Cardinal Nzapalainga: «On ne peut pas continuer à dire que tout va bien en Centrafrique»
Myriam Sandouno – Cité du Vatican
«J'espère que les autorités actuelles ne vont pas continuer comme avant. On a tout entendu lors des propagandes. Maintenant, il faut convertir cela en projet de société». Ces propos du cardinal Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, résonnent pour une nation de la République centrafricaine qui a aujourd'hui soif de paix, de justice, et de stabilité. Réélu avec plus de 76% des voix, selon les résultats provisoires proclamés par l’Autorité nationale des élections (ANE), l'actuel président Faustin-Archange Touadéra débutera un troisième mandat consécutif sur fond de contestation de l’opposition, qui dénonce des fraudes électorales. Les résultats définitifs de la présidentielle du 28 décembre 2025, seront donnés par le Conseil constitutionnel le 20 janvier prochain.
Faire le bilan
«J'espère que le gouvernement s’est imprégné de toutes les revendications», lance l'archevêque de Bangui lors d'une une interview à Radio Vatican. «On ne peut pas continuer en disant que tout va bien, alors que les gens ont d'autres préoccupations», confie-t-il, exhortant les autorités à faire une «autocritique du pouvoir», un «bilan de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire», et surtout, de savoir «ce que veut le peuple».
La corruption
La Centrafrique est aujourd'hui confronté à de lourds défis socio-économiques, et la question de la corruption revient sur toutes les lèvres. À l'issue de son assemblée plénière, dans son message rendu public dimanche 11 janvier dernier, la Conférence épiscopale centrafricaine a dénoncé «l'abus de pouvoir et la corruption qui sont des ennemis qu'il faut encore éradiquer». «Il va falloir se pencher sérieusement sur ce problème», déclare le cardinal, ajoutant: «On ne vient pas utiliser l'État pour se mettre plein les poches, pour s 'enrichir personnellement. Bien au contraire, l’État doit rassembler et redistribuer la répartition des richesses. L’exploitation de l’or et du diamant par ces grands groupes qui arrivent chez nous, doit permettre des retombées économiques». Le cardinal déplore également la situation économique difficile à l'intérieur du pays: «Les routes ne sont pas construites, les hôpitaux ne sont pas parfois au rendez-vous, les écoles également».
Actes de violences
L'instabilité sécuritaire reste l'une des principales préoccupations. Des violences ont eu lieu récemment dans le Sud-est du pays, entre l 'armée et la milice à AAKG, (Azandé Ani Kpi Gbé), un groupe d’autodéfense de la communauté zandé entré en rébellion contre le pouvoir de Bangui. Alors que les résultats des élections présidentielle et législative du 28 décembre étaient attendus. Le calme revient progressivement à Zémio, dans la préfecture du Haut-Mbomou, mais a situation humanitaire reste préoccupante.
«À l'Est de notre pays, les localités Zemio, de Bambouti et autres, sont par exemple des préoccupations, témoigne l'archevêque de Bangui: Je peux vous dire, il n'y a pas longtemps, l’imam, le pasteur et moi, nous nous sommes rendus à Zemio, pour rencontrer des gens, pour lancer des appels, écouter les gens, leur dire qu'on ne pourra pas construire le pays avec les armes. Nous n’avons malheureusement pas pu rencontrer les jeunes qui étaient dans la brousse, parce qu'ils étaient très loin, et notre séjour était court».
L'accueil de l'Église catholique
Des Centrafricains terrorisés ont trouvé refuge dans l 'enceinte de la mission catholique, et l'Église s'organise pour accueillir toutes les personnes déplacées. «L'Église a toujours été une mère. Une mère ne rejette pas ses enfants, a déclaré l’archevêque de Bangui. Voilà pourquoi instinctivement, quand il y a souvent des difficultés, les gens se déplacent pour venir vers l 'Église». Dans le cadre de la plateforme de musulmans, catholiques et protestants, «nous avons effectué un déplacement, nous avons rencontré les prêtres qui sont là-bas. L'évêque a actuellement mobilisé des fonds pour que Caritas puisse faire face à ces difficultés pour aider». Mais, précise-t-il, «l'acheminement des marchandises est difficile, compte tenu de la route et de l 'insécurité. Et tout cela ne facilite pas les démarches en cours, l'Église essaie de faire ce qu'elle peut, parce qu'elle ne peut pas répondre à tous les besoins». «Elle apporte sa petite contribution» assure le cardinal centrafricain.
Le peuple aspire à la paix, «les centrafricains ont beaucoup souffert. Ils ont aussi eu des moments où il n 'y avait pas de médicaments, où les enfants n 'allaient plus à l'école. Ils souhaitent donc la paix. Qui dit paix, affirme l'archevêque de Bangui, dit aussi la construction d 'un pays ensemble». «Cela veut dire que ceux qui sont à "la tête", peuvent travailler avec la base qui vient de les élire».
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