sont accompagnées «pas à pas jusqu’à leur réinsertion».
Au Togo, l’action de Talitha Kum se concentre surtout sur la prévention: «Nous menons des actions de sensibilisation dans les écoles, les centres d’accueil de mineurs et les foyers d’accueil. Nous intervenons également dans les églises, notamment après les messes, pour sensibiliser les fidèles». Le réseau travaille aussi sur des dossiers complexes de coopération transfrontalière. Sœur Marie-Reine évoque ainsi l’accompagnement de jeunes femmes victimes de traite, déplacées très jeunes vers le Nigeria, et aujourd’hui aidées à «retrouver leur famille et leur pays d’origine».
Elle décrit une réalité marquée par des réseaux organisés: «Sur place, les victimes sont maltraitées, leurs documents leur sont confisqués et les promesses d’emploi ne sont pas tenues. Elles sont ensuite contraintes à des activités qu’elles n’ont jamais acceptées». Grâce à la présence du réseau Talitha Kum dans de nombreux pays, «nous travaillons en collaboration pour repérer ces situations, rapatrier les victimes lorsque cela est possible et les accompagner dans leur reconstruction».
Garder l’espérance et agir ensemble
Malgré l’ampleur du fléau, l’espérance demeure. «Ce qui donne de l’espérance, c’est de voir combien de personnes sont engagées avec passion, en particulier les jeunes. Il est essentiel que les nouvelles générations soient mieux sensibilisées afin de prendre conscience de l’ampleur de ce problème. Chacun peut, à son niveau, devenir une voix pour dénoncer ce crime et soutenir les victimes.», affirme Emma Pagé. L’éducation et la sensibilisation sont essentielles pour «construire un véritable mouvement collectif». Pour sœur Marie-Reine Zanou, l’enjeu est aussi spirituel et humain: «L’espérance demeure forte lorsque nous refusons le silence et l’indifférence. L’autre n’est pas étranger: il est mon frère, il est ma sœur». Elle souligne que «là où la dignité humaine est bafouée, il ne peut y avoir de paix».
Les deux intervenantes lancent un appel clair aux fidèles, aux jeunes et aux responsables politiques. «Le premier appel est de s’éduquer et de s’informer», insiste Emma Pagé, avant de rappeler que chacun peut «prendre la parole et dénoncer la traite des personnes».
Sœur Marie-Reine Zanou met en garde contre la banalisation de l’exploitation, en particulier celle des enfants: «La traite est un crime. Chaque être humain a le droit de vivre et de grandir dans la dignité». Et de conclure: «Nous désirons tous la paix, mais elle exige un engagement concret. Malgré les difficultés, nous devons continuer à lutter et brandir ensemble le drapeau de la paix».
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