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Frappes américaines sur Caracas, au petit matin du 3 janvier 2026. Frappes américaines sur Caracas, au petit matin du 3 janvier 2026.  

«Priez pour le Venezuela» confie un missionnaire français

Le père Georges Engel, prêtre fidei donum en mission au Venezuela revient sur les dernières heures d'incertitude dans le pays après la chute de Nicolas Maduro consécutive à une opération des forces spéciales américaines. Le prêtre missionnaire est actuellement en Espagne.

Olivier Bonnel – Cité du Vatican

Joint depuis Madrid où il est bloqué depuis le mois de novembre dernier, alors qu’il devait s’envoler pour le Venezuela, le père Georges Engel ne cache pas ses appréhensions alors que les États-Unis ont mené des frappes sur le pays et enlevé son président Nicolas Maduro. Le président américain Donald Trump a précisé que le président déchu se trouvait samedi après-midi sur un navire américain en direction de New York, où il doit être inculpé avec son épouse pour "narcoterrorisme".

«Jusqu'à récemment, les nombreuses personnes que je connais au Venezuela, avec lesquelles je suis en contact quotidiennement, se doutaient que quelque chose allait se produire», raconte celui qui a été missionnaire pendant une vingtaine d’années dans le pays, ancien curé de la paroisse Notre-Dame de l'Assomption de Caracas. «Mais ils ne vivaient pas dans une inquiétude démesurée, précise le prêtre, car ils étaient peu informés en raison de l'absence d'une information libre et de la censure des principaux réseaux sociaux au Venezuela. Ceux qui avaient, par d'autres moyens, accès à l'information parce qu'en contact avec les États-Unis ou l'Europe, attendaient, il faut le dire, avec impatience, ce moment» précise le prêtre. 

Si l'opération américaine, qui survient après des mois de menace de Washington a été saluée avec joie par de nombreux Vénézuéliens vivant en exil, elle a attiré de nombreuses critiques dans la communauté internationale. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est notamment inquiété «que le droit international n'ait pas été respecté», déplorant un «dangereux précédent». La France ou l'Italie ont rappelé que les régimes ne sauraient être modifiés par l'extérieur. L'Espagne, elle, a proposé sa médiation. 

La crainte de violences

Dans un pays appauvri et très polarisé, une vague de violence peut être à craindre alors que le régime est désormais aux abois, craint le père Engel. «Dans cette situation difficile, il est probable que des affrontements vont se produire avec ceux qui ont jusqu'à présent bénéficié des immenses privilèges de la part du gouvernement, je pense en particulier aux brigades révolutionnaires qui ont été créées par l'ex-président Chavez. Ces groupes-là vont avoir beaucoup de difficultés à vivre ces changements inévitables dans leur situation».

Si les militaires ont la main sur le pays et ses ressources, ce sont surtout les collectivos, qui inquiètent le prêtre. Inspirés de la révolution cubaine, ces groupes sont le bras armé du régime dans les quartiers populaires, placés directement sous l’autorité du ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello. «Ces groupes sont des agents radicaux de la révolution bolivarienne et ont un pouvoir absolu dans les quartiers» précise le père Engel. Quelques heures après la capture du président Maduro par les forces américaines, ces gangs qui circulent à moto ont d’ailleurs organisé une manifestation dans le centre de Caracas, non loin du palais présidentiel. 

Le rôle à venir de l’Église catholique

Alors que l’avenir du pays est désormais incertain, le père Engel revient sur la contribution que l’Église peut apporter dans cette nouvelle phase. «L'Église catholique au Venezuela a toujours été du côté des petits et des pauvres du pays, rappelle-t-il, et son rôle reste irremplaçable dans ce pays marqué depuis tant d'années par le narcotrafic et la corruption». Pour le prêtre fidei donum, l’Église vénézuelienne est ainsi appelée «à annoncer avec encore plus de vigueur et de force le pardon et la miséricorde».

«Dans cette situation qui va sans doute être très difficile économiquement pour la population du Venezuela, l'Église va devoir redoubler d'efforts pour venir en aide aux nombreux pauvres de ce pays, aux malades, aux enfants, explique encore le père Engel, elle l'a toujours fait et elle le fera encore».

«Priez pour le Venezuela» lance le père Engel qui espère retourner dès que possible dans son pays de mission. Depuis le mois de novembre, les vols depuis l’Europe sont suspendus après que Donald Trump a envoyé une flottille militaire dans la mer des Caraïbes. Interrogé en novembre dernier, le Pape Léon XIV avait exhorté les Etats-Unis comme le Venezuela au dialogue et à la désescalade.  

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03 janvier 2026, 16:02