La clinique "Mère de la Miséricorde". La clinique "Mère de la Miséricorde". 

Au Vatican, des cliniques pour redonner de la dignité aux plus fragiles

Sous la colonnade de Saint-Pierre, de très nombreuses personnes marginalisées trouvent, depuis dix ans, une porte ouverte. Des structures où, gratuitement, des médecins, des infirmiers et des bénévoles prennent soin d’eux, sans rien demander en échange. «Ici, nous rencontrons beaucoup de personnes fragiles, explique sous-secrétaire du dicastère pour le Service de la Charité, Massimo Ralli nommé le 30 juin dernier, et en chacune d’elles, nous voyons le visage du Christ.»

Benedetta Capelli – Cité du Vatican

De l’ancien bureau de poste, il reste encore des coffres-forts, aujourd’hui utilisés pour conserver les médicaments destinés à être distribués gratuitement à ceux qui en ont besoin. Ils sont placés dans un petit couloir, dans l’une des pièces qui composent les locaux de la clinique «Mère de la Miséricorde», ouvert en 2016 lors de l’Année Sainte extraordinaire proclamée par le Pape François. Une structure du dicastère pour le Service de la charité qui, sous le pontificat du Pape Léon XIV et sous la direction de l’aumônier Mgr Luis Marín de San Martín, poursuit son action d’accueil et de prise en charge des personnes les plus vulnérables.

Situé sous la colonnade de la place Saint-Pierre, le bâtiment est facilement accessible. À l’entrée, une plaque de marbre blanc porte une inscription rouge qui l’indique clairement, ainsi que des portes en bois aux vitres transparentes sur lesquelles se détachent les clés croisées, symbole du Saint-Siège. Tout autour, des gens attendent leur tour: certains sont debout, silencieux; d’autres sont assis au pied des imposantes colonnes et feuillettent un journal; d’autres encore discutent entre eux en attendant d’entrer dans le cabinet médical.

Des patientes s’approchent pour raconter qu’elles sont en Italie depuis 1977 après avoir quitté la Somalie et que, grâce à une religieuse qui entrait et sortait par les portes en bois, elles ont été soignées d’un cancer du sein. Dans son habit blanc et impeccable, sœur Annalisa Maggiolini, coordinatrice des soins infirmiers de la consultation, semblerait détonner face aux vêtements souvent sales et usés de ceux qui ont besoin d’aide. Et pourtant, rien n’est plus approprié, car ici, il n’y a pas de distance: ici, c’est la personne qui est accueillie avec ses besoins et ses nécessités. C’est «le monde nouveau» que sœur Annalisa, membre de la congrégation de Saint Joseph Benoît Cottolengo, a découvert après des années de service auprès des personnes âgées et des personnes en situation de handicap. Un monde fait de personnes fragiles physiquement et psychiquement, un monde fait de dépendances, de visages souffrants et de personnes dans le besoin. 

Des chiffres en hausse

«C’est une structure qui n’a cessé de se développer, tant en termes de nombre de personnes qui y ont recours que de médecins et de bénévoles qui y apportent leur contribution», affirme sœur Annalisa. À ce jour, plus de 140 000 prestations de santé ont été dispensées gratuitement à des personnes de 139 nationalités différentes, et environ 180 000 boîtes de médicaments ont été distribuées. Ce dispensaire compte 120 collaborateurs, parmi lesquels des médecins, des infirmiers, des pharmaciens, des techniciens de santé et du personnel d’accueil. Tous bénévoles. Rien qu’en 2026, explique Massimo Ralli, sous-secrétaire du dicastère pour le Service de la Charité nommé le 30 juin dernier par le Pape, près de 20 000 prestations ont été offertes, comprenant des consultations médicales générales et spécialisées, des soins dentaires, de la kinésithérapie, des analyses cliniques et des examens radiologiques; plus de 12 000 boîtes de médicaments ont été distribuées gratuitement; 1 074 patients se sont présentés pour la première fois à la clinique.

«Ici, nous rencontrons énormément de personnes, chacune avec son histoire. Presque tous – explique le docteur Ralli – sont seuls. Et face à la maladie, la solitude pèse encore plus lourd. Beaucoup sont sans papiers, avec le peu de biens matériels qu’ils possèdent dans les sacs à dos qu’ils portent sur les épaules. Mais dans le visage de chacun d’entre eux, nous voyons le visage du Christ». En les accueillant à l’entrée de la clinique, en les regardant dans les yeux, en les examinant, «nous leur rendons leur dignité. Et ce faisant, ces petits dispensaires deviennent des lieux privilégiés où la rencontre avec le prochain devient une rencontre vivante avec le Christ».

Savoir attendre

Accueillir et prendre entièrement en charge ceux qui arrivent sous la colonnade. Tel est le mode de fonctionnement des médecins, des pharmaciens ainsi que des bénévoles. Dans cette clinique, on fournit désormais toute l’assistance nécessaire aux soins de base, mais si besoin est, la personne est orientée vers les hôpitaux de Rome. «L’accès est libre – souligne sœur Annalisa Maggiolini –, et ceux qui savent que ce service existe viennent. Si la personne a des papiers, elle est enregistrée; si elle n’en a pas, elle est tout de même enregistrée sous le nom qu’elle donne. En général, nous venons en aide à des personnes qui ne bénéficient d’aucune couverture médicale ou qui, même si elles en ont une, n’ont pas les moyens de se payer des soins ou des examens coûteux». Ces dernières années, le nombre d’Italiens sollicitant une assistance médicale ou demandant des médicaments de la catégorie C – les médicaments dits «en vente libre» – qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter a augmenté. Or, ce sont souvent ceux dont on a le plus besoin pour soulager, par exemple, les douleurs de ceux qui dorment dans la rue.

«Il y a beaucoup d’histoires qui m’ont marquée – raconte la religieuse –, mais ce qui m’a fait réfléchir dès le début, c’est qu’il faut respecter ceux qui, bien qu’ils viennent ici, n’acceptent pas l’aide qui leur est proposée. J’ai eu du mal à accepter cela, car on leur propose une aide, on leur tend la main, mais ensuite, ces personnes ne reviennent plus.» D’autres, en revanche, décident d’essayer de changer. C’est ce qui est arrivé à un jeune Népalais qui a accepté de suivre un programme de désintoxication alcoolique; aujourd’hui, il a un petit boulot, mais sœur Annalisa sait que le risque de rechute est très élevé, car il manque des structures pour accompagner la renaissance de ceux qui tentent de se relever. Des craintes qui côtoient la joie, parce que certains remercient après avoir reçu des lunettes et voient mieux, ou parce qu’ils sourient désormais grâce au dentier qu’ils ont reçu.

La prise en charge complète

Depuis 2025, la clinique «Mère de la Miséricorde» est secondée par la clinique «San Martino (Saint Martin)» également située sous la colonnade, inaugurée par le Pape Léon XIV en novembre dernier à l’occasion du Jubilé des pauvres. Cette structure propose un service de radiologie permettant de diagnostiquer rapidement les pneumonies, les fractures, les tumeurs et les maladies dégénératives que l’on rencontre généralement chez les personnes vivant dans la pauvreté. Le docteur Maria Luisa Basile est oncologue, spécialiste en médecine générale, à la retraite depuis quelque temps après avoir exercé à la polyclinique Umberto I et enseigné à l’université. Lorsque la guerre a éclaté en Ukraine, elle a pensé aux femmes atteintes d’un cancer qui, ayant fui leur pays en raison du conflit, avaient dû interrompre leur traitement oncologique. Dans les dispensaires de l’Aumônerie apostolique, son idée a trouvé sa place et s’est étendue aux personnes les plus démunies.

«Ici – explique la médecin –, nous prenons en charge les personnes sans domicile fixe, ainsi que celles qui sont confrontées à de graves difficultés, notamment socio-économiques. La santé est un droit fondamental pour tous et notre approche ne se limite pas à la santé physique, mais englobe également les aspects psychosociaux». L’évaluation réalisée est donc complète: en effet, les patients présentent presque tous des pathologies multiples, ce qui nécessite une vision d’ensemble. Un travail de prévention est également mené, en particulier auprès des femmes à risque de cancer du sein ou des hommes à risque de cancer de la prostate. «Il est clair que les inégalités sociales ont un impact considérable sur la vie des personnes. Tous les patients sont ici examinés de manière objective et complète», affirme le docteur Basile, qui insiste sur ce que lui apporte le fait d’aider les plus fragiles. «En donnant de notre temps, notre cœur se remplit de joie; en somme, nous nourrissons aussi notre âme, nous nous enrichissons intérieurement.»


La gratuité du don

Le docteur Luca Pagano Mariano, l’un des cinq pharmaciens bénévoles qui mettent leur expertise au service des dispensaires du dicastère pour le Service de la Charité, vit la même expérience. «Une très belle expérience dans un cadre magnifique»: ses mots reflètent bien ce que l’on vit sous la colonnade de Saint-Pierre. «Fondamentalement – explique-t-il –, nous gérons le stock de médicaments destinés aux personnes qui viennent ici et qui, souvent, n’ont pas accès au service national de santé. La prise en charge médicale s’accompagne toujours d’une prise en charge pharmaceutique: on remet au patient à la fois le diagnostic et le médicament nécessaire pour soigner son problème.»

Les personnes qui viennent ici ont des besoins particuliers, liés à des pathologies résultant d’une vie en plein air. «Nous distribuons des analgésiques, des anti-inflammatoires et, au sens large, des médicaments métaboliques, c’est-à-dire liés à un problème d’alimentation.» Cela fait dix ans que le docteur Pagano Mariano est bénévole ici. «Je viens d’une pharmacie de quartier, d’une entreprise commerciale et privée, dont l’objectif déclaré est le profit, une entreprise qui doit rester viable; ici, en revanche, on est plongé dans une réalité où ce concept n’existe pas: on vient ici parce que le patient a besoin d’un médicament qui doit lui être administré, sans rien en échange. C’est cela, la gratuité du don

Le sourire qui rassure

Giuseppe Cosmo Sposato est une personne joviale; il accueille les gens avec un sourire qui spontané et sincère. Il porte un gilet jaune portant l’inscription «bénévole» et, de temps à autre, il se penche à l’extérieur du cabinet médical pour appeler les personnes qui ont pris rendez-vous en tirant un numéro. Originaire de Calabre, il est à la retraite après une vie passée dans la fonction publique. Il y a deux ans, il a accepté la proposition d’un ami et a décidé de se mettre au service des autres et de l’Église pour laquelle il s’est toujours engagé.

«Je m’occupe d’accueillir les personnes qui viennent ici, par exemple en leur disant “bonjour”, j’essaie de les mettre à l’aise, je leur demande gentiment ce dont elles ont besoin, je les inscris et je leur indique où se trouvent les différents services de santé, je leur dis quels médecins sont présents ce jour-là. C’est une forme d’écoute, d’orientation et de disponibilité.» Après le «bonjour», «on bavarde de tout et de rien, des problèmes que l’on rencontre ou de la manière dont ils sont arrivés à la clinique. Si quelqu’un est un peu anxieux, j’essaie d’apaiser son inquiétude avec un sourire», raconte Giuseppe, que certains appellent «papy, papa, oncle»; d’autres lui demandent même s’il faut payer la consultation, et lui, en écarquillant ses yeux noirs, s’empresse de répondre: «Non! C’est entièrement gratuit.»

La Chair du Christ

Sœur Jacqueline Imbungu, infirmière bénévole originaire de Kinshasa, en République démocratique du Congo, sourit elle aussi. «Elle est ici depuis sept mois», après avoir passé 18 ans au Rwanda puis en Italie, au sein de la communauté d’Orta di Atella, dans le diocèse d’Aversa, où sont présentes les sœurs de la Sainte Famille de Bordeaux, son ordre. «Avant la clôture de l’Année Sainte – explique-t-elle –, je suis allée prier à la basilique; en rentrant chez moi, via dei Gracchi, j’ai vu qu’il y avait ce dispensaire. Je suis entrée pour me renseigner et sœur Annalisa m’a expliqué de quoi il s’agissait. J’ai proposé mon aide.» Une rencontre probablement voulue par la Providence qui s’est traduite peu après par un appel renouvelé.

«À mon arrivée, j’ai découvert cette réalité, mais j’ai surtout remarqué l’humanité des médecins et des bénévoles. J’ai été frappée par l’accueil réservé à chacun, car il n’y a aucune différence: on est accueilli tel que l’on est.» Sœur Jacqueline s’occupe principalement des soins: «Nous touchons des personnes qui ne sont parfois pas propres, mais j’ai le sentiment que nous accueillons Jésus-Christ.» Une expérience de soins et de proximité qui ouvre à la relation avec l’autre. «Je suis heureuse quand tant de pauvres me voient et m’appellent – raconte sœur Jacqueline – cette relation m’apporte beaucoup, elle me rend heureuse et je suis contente d’être ici».

«On ne peut aimer Dieu sans étendre son amour aux pauvres»: c’est ce qu’écrit le Pape Léon XIV dans l’exhortation apostolique Dilexi te. La relation avec Lui – souligne-t-il – «nous libère du risque de vivre nos relations selon une logique de calcul et d’intérêt personnel, pour nous ouvrir à la gratuité qui circule entre ceux qui s’aiment et qui, par conséquent, mettent tout en commun». Des paroles qui, ici, entre les murs des cliniques de l’Aumônerie apostolique, prennent tout leur sens.

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06 juillet 2026, 09:07