En Haïti, le message de Paix du Pape Léon XIV ravive l’espérance
Augustine Asta et Olivier Bonnel – Cité du Vatican
«La paix soit avec vous tous (…) C'est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante». Dès son élection le 8 mai dernier sur le trône de Pierre, Léon XIV, le 267e Pape de l’Église catholique, a fait de la paix le cœur de son pontificat. Dans son message pour la prochaine Journée mondiale de la paix, publié le 18 décembre, il exhorte l’humanité à emprunter le chemin d’une paix «désarmée et désarmante».
Message bien accueilli en Haïti
En Haïti, ces paroles du premier Pape américain et augustin, ont provoqué une émotion profonde. «Ces mots résonnent très fort, dans le cœur et l’esprit de chacun, de tous les Haïtiens», confie Mgr Joseph Gontrand Décoste, l’évêque du diocèse de Jérémie, dans le sud-ouest du pays. «Quand le Pape avait prononcé ses premiers mots, se souvient-il, ‘‘la paix soit avec vous’’, nous avons eu comme la chair de poule. Parce que c’est précisément ce ‘‘bien’’ que nous recherchons.»
Dans un pays où la peur rythme le quotidien, la paix apparaît comme une «richesse rare, presque inaccessible, mais toujours désirée». En effet, ce pays des Caraïbes ne fait plus depuis longtemps la une des médias, pourtant, la situation sécuritaire y reste très précaire avec une coalition de gangs armés qui occupent toujours une large portion du territoire. Haïti est devenu aussi une des plaques tournantes de la drogue dans la région. Une nouvelle force internationale, parrainée par l’ONU devrait se déployer en avril 2026.
Un pays envahi par la violence
Pour l’évêque, le message du Pape est d’une clarté évangélique: «Une paix désarmée, c’est qu’il n’y ait plus d’armes. Une paix désarmante, c’est que ceux qui ont une arme à la main la déposent et s’engagent dans un processus de dialogue pour restaurer la sécurité», soutient-il.
Dans le contexte haïtien, les propos du Pape prennent une dimension presque «prophétique». Car le pays est paralysé par des groupes armés qui contrôlent des territoires entiers, bloquent les routes, rançonnent la population et alimentent une «économie de la peur». «Il faut renoncer à l’insécurité, à la violence, à cette situation chaotique, et surtout ne plus alimenter la violence par la vente et la distribution d’armes et de munitions», insiste-t-il. Cet appel de paix du Pape, affirme-t-il, l’Église haïtienne l'a déjà repris à son compte, notamment dans son message de Noël, inspiré directement de la pensée de Léon XIV.
La foi d’un peuple résilient
Face à cette spirale de violence, la question de l’espérance demeure centrale. Les gangs peuvent-ils déposer les armes? Les responsables politiques et économiques peuvent-ils changer de cap? L’évêque ne nie pas la gravité de la situation: «C’est compliqué. Il y en a qui vivent de cette insécurité, qui s’enrichissent avec la vente des armes, des munitions, avec les routes bloquées, les transports hors de prix. Pendant ce temps, le peuple vivote et végète dans une misère dramatique.» Pourtant, «l’espérance persiste», «nous sommes un peuple fondamentalement résilient, habité par l’espérance. Nous disons: l’espoir fait vivre», ajoute-t-il. Pour l’évêque, même si elle est invisible, une semence d’espérance est à l’œuvre. «Dieu est à l’œuvre en Haïti. Il va, providentiellement, changer les choses», lance-t-il.
Quarante-deux ans après la visite historique de saint Jean-Paul II et sa célèbre parole - «Il faut que quelque chose change ici» - l’Église haïtienne continue de porter ce message de vie. «Je crois et j’espère que quelque chose va changer en Haïti», affirme Mgr Gontrand Décoste. Dans les pèlerinages mariaux organisés à Port-au-Prince et dans d’autres diocèses, rappelle-t-il, un slogan revient comme un cri de foi et de résistance: «Haïti ne périra pas, Haïti vivra.» C’est un slogan, explique-t-il, pour «réveiller l’espérance, rallumer le feu intérieur d’un peuple éprouvé» et rappeler que, «malgré l’obscurité, la lumière n’est jamais totalement éteinte».
Le mal n’aura jamais le dernier mot
Reprenant encore les premiers mots du Pape Léon XIV, prononcées lors de son élection: «Le mal ne prévaudra pas. Le mal n’aura pas le dernier mot», l’évêque affirme que ce message est destiné avant tout aux «pauvres, aux oubliés, à ceux qui n’ont plus la force d’espérer». «Dieu n’a pas encore dit son dernier mot sur Haïti. Et le mot de Dieu l’emportera sur le mal qui semble aujourd’hui prévaloir dans le pays», conclut-t-il.
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