Carême et Ramadan à l’unisson en Côte d'Ivoire, un signe fort de fraternité
Marcel Ariston BLÉ - Abidjan
La concomitance du Ramadan musulman et du Carême chrétien revêt une portée symbolique, forte et particulière. Trente jours d’ascèse pour les musulmans, quarante pour les chrétiens, deux chemins spirituels distincts mais suivant la même perspective: l’aumône, la prière et la pénitence comme voies de conversion intérieure et de solidarité fraternelle. À la paroisse Sacré-Cœur d’Abobo Anador, dans le diocèse d’Abidjan, cette convergence a donné lieu à une prière commune suivie d’une rupture collective du jeûne, signe tangible d’un vivre-ensemble assumé et célébré.
Un appel renouvelé à l’unité dans la diversité
Pour le père Gilles César Dogoua, curé de la paroisse et secrétaire exécutif national de la Commission épiscopale pour l'œcuménisme, l'Apostolat Biblique et le Dialogue Interreligieux, cette coïncidence qui «n’advient pas chaque année, constitue une occasion privilégiée pour renforcer les liens de fraternité».
Cette simultanéité, estime-t-il, engage les autorités religieuses à une responsabilité plus accrue: favoriser les espaces de rencontre afin de consolider les liens communautaires. «L’unité ne concerne pas seulement la vie spirituelle; elle doit embrasser l’ensemble de la famille humaine. Nous sommes enfants d’un même Dieu qui nous veut, main dans la main, cultivant ce qui nous unit pour une cohésion véritable, au service de notre pays où la foi demeure une valeur largement partagée», a-t-il souligné en exaltant: «il y a une joie profonde à être unis dans la diversité».
Un témoignage concret de vivre ensemble
Dans un contexte sociopolitique parfois marqué par des tensions, «le fait que ces deux temps forts débutent ensemble est un message implicite de Dieu. Il nous appelle à être des artisans de paix et d’unité, et à tracer ensemble les sillons d’une nation réconciliée».
À l’invitation du curé de la paroisse, les fidèles musulmans ont répondu en grand nombre. Très ému, Traoré Mahama, secrétaire exécutif du comité de gestion de la mosquée Al Moubârack d’Abobo Anador, a salué une initiative «inédite»: celle de se regrouper «dans la cours d’une paroisse, entendre l’appel à la prière et rompre le jeûne ensemble, dit toute la portée de cette démarche». Pour lui, cette rencontre renforce les liens intercommunautaires et permet aux religions de «parler d’une seule voix le langage du vivre-ensemble, de la paix et de la cohésion sociale», fondements partagés par toutes les traditions religieuses.
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