Le Saint-Siège ne participera pas au "Conseil de paix" pour Gaza
Olivier Bonnel-Cité du Vatican
Alors que Donald Trump organisera jeudi 19 février à Washington la première réunion de ce "Conseil de la paix", la communauté internationale reste très partagée sur les objectifs réels de cette structure, imaginée et présidée par le président américain et pensée à l’origine pour organiser la reconstruction de Gaza. Ce conseil a d’abord un objectif: celui de se substituer à l’ONU, une position intenable pour le Saint-Siège: «l’une de nos préoccupations est que ce soit l’ONU qui gère ce genre de crises » a expliqué le cardinal Parolin dans la soirée du 17 février, répondant à des journalistes à l'issue de la cérémonie commémorant l'anniversaire des Accords du Latran. «C'est l’un des points sur lequel nous avons insisté» a précisé le Secrétaire d'État du Vatican depuis l'ambassade d'Italie près le Saint-Siège. Cette fin de non-recevoir s'explique «en raison de sa nature particulière qui n'est évidemment pas celle des autres États» a souligné le cardinal italien.
La perspective d'une paix durable et véritable
Reconnaissant la tentative «d’apporter une réponse», le Secrétaire d'État du Saint-Siège a néanmoins exposé «certains points critiques qui devraient être résolus». Mi-février, le patriarche Latin de Jérusalem n’avait pas caché son inquiétude face à toute tentative de protéger les intérêts des grandes puissances sans véritable reconnaissance du peuple palestinien et de ses droits. Or, malgré un cessez-le-feu signé fin octobre 2025, la situation humanitaire à Gaza reste critique et surtout aucune perspective réelle de paix réelle et durable ne se dessine. Selon le ministère de la santé à Gaza, plus de 600 Palestiniens ont été tués dans des bombardements israéliens malgré la signature de la trêve.
Le cardinal Pizzaballa avait par ailleurs critiqué le droit d’entrée à 1 milliard de dollars pour participer à ce Conseil, fixé par le président américain: «je n’ai jamais eu un milliard de dollars» expliquait le patriarche latin «ce n’est surtout pas la tâche de l’Église qui est d'assurer les sacrements et de défendre la dignité de la personne humaine».
Redécouvrir le sens des mots
Dans un entretien au quotidien catholique L'Avvenire, le patriarche latin de Jérusalem rappelait par ailleurs qu'«il n'y aura pas de complexe hôtelier de luxe à Gaza», en référence aux projets américains de vouloir redessiner l'enclave palestinienne, et soulignait l'impossibilité d'envisager un avenir de reconstruction sans tenir compte de la douleur, des aspirations et de la dignité des deux millions de Palestiniens qui y vivent.
Alors que l'administration américaine a étendu les prérogatives du Conseil de la paix au-delà de Gaza et se pense désormais comme une organisation internationale chargée d’assurer la paix mondiale, le Saint-Siège rappelle son attachement au travail des Nations-unies et au multilatéralisme. Le but du multilatéralisme, rappelait Léon XIV aux ambassadeurs en début d’année «est d’offrir un lieu où les personnes peuvent se rencontrer et parler », mais précisait le Pape: «pour dialoguer, il faut s’entendre sur les mots et les concepts qu’ils représentent». «Le langage n’est plus le moyen privilégié de la nature humaine pour connaître et rencontrer, mais, dans les replis de l’ambiguïté sémantique, il devient de plus en plus une arme pour tromper ou frapper et offenser ses adversaires» déplorait encore Léon XIV. Une mise en garde plus que jamais d’actualité quand on utilise le terme de "paix".
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