Noël en Finlande, sous le signe de l’espérance
Augustine Asta – Cité du Vatican
En Finlande «l’Église catholique est une réalité très petite et modeste», explique frère Marie-Augustin Laurent-Huyghues-Beaufond, supérieur des dominicains d'Helsinki, dans une interview accordée aux médias du Vatican. En effet, la Finlande ne compte qu'un seul diocèse catholique, celui de la capitale Helsinki, huit paroisses pour un territoire presque aussi étendu que l'Allemagne et une vingtaine de prêtres, pour l’essentiel étrangers.
Une Église multiculturelle et missionnaire
Dans un pays majoritairement luthérien, où les catholiques représentent une infime minorité, «une petite moitié de ces fidèles sont des Finlandais, souvent d’anciens luthériens convertis», observe-t-il. L’autre moitié est composée d’immigrés, venus notamment de Pologne, d’Italie, d’Asie du Sud-Est et d’Afrique. «C’est une Église extrêmement multiculturelle, très variée, très précaire aussi et très pauvre.», affirme le dominicain.
L’Avent, un temps fort dans la société finlandaise
En Finlande, le temps de l’Avent revêt une importance particulière. Le premier dimanche de l’Avent par exemple est le grand rendez-vous religieux de l’année. «Même les gens très peu pratiquants vont à l’église ce jour-là», confie frère Marie-Augustin. Les marchés de Noël et les décorations municipales s’ouvrent systématiquement à cette date, en cohérence avec le calendrier liturgique. Parmi les traditions marquantes il y a aussi la fête de sainte Lucie, célébrée le 13 décembre. Figure de lumière dans l’obscurité hivernale, la jeune martyre est particulièrement vénérée dans les pays nordiques. «Cette dévotion parle profondément à des sociétés marquées par la nuit et le froid», explique-t-il.
Espérance et inquiétudes
Dans un pays traversé par de fortes tensions, cette année, la fête de la naissance du Christ est placée sous le signe de l’espérance. «La situation interne de la société est difficile: le chômage explose, la précarité des enfants a monté en flèche», note-t-il, sans oublier la «menace géopolitique russe, omniprésente dans les esprits», fait remarquer frère Marie-Augustin.
Pour l’Église catholique, l’urgence est aussi financière: «Le diocèse a besoin de deux millions d’euros. Sinon, il faudra fermer des paroisses.», déplore-t-il. Une pauvreté, fait-il savoir, qui fait écho, symboliquement, à celle de la crèche. «Il y a une similitude entre la situation de notre Église et l’Enfant Jésus: la pauvreté.»
Une école catholique, une première historique
Soutenue financièrement par le diocèse d'Helsinki et par la Fundación Parentes, -la fondation espagnole qui contribue à la formation des enfants et des jeunes au niveau international-, l’ouverture annoncée de la première école catholique de l’histoire finlandaise apparaît comme un tournant majeur. Initialement envisagée pour janvier, elle est désormais projetée pour septembre 2026, précise le dominicain. «Grâce à un enseignement assuré en partie sur la base du volontariat des parents», les enfants et les adolescents de l'île finlandaise de Lauttasaari pourront ainsi commencer leur parcours scolaire à l'école catholique d'Helsinki, située à côté de l'église Saint-Jacques-Apôtre. «L’école n’est pas réservée aux catholiques, mais ouverte à toutes les familles qui souhaitent un projet éducatif fondé sur des valeurs chrétiennes», relève-t-il.
Dans un pays généralement apprécié pour l’excellence de son système éducatif, l’enjeu est clair: «Il faut se démarquer sur le terrain des valeurs.» La relation d'égalité avec l'enseignant, l'apprentissage des vertus et la croissance dans la foi seront les piliers de l'établissement scolaire, comme l'a annoncé l’évêque d'Helsinki, Mgr Ramón Goyarrola Belda, vice-président de la Conférence épiscopale de Scandinavie. «Ces aspects - selon ses propos publiés sur le portail du diocèse - sont très importants dans la culture scolaire finlandaise et s'intègrent bien dans une école catholique. Parmi les élèves, l'accent ne sera pas mis sur la compétition, mais sur la solidarité et l'attention portée aux autres», insiste le frère dominicain.
Le modèle éducatif
Dans cette nouvelle école catholique, l'inscription sera gratuite, mais la participation aux activités avant ou après les heures de classe, comme le goûter, coûtera environ 100 euros par mois. Les salles de classes accueilleront entre 5 et 10 élèves de différents âges, comme le détaille un communiqué du diocèse, reproduisant ainsi le «modèle éducatif des écoles Montessori et des écoles des villages ruraux», afin de saisir et de suivre les capacités et les besoins de chacun d'entre eux.
Renforcer la vie communautaire et créer des liens entre les enfants
«Une école catholique - déclare Sara Numminen, coordinatrice de l'établissement, sur le site web de l'établissement - suit le programme national, le programme de la ville d'Helsinki et la loi sur l'enseignement de base. L'école a déjà son propre programme, selon lequel l'enseignement est en outre guidé par les valeurs catholiques qui incluent la compréhension de la liberté intérieure, étroitement liée à la recherche de la vérité et à la pratique de l'amour». L'enseignement, qui sera dispensé en finnois, sera assuré par Anna-Mária Lahdelma, enseignante spécialisée dans la petite enfance et l'école primaire, assistée d'une aide-enseignante. «C'est une merveilleuse occasion, explique-t-elle, de renforcer la vie communautaire catholique et de créer des liens entre les enfants qui partagent la même foi et les mêmes valeurs».
S’appuyant sur les propos de l’évêque d'Heslinki, le frère dominicain, indique en revanche que, ce projet de création de la première école catholique du pays s’inscrit dans une stratégie plus large: «Structurer la présence de l’Église dans la société et permettre aux fidèles de se reconnaître davantage dans leur Église.» «Si l’on veut cesser d’être perçus comme un produit d’importation, il faut montrer que nous sommes capables de nous structurer et de nous institutionnaliser», conclut-il.
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