Micheline Kamate: «La guerre n’a jamais libéré personne»
Jean-Paul Kamba, SJ – Cité du Vatican
Bien plus qu’un témoignage, l'ouvrage que Micheline Kamate a remis au Pape, ‘La guerre a échoué’, porte une conviction forgée au cœur de la souffrance et de la résilience. «Je raconte la guerre que j’ai vécue enfant, .... mais je raconte surtout l’amour de ma famille, qui m’a préservée de bien des traumatismes».
Dans cet ouvrage écrit d’abord «pour le peuple congolais», elle affirme avec force que la guerre est, par essence, un échec.
Goma, une ville blessée mais debout
Au cœur de son témoignage, la ville de Goma occupe une place centrale. Micheline Kamate y évoque les bombes tombant près de la maison familiale, mais aussi la vie qui persiste malgré tout. Pour elle, Goma incarne une résistance profondément humaine. «C’est une ville meurtrie, traversée par toutes les idéologies de haine. Et pourtant, à Goma, il y a l’amour: on partage l’eau, la nourriture, on rigole, on chante, on danse. La guerre a échoué aussi parce que les peuples qui la vivent refusent de perdre leur humanité».
L’échec de la stratégie militaire
Au sujet de la situation sécuritaire dans la partie orientale du pays, la militante congolaise estime que la voie militaire a tout simplement montré ses limites.
«Aujourd’hui, la stratégie militaire est un échec, parce que le monopole de la violence n’est plus assuré par l’armée nationale. Des groupes armés prolifèrent, se revendiquant de causes ethniques ou politiques, et ce sont les civils qui en paient le prix».
Elle pointe également du doigt l’incapacité de l’armée congolaise à protéger les populations et les frontières. «Si Goma est occupée aujourd’hui, c’est parce que l’armée n’a pas su retenir les frontières». Et au sujet des combattants pro-gouvernementaux, dit Wazalendo, Micheline Kamate soutient qu’armer des civils sans déontologie militaire ne fait qu’aggraver la situation. «Quand on donne une arme, elle peut se retourner contre tout le monde».
Transformer l’échec sécuritaire en victoire citoyenne
Pour Micheline Kamate, la véritable richesse du Congo réside dans son peuple, et particulièrement dans sa jeunesse. «Chaque congolais doit donner le meilleur de lui-même pour reconstruire ce pays. Nous sommes tombés trop bas».
Au sein de la LUCHA, l’engagement passe par l’éducation à la justice sociale, à la dignité humaine et à la non-violence. «Il est inacceptable que, dans une même ville, certains aient accès à l’eau et à l’électricité, et d’autres à rien. Nous devons refuser la corruption et apprendre à reconnaître les injustices pour y répondre sans violence», décrie-t-elle en rappelant que la mobilisation citoyenne a déjà porté ses fruits.
Les minerais, carburant des conflits
Pour Micheline Kamate, la question des ressources minières reste au cœur de l’instabilité dans l’est du pays. Elle déplore le fait que les sites de Rubaya dans le territoire de Masisi qui produisent un pourcentage important du coltan à l’échelle mondiale financent plus la guerre que la paix. Pour elle, l’absence de réaction forte des institutions étatiques congolaises face à la prédation des ressources contribue également à empirer la situation. «Une grande partie des minerais passe par le Rwanda pour arriver sur le marché international. On a normalisé la violence au point que la guerre s’autofinance».
Une balkanisation déjà à l’œuvre
Pour la militante, les signes d’une balkanisation de fait sont visibles. «Le Congo est aujourd’hui divisé entre deux gouvernements, deux systèmes, deux réalités… Banques fermées, espace aérien coupé, systèmes éducatifs et administratifs distincts: la fracture est profonde».
Elle insiste toutefois sur l’attachement profond du peuple congolais à l’unité nationale : «Le peuple se reconnaît dans la lutte de Lumumba pour un Congo uni. Cette division n’est pas une fatalité, elle nous est imposée». Et d'affirmer avec détermination: «Nous voulons un pays uni. Le Congo restera un et indivisible».
Un appel à la jeunesse africaine
Aux jeunes du Congo et du continent, Micheline Kamate exhorte à se «désolidariser de tout projet violent, de toute rébellion» car la guerre, insiste-t-elle, ne mène nulle part et constitue un recul pour le développement, la démocratie et les institutions.
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