Au Pakistan, «la foi des chrétiens reste inébranlable» malgré les agressions
Paolo Affatato - Cité du Vatican
Alors que les communautés chrétiennes font face au poids de la peur et de l'injustice, leur foi ne faiblit pas. Ces dernières semaines, des chrétiens de ce pays majoritairement musulman ont subi une douloureuse vague de violences, visant en particulier les femmes, mais pas seulement.
Attaques horribles contre des mineurs
L'assassinat d'un pasteur protestant presbytérien, commis par un homme armé le 5 décembre 2025 devant sa fille, afin de mettre fin à son activité de prédication de l'Évangile, a suscité indignation et consternation. Les jours qui ont suivi, la liste des cas de violence a concerné Saira, une jeune fille chrétienne de 14 ans, kidnappée et violée par un groupe d'hommes, et la petite Shumaila Masih, 6 ans, agressée dans une école. Un cri d’indignation s'est ensuite élevé au sein de la communauté de Sheikhupura, ville de la province du Pendjab, où Najma, une fillette chrétienne de 12 ans, a été enlevée, convertie de force à l'islam, brutalement abusée puis abandonnée dans la rue.
«Nous avons constaté une série d'attaques horribles contre des mineures chrétiennes», explique à L'Osservatore Romano le père Lazar Aslam, frère capucin et directeur de la Commission Justice, paix et droits de l'homme à Lahore: «Certains incidents sont signalés et révélés au grand jour, mais beaucoup d'autres restent cachés, car les familles vivent sous la menace de mort et une honte sociale écrasante».
La célébration de Un Noël vécue dans la peur
Au Baloutchistan, Laiba Patras, une jeune femme chrétienne âgée de 20 ans, employée de maison, a résisté à une tentative d'agression sexuelle de la part de son employeur, mais au lieu d'obtenir justice, elle est aujourd'hui accusée d'un vol inventé de toutes pièces. Une autre femme chrétienne, Aqsa, a été inculpée après avoir résisté à un homme qui voulait l'épouser. «Ces cas, très répandus, montrent la vulnérabilité des minorités et l'échec du système qui devrait les protéger. Comment les fidèles chrétiens du Pakistan ont-ils pu vivre pleinement et joyeusement l'esprit de Noël alors que leurs filles étaient en danger, que leurs pasteurs étaient assassinés et que leur dignité était bafouée?», s'interroge le père Lazar.
Pourtant, souligne-t-il, «même dans ce climat de peur, la communauté des croyants ne se referme pas dans le silence ou le désespoir. Au contraire, nous cultivons un engagement plus profond à construire la paix, une unité plus forte et une mission renouvelée». L'espérance ne s'éteint pas: «Les mêmes blessures qui réclament justice, dit Aslam, renforcent notre foi, nous appellent à renforcer la vie spirituelle, la fraternité et la mission de paix dans la nation. C'est pourquoi les rencontres, les initiatives, les célébrations de Noël et de la clôture de l'année jubilaire ont eu pour nous une signification profonde de foi et d'espérance».
Un appel à mettre fin aux violences
Évoquant l'assemblée générale de la Custodie «Mariam Siddeeqa» des capucins au Pakistan, centrée sur le thème «Vivre notre charisme», le prêtre franciscain Lazar Aslam, rappelle que «le message de saint François d'Assise doit être vécu ici, dans les rues, aux côtés des pauvres et avec le courage de dire la vérité au pouvoir». «Nous invitons le gouvernement pakistanais à protéger les minorités religieuses et à faire respecter la justice sans préjugés», déclare-t-il.
La Commission nationale pour les droits des minorités, approuvée par le Parlement d'Islamabad en décembre dernier, sera mise en place dans les plus brefs délais. Cet organisme pourra garantir une meilleure protection des droits fondamentaux. Cette approbation fait suite à l'arrêt historique rendu en 2014 par la Cour suprême, qui a ordonné aux responsables politiques de créer une commission spéciale pour les droits des minorités, après les attaques contre les églises. Les chrétiens du Pakistan «remercient les organisations de la société civile qui, pendant toutes ces années, ont continué à demander sa mise en place», souligne le père Aslam. «Nous sommes convaincus que son action contribuera à mettre fin aux violences et à ouvrir une période de lumière pour le Pakistan», conclut-il.
Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici