Crans-Montana: l'Église locale veut apporter réconfort et consolation
Delphine Allaire - Cité du Vatican
Le Pape Léon XIV manifeste aux proches des victimes de l’incendie de Crans-Montana toute sa compassion et sollicitude. Dans un télégramme envoyé vendredi matin à l’évêque de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey, le Souverain pontife s’associe au deuil des familles et de toute la Suisse endeuillée en ce début d’année. Plus de 24 heures après le drame, l'enquête et l'identification de la quarantaine de victimes et de la centaine de blessés se poursuivent dans la station de ski. Une première messe a eu lieu jeudi soir à Montana tandis qu'une seconde est prévue ce dimanche à 10 heures pour l'Éphipanie. Ce vendredi, l'adoration eucharistique est proposée toute la journée dans l'église de Montana, tandis qu'un chapelet sera récité samedi à l'issue de la messe de 18 heures. Entretien avec Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion, diocèse couvrant la localité de Crans-Montana, en Suisse.
Quelle atmosphère règne dans le diocèse après ce drame?
Le climat est lourd et chargé, empli d'émotions et d'interrogations. J'étais jeudi soir à Montana pour la célébration eucharistique. Les gens se questionnent beaucoup. L’attente, le besoin de clarification, l’incompréhension sont perceptibles. C’est tellement terrible.
Comment parvenez-vous à vous rendre présent au milieu de ce désespoir?
J'ai pris contact immédiatement avec le curé de la paroisse pour voir ce que l’on pouvait mettre en place sur le plan pastoral. Évidemment, il ne s'agit pas d'aller immédiatement physiquement sur le lieu, il faut laisser la place à la police, le ministère public, le monde de la santé, les hôpitaux, les familles. Mais la première initiative a été celle de la messe jeudi soir à 18 heures. Je me suis rendu présent pour cette célébration dans une église comble. Les gens ont besoin de se regrouper, de se retrouver, de vivre ensemble l'émotion et, peut-être, le questionnement et le réconfort que peut apporter la présence des uns et des autres.
À la fin de la célébration, en présence du pasteur de l'Église réformée de Montana, du président du Synode suisse et du Conseil synodal de l'Église valaisanne, nous avons mis en place un deuxième temps qui se vivra ce dimanche aussi à Montana, dans la deuxième église de la station, en présence de la communauté réformée. D’ici là, ce vendredi et demain samedi, les paroisses de Montana assurent aussi une présence à l'intérieur des lieux de culte pour que les gens qui veulent venir signer un livre d'or, prendre un temps de prière, déposer des fleurs ou une bougie, trouver une oreille attentive, puissent le faire.
Et puis, jeudi soir, après la célébration, le vicaire général a rejoint le centre de la station où les jeunes en particulier se sont réunis pour déposer là aussi leurs chagrins, leurs questionnements, leurs bouleversements, avec le dépôt d'une fleur, d'une bougie et d'un silence impressionnant.
Ressentez-vous chez les fidèles un profond besoin de consolation?
Oui, car la solitude est trop lourde à porter et à vivre dans ces cas-là. Le ministère spécifique du christianisme est précisément celui de la communion, de la communauté, être avec celui qui est seul, consoler celui qui se trouve seul. Assurer une présence, c'est l'être même de Dieu. Dieu se définit comme celui qui est avec. Il y a là une attente très forte, même si elle n'est pas explicitement toujours formulée, de pouvoir être reconnu dans la souffrance. Partager une parole, un moment, un geste, un regard, un silence…
Pour ceux qui ne connaissent pas cette localité, quelle serait la radiographie spirituelle, religieuse, de Crans-Montana?
C'est une station de sports et de villégiature habitée en pleine saison, comme c’est le cas maintenant, par une population très hétéroclite. Il y a des gens qui viennent de tous les pays. De nombreux touristes italiens fréquentent la station de Montana. Beaucoup de familles italiennes seront réellement très fortement impactées par ce drame. Il y a des gens qui viennent de plus loin, de plusieurs pays. Je suis allé plusieurs fois célébrer à Montana, il y a beaucoup de participants aux célébrations liturgiques. Le contexte des vacances permet aussi à des gens qui n'ont peut-être pas forcément l'habitude d'une pratique régulière dans leur quotidien, de renouer avec un temps de prière, un temps de silence, un temps de nourriture, de la parole. La communauté protestante est aussi bien desservie sur le haut plateau. Il y a quelque chose de très universel dans ce qui se vit à Montana. C’est une belle image de l'Église.
Que dire de l'aide et de la solidarité en cours dans la région, mais aussi celle qui vient d'ailleurs?
C'est quelque chose d'absolument indispensable. Les responsables politiques, les responsables de la police, les responsables sanitaires des hôpitaux témoignent de cette magnifique solidarité, de la compétence et du sérieux avec lesquels les gens s'impliquent. La solidarité n'est pas seulement à l'intérieur du canton du Valais ou de la Suisse. Elle est manifestée, y compris par l'extérieur. Un certain nombre de blessés graves ont été évacués sur différents hôpitaux de la Suisse, de la France voisine, de l'Italie. Il y a vraiment quelque chose de merveilleux qui se passe. C’est réconfortant car c'est vécu avec spontanéité et professionnalisme.
Que souhaiteriez-vous dire aux familles endeuillées?
En ce début d'année, j'aimerais pouvoir transmettre un message d'espérance qui est au cœur de la mission chrétienne et du message chrétien. Au-delà du drame, et Dieu sait s’il est terrible, au-delà de ces nuages sombres et noirs, de l'incendie de ce bar et de ce qu’il représente comme lourdeur dans la vie des familles, je voudrais dire qu'une lumière est possible. Le message chrétien, le message de Noël, le message de l'Épiphanie que nous allons vivre dans deux jours, c'est cela. Sur le pays des ténèbres et sur ceux qui vivaient dans l'ombre de la souffrance et de la douleur, une lumière resplendit. Dieu peut entrer dans le cœur de ceux qui sont touchés. Il l'a fait par son fils. Il l'a fait par nature… Se conformer au plus petit, au plus pauvre et à celui qui est malheureux. Je voudrais que les familles puissent croire à la lumière possible.
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