Angelo Gugel, (à gauche dans la papamobile), soutient dans ses bras Jean-Paul II, victime de l'attentat du 13 mai 1981.  Angelo Gugel, (à gauche dans la papamobile), soutient dans ses bras Jean-Paul II, victime de l'attentat du 13 mai 1981.  

Décès de Angelo Gugel, majordome de trois Papes

Jeudi 15 janvier, cet homme ayant été au service de Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et Benoît XVI, a rendu l’âme à l'âge de 90 ans. Homme fidèle et discret, il était aux côtés du Pape Jean-Paul II, le jour de l'attentat contre le premier Pape polonais, sur la place Saint-Pierre, le 13 mai 1981.

L'Osservatore Romano - Vatican News

Avec discrétion et réserve pendant un demi-siècle, entre la fin du XXe siècle et l'aube du nouveau millénaire, Angelo Gugel a servi trois Papes comme majordome. Il est décédé jeudi soir 15 janvier, à Rome, à l'âge de 90 ans, entouré de l'affection de sa famille. Il avait été appelé parmi ses collaborateurs laïcs, par son compatriote Vénitien Jean-Paul Ier, dont le pontificat ne dura que 33 jours. Il fut le témoin silencieux du très long pontificat de Jean-Paul II, pendant près de vingt-sept ans, et terminant son service à l’âge de 70 ans avec le Pape Benoît XVI.

Serviteur discret de trois Papes

Né le 27 avril 1935 à Miane (Trévise), marié à Maria Luisa Dall'Arche depuis 1964, père de quatre enfants, Raffaella, Flaviana, Guido et Carla Luciana Maria, Gugel était l'un des derniers à avoir vécu de très près avec les Papes. Les majordomes font en effet partie intégrante de la Famille pontificale. Pour avoir vécu la brève période de Jean-Paul Ier sur le trône du Successeur des apôtres, Angelo Gugel témoigna au procès de sa béatification. Il accompagna ensuite le long pontificat de Jean-Paul II, et se trouvait à ses côtés au moment même de l'attentat du 13 mai 1981. Il a également servi pendant la première période du Pape Benoît XVI avant d’aller à la retraite.

Issu d'une famille paysanne et fort d'une expérience de deux ans au séminaire, il fut enrôlé en 1955 comme gendarme au Vatican. Atteint de tuberculose, après une longue convalescence, il fut transféré au Gouvernorat, jusqu'à ce que Jean-Paul Ier, son ancien évêque à Vittorio Veneto, qui connaissait sa mère et son épouse, ayant ordonné prêtre le frère de celle-ci,  le père Mario Dall'Arche, le veuille à ses côtés. Déjà, pendant le Concile Vatican II, il avait été son chauffeur à Rome et avait même dîné chez lui.

Témoin direct de l'attentat du 13 mai 1981

Toujours impeccable dans sa tenue vestimentaire, d'une élégance sobre et sans ostentation, Angelo Gugel a conservé la discrétion que lui imposait le rôle délicat qui lui avait été confié, même après sa retraite. Il a rarement accordé des interviews. À l'occasion du centenaire de la naissance de saint Jean-Paul II, il avait souhaité confier quelques souvenirs au numéro spécial préparé par l'Osservatore Romano pour célébrer cet anniversaire. «Mes jambes tremblaient lorsque j'ai été rappelé dans l'appartement après la mort de Jean-Paul Ier», écrivait-il à cette occasion, décrivant l'appel au Palais apostolique du Pape «venu de très loin». «Mais le climat de confiance instauré par le Saint-Père» et «aussi par Mgr Stanislaw et les sœurs m'a fait me sentir ''chez moi''», a-t-il écrit, en faisant référence au secrétaire particulier de Jean-Paul II, aujourd'hui cardinal Dziwisz, et aux religieuses polonaises qui l'assistaient.

Racontant les 27 années passées avec Jean-Paul II, riches en activités, rencontres et voyages, il évoqua les voyages internationaux sur les cinq continents, mais aussi les moments plus intimes, comme les quelques jours de vacances à Cadore ou dans la Vallée d'Aoste, pendant lesquels, même Gugel quittait son incontournable costume sombre et cravate pour enfiler des pulls et des pantalons de montagne. «Il était normal de garder le secret sur mon travail, même au sein de ma famille. Lorsque nous sortions avec le Saint-Père à titre privé, même mes proches l'apprenaient par les journaux», avait-il ajouté. Il se souvenait en effet de chaque instant de l'attentat du 13 mai 1981, du trou laissé par la balle au Pape allongé sur le sol à l'entrée du palais des Services de santé au Vatican, jusqu'à la longue course vers la polyclinique Gemelli.

Témoin silencieux de la grâce de Dieu

Dans une interview accordée en 2018 au Corriere della Sera, Gugel a raconté deux anecdotes: «Deux jours après l'élection, le substitut de la Secrétairerie d'État, Giuseppe Caprio, a téléphoné à 11h30 au Gouvernorat en disant: ''Monsieur Gugel doit se présenter dans l'appartement privé du Pape tel qu'il est habillé''. Je suis monté au dernier étage du Palais apostolique. Mes jambes tremblaient. Il n'y avait que des prélats polonais, j'étais le seul à parler italien». Une caractéristique utile pour aider le nouveau Pape à prononcer correctement ses premiers discours.

«Je suis resté interdit lorsque, le matin du 22 octobre 1978, avant de se rendre sur la place Saint-Pierre pour le début solennel de son pontificat, le Saint-Père m'a appelé dans son bureau et m'a lu l'homélie qu'il allait prononcer peu après: ''N'ayez pas peur! Ouvrez, ouvrez grand les portes au Christ! N'ayez pas peur! Le Christ sait ce qu'il y a dans l'homme. Lui seul le sait!''». «Il m'a demandé de lui signaler les prononciations incorrectes et, avec un crayon, il notait où mettre les accents. Deux mois plus tard, en rencontrant mes anciens collègues de la Gendarmerie, il a sorti une phrase qui m'a laissé bouche bée: ''Si je me trompe dans l'accentuation d'un mot, c'est à 50 % la faute d'Angelo'', et il m'a souri».

Dans cette même interview, il s'est souvenu du moment où sa femme Maria Luisa attendait leur quatrième fille, qu'ils auraient appelée Carla Luciana Maria en l'honneur de Jean-Paul Ier et de Jean-Paul II: pendant la grossesse, racontait-t-il, «de très graves problèmes utérins sont apparus. Les gynécologues de la polyclinique Gemelli, Bompiani, Forleo et Villani, ont exclu que la grossesse puisse se poursuivre. Un jour, Jean-Paul II m'a dit: ''Aujourd'hui, j'ai célébré la messe pour votre femme''». Le 9 avril, Maria Luisa a été conduite en salle d'opération pour une césarienne. À la sortie, le docteur Villani a commenté: «Quelqu'un a dû beaucoup prier».

Sur le certificat de naissance, il a écrit «7h 15», l'heure à laquelle la messe matinale du Pape en était au Sanctus. Au petit-déjeuner, sœur Tobiana Sobotka, supérieure des religieuses en service au Palais apostolique, informa le Souverain pontife que Carla Luciana Maria était née. «Deo gratias», s'exclama le Pape Jean-Paul II. Et le 27 avril, il tint à la baptiser lui-même dans la chapelle privée.

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16 janvier 2026, 13:39