Deuxième jour de consistoire: les chantiers de notre époque, pour l’Église et le monde
Vatican News
«Le progrès technique fait-il grandir notre sens des responsabilités? Ou bien expose-t-il les personnes à de nouvelles formes d’exclusion et de réductionnisme?» s'est interrogé le cardinal Stephen Brislin dans son discours introductif de la troisième session du consistoire extraordinaire, samedi 27 juin.
L’archevêque de Johannesburg en Afrique du Sud s’appuie sur l’encyclique Magnifica humanitas, dont les premières pages posent des questions cruciales sur la manière dont l’humanité façonne son propre avenir. A quel nouveau mode de vie les moyens techniques actuels nous portent-ils?
Technologies et vivre ensemble
Pour le cardinal sud-africain, les outils techniques s’inscrivent dans des processus politiques, économiques, sociaux et éducatifs qui façonnent profondément la qualité de notre vie commune. Or pour les croyants, c’est une toute autre manière de vivre ensemble qui est promue, et cet implication grandissante des technologies dans notre quotidien appelle à «redécouvrir et valoriser la synodalité comme une forme spécifique de construction commune en tant qu’Église.»
Singuliarité de la Synodalité
Par la grande campagne de consultation de tous les diocèses lancée par le Saint-Siège en octobre 2021, «de nombreuses communautés ont découvert de nouvelles formes de rencontre, de dialogue et de coresponsabilité, a attesté le cardinal Mario Grech, dans son discours introductif de la quatrième session. Le secrétaire général du Secrétariat général du Synode nuance son propos indiquant que le processus n’a pas été uniforme, en fonction des différents contextes ecclésiaux. Mais au-delà de ces disparités, «le Synode a suscité dans toute l’Église un désir généralisé de participation, d’écoute mutuelle et de discernement communautaire. Il a mis en évidence l’aspiration à une Église capable de marcher unie, en valorisant les dons et les responsabilités de chacun.»
Si l’écoute des fidèles pouvait être perçue par nombre de pasteurs comme une diminution de leur ministère, le processus synodal a montré qu’il s’agit d’avantage d’un soutien et d’un enrichissement de leur mission pastorale, explique le cardinal maltais.
Le cardinal Grech inventent les cardinaux à «encourager les processus d’accueil, à aider à surmonter les malentendus et les craintes, et à favoriser un climat de confiance et de communion». Afin que la phase de mise en œuvre du Synode se passe au mieux.
Ecoute, mise en œuvre, récolte
Par «mise en œuvre» du Synode, ce temps invite à récolter les fruits de l’expérience vécue. «Nous sommes appelés à aider les Églises à revenir sur ce qu’elles ont vécu, explique le cardinal Mario Grech, à reconnaître les fruits qui ont mûri, à identifier les conversions qui sont encore nécessaires et à traduire progressivement, dans la vie quotidienne des communautés, les intuitions qui ont émergé tout au long du chemin.»
Le Synode a permis d’expérimenter l’écoute mutuelle au sein des communautés. Pour le cardinal maltais, l’étape suivante consiste à «apprendre à écouter les autres Églises».
Méthodologie pour viser le bien véritable
Cet effort commun de vivre ensemble doit être orienté vers le véritable bien de la personne. «Cette grammaire s’articule autour de quatre éléments: le désir du bonheur, la limitation, la responsabilité partagée et le discernement», expose le cardinal Stephen Brislin.
Certes le désir est «pris au sérieux» par l’encyclique, car il fait partie intégrante de la condition humaine, mais il doit accepter des limites «inhérentes à notre condition de créatures, ce qui nous rappelle que la vie est un don à accueillir et à préserver». C’est pourquoi redécouvrir le sens de nos limites contribue à former l’esprit humain à dépasser l’illusion de l’autosuffisance.
De la reconnaissance des limites naît une responsabilité «partagée et courageuse», que le cardinal sud-africain assimile au principe de subsidiarité: «le bien commun s’épanouit lorsque chaque individu peut apporter sa contribution et être soutenu dans cette démarche».
Enfin, la responsabilité exige des critères de discernement, qui peuvent s’appuyer sur la doctrine sociale de l’Église et ainsi distinguer ce qui sert la personne de ce qui l’expose à de nouvelles formes de dépendance ou d’exclusion.
Civilisation de l’amour
Pour le cardinal Stephen Brislin, construire la civilisation de l’amour, c’est poursuivre l’œuvre que le Christ a inaugurée dans le Mystère pascal. «Entretenir l’espérance, explique-t-il, c’est donc aussi guider l’intelligence artificielle afin qu’elle puisse, dans la réalité concrète du temps présent, devenir un pas possible vers la civilisation de l’amour. »
Pour conclure, le cardinal reprend l’exemple des deux villes bibliques: «Babel et Jérusalem soulèvent la question de l’orientation de l’effort humain; la civilisation de l’amour en révèle l’accomplissement. En ce sens, Magnifica humanitas confie à l’Église une responsabilité spécifique: s’engager dans les luttes de l’histoire à sa manière propre, en adoptant une approche synodale, enracinée dans les vertus théologales et centrée sur le service de la personne.»
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