Les évêques cubains craignent un chaos social après les menaces américaines
Vatican News
Dans un message adressé «à tous les Cubains de bonne volonté», les évêques cubains expriment leur profonde inquiétude face à la détérioration de la situation sociale et économique de l'État insulaire des Caraïbes. Les évêques mettent en garde contre le risque d'un nouvel effondrement social, surtout après les récentes décisions qui ont affecté l'approvisionnement énergétique du pays. Le risque de chaos social et de violence entre les citoyens d'un même pays est réel, affirment-ils, précisant qu'aucun Cubain de bonne volonté ne peut se réjouir d'un tel scénario.
Dans ce texte publié samedi 31 janvier, les responsables catholiques cubains reflètent le sentiment général qui règne sur toute l'île : «Ceux qui sont attentifs et respectueux de la souffrance d'autrui entendent sans cesse dire que les choses ne vont pas bien, que nous ne pouvons pas continuer ainsi». Il s'agit d'un appel, soulignent-ils, qui interpelle l'ensemble de la société, mais «fondamentalement ceux qui ont les plus grandes responsabilités lorsqu'ils prennent des décisions pour le bien de la nation».
Réitérant l'appel lancé en juin dernier à l'occasion de l'année jubilaire, ils soulignent que la réalité «douloureuse et pressante» non seulement ne s'est pas améliorée, mais qu'elle «s'est aggravée, et que l'angoisse et le désespoir se sont intensifiés».
Tensions extérieures et risque social
«Les récentes nouvelles, qui annoncent, entre autres, l'élimination de toute possibilité d'entrée de pétrole dans le pays, font sonner l'alarme, en particulier pour les plus vulnérables. Le risque de chaos social et de violence entre les enfants d'un même peuple est réel. Aucun Cubain de bonne volonté ne se réjouirait d'un tel scénario», écrivent les évêques. Une allusion au décret signé le 29 janvier par le président américain Donald Trump. Selon le texte de ce décret, Cuba ferait peser «une menace exceptionnelle» sur la sécurité américaine en s'alignant sur des pays comme la Russie, la Chine ou l'Iran. Selon ce décret, le gouvernement américain peut imposer des droits de douane supplémentaires aux pays qui fournissent directement ou indirectement du pétrole à Cuba, dans le but d'interrompre l'accès aux produits pétroliers sur l'île et de faire pression sur le gouvernement de La Havane.
L'appel des évêques est clair: Cuba a besoin de changements, «de plus en plus urgents», mais ne peut supporter «davantage d'angoisse et de souffrance». Ils demandent que l'on évite de nouveaux deuils et de nouvelles souffrances, en particulier au détriment des pauvres, des personnes âgées, des malades et des enfants. Dans ce contexte, ils rappellent les paroles prononcées par Saint Jean-Paul II lors de sa visite sur l'île en 1998, lorsqu'il avertissait que l'isolement avait «des répercussions indiscriminées sur la population, augmentant les difficultés des plus vulnérables».
Dialogue, dignité et bien commun
Conformément à l'enseignement constant du Saint-Siège, l'épiscopat réaffirme que les conflits doivent être résolus par le dialogue et la diplomatie, jamais par la coercition. «Car c'est en parlant que les gens se comprennent», affirment-ils, convaincus qu'avec de la bonne volonté, il est toujours possible de trouver des voies vers la vérité, la justice et la paix.
Dans le même temps, ils soulignent que la dignité et la liberté des personnes à l'intérieur du pays ne peuvent être conditionnées par des conflits extérieurs. Un climat de respect, de pluralisme et de participation, affirment-ils, n'affaiblit pas une nation, mais peut même favoriser la détente internationale. Par conséquent, paraphrasant Saint Jean-Paul II, ils demandent «que le monde s'ouvre à Cuba», mais aussi que «Cuba s'ouvre à son peuple, à tous les Cubains, sans exception».
L'Église, au service de l'espérance
Les évêques cubains soulignent ainsi que l'Église catholique de l'île continuera à accompagner le peuple cubain à travers sa mission: prier, annoncer l'Évangile et servir surtout les plus vulnérables. Ils réaffirment également leur disponibilité à collaborer, si nécessaire, à la création d'espaces de rencontre et de coopération pour le bien commun.
Enfin, en communion avec le Pape Léon XIV, ils rappellent ses paroles au début de son pontificat : «C'est l'heure de l'amour !» Et, confiant Cuba à l'intercession de la Vierge de la Charité, Mère du peuple cubain, ils lancent un dernier appel: que la raison et le bon sens prévalent et que tous les enfants de cette terre puissent vivre «ici en paix, dignes et heureux».
Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici