Côte d’Ivoire : ouverture de la 128e Assemblée plénière des évêques
Marcel Ariston BLÉ, San Pedro, Côte d’Ivoire
Cette eucharistie inaugurale dédiée à la paix en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le monde, a été présidée par Mgr Marcellin Yao Kouadio, évêque de Daloa et président de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire. S’appuyant sur le passage biblique de 1 Samuel 16, 1-13, relatant l’onction de David comme roi d’Israël, Mgr Kouadio a, dans son homélie, rappelé que, dans la tradition biblique, l’accession au pouvoir procède d’un choix divin. Il a ainsi dénoncé «toutes les divinités politiques qui tirent leur légitimité de puissances étrangères nuisibles, au point que leur peuple ne compte plus, et Dieu encore moins».
Dieu regarde le cœur et non l’apparence
Le président de la CECCI a en outre souligné que l’exercice du pouvoir «n’est ni une affaire de carnets d’adresses ni de partis politiques», mais qu’il échappe «aux grandes puissances, à l’hypocrisie des institutions internationales, aux multinationales, à la Françafrique et autres systèmes d’influence», rappelant que «Dieu, contrairement aux hommes, regarde le cœur et non l’apparence».
Dérives démocratiques et inquiétudes pour l’Afrique
Mgr Kouadio a exprimé sa profonde préoccupation face à l’évolution des pratiques démocratiques sur le continent africain. Il a évoqué «les indépendances sous tutelle et la souveraineté confisquée», où les peuples, a-t-il regretté, «tentent d’imiter les modèles de la démocratie occidentale dans un contexte marqué par la violence, la prédation économique et l’ingérence».
Le prélat a également déploré une autre voie d’accession au pouvoir qui, selon lui, gagne du terrain en Afrique: «l’accession au pouvoir par infraction, braquage électoral ou braconnage», à l’origine des rebellions armées, de la fraude électorale et de la contestation systématique des résultats des urnes, parfois avec la complaisance de certains observateurs internationaux. «Les faux vainqueurs sont félicités et célébrés au détriment du verdict des urnes», a-t-il déploré, lançant un appel pressant aux gouvernants à être «une bénédiction pour le peuple dont ils se réclament».
Un message du Saint-Père axé sur la réconciliation nationale
La messe solennelle a été précédée d’une cérémonie officielle d’ouverture au centre Cossé-A-Dio de San Pedro. À cette occasion, Mgr Mauricio Rueda Beltz, nonce apostolique en Côte d’Ivoire, a transmis aux évêques le message du Saint-Père, empreint de fraternité, d’encouragement et de proximité.
Dans le contexte sociopolitique marqué par la récente élection présidentielle, le Pape invite l’épiscopat ivoirien à placer la réconciliation entre toutes les filles et tous les fils de la nation au cœur de sa mission pastorale, afin de contribuer à l’avènement d’«une Côte d’Ivoire apaisée et d’une Église rayonnante par son témoignage évangélique».
Deux fronts majeurs: ecclésial et social
Réunis du 19 au 25 janvier 2026 au centre Cossé-A-Dio, les évêques ivoiriens travaillent autour de deux axes majeurs: la vie de l’Église et la situation de la nation. Sur le plan ecclésial, les travaux portent notamment sur les réflexions et propositions de plusieurs commissions épiscopales, parmi lesquelles la commission pour le clergé, les séminaires et la pastorale des vocations, la commission pour la liturgie, les musiques et les arts sacrés, ainsi que la commission de l’éducation catholique. Les prélats examinent également l’état des finances de la Conférence épiscopale, en lien avec le Conseil pour les affaires économiques.
L’Assemblée se penche en outre sur le projet de création d’une Université Catholique de Côte d’Ivoire (UCACI), ainsi que sur celui d’un centre de ressourcement spirituel Mgr René Kouassi, à Ably, dans le diocèse de Yamoussoukro.
Clôture des travaux
Sur le plan social, les prélats procéderont à une évaluation approfondie de la situation sociopolitique nationale, en lien avec la période électorale, sans perdre de vue l’actualité dans la sous-région ouest-africaine.
Les travaux de la 128e Assemblée plénière s’achèveront le dimanche 25 janvier 2026 par une messe solennelle à la cathédrale Saint-Pierre de San Pedro, au cours de laquelle les évêques rendront public le fruit de leurs réflexions.
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