Déjeuner du Pape avec des démunis: la véritable écologie naît d'un cœur converti
Augustine Asta - Cité du Vatican
Avant le déjeuner du Pape avec environ 200 personnes en situation de pauvreté et de vulnérabilité sociale du diocèse de Rome, ce samedi 11 juillet, une messe pour la sauvegarde de la création a donné le ton de cette journée. Cette célébration eucharistique a été presidée selon le formulaire «Missa pro custodia creationis» («Messe pour la sauvegarde de la création»), une nouvelle célébration liturgique officiellement ajoutée au Missel romain par le Pape Léon XIV, comprenant de nouvelles lectures et prières centrées sur l'écologie intégrale.
Dans son homélie, Mgr Luis Marín de San Martín, préfet du dicastère pour le Service de la Charité, a rappelé que «le Christ Jésus est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création, car en lui ont été créées toutes les choses, dans les cieux et sur la terre.» S'appuyant sur les Écritures, saint Augustin et saint François d'Assise, Mgr Luis Marín de San Martín a insisté sur le fait que la création n’est pas un «simple ensemble de choses à utiliser; c’est un don, une maison commune, confiée à la responsabilité de l’homme.»
«Celui qui aime préserve»
Le Pape Léon XIV, a-t-il poursuivi, nous invite à «regarder le monde avec un regard neuf, non pas comme quelque chose à utiliser sans limites, mais comme une maison commune à respecter.» Reprenant la prière du Saint-Père pour la sauvegarde de la création, le préfet a fait savoir que «chaque créature est le fruit de l’amour de Dieu et a sa place dans ce monde». «Le monde est infiniment plus qu'un problème à résoudre: c'est un mystère à contempler avec gratitude et espérance», a-t-il dit citant le Pape.
«Celui qui aime préserve», a soutenu le préfet du dicastère pour le Service de la Charité. Le chrétien est donc appelé, a-t-il continué, à préserver la «création, sachant qu’elle appartient à Dieu et qu’elle est un don de Dieu.» Il a par ailleurs mis en garde sur le fait que «prendre soin de la création ne se résume pas à planter un arbre, à éviter le gaspillage ou à respecter l’environnement».
Sauvegarder la création, c'est aussi protéger les plus pauvres
Pour Mgr Marín de San Martín, l'écologie intégrale prend tout son sens lorsqu'elle rejoint le service des plus fragiles. «Chaque geste de respect envers la création devient aussi un geste concret d'amour envers le prochain, surtout envers les plus pauvres, qui sont toujours les premiers à subir les conséquences de la pollution, des guerres et du changement climatique», a-t-il déclaré. Et d’ajouter: «Ce sont les plus fragiles qui deviennent pour nous un appel et une demande d’authenticité». «Ne valent-ils pas davantage que les oiseaux du ciel?», a-t-il ensuite interrogé. Aussi, le préfet a fait remarquer que «nous sommes tous appelés à la plénitude de l’amour». Recommandant aussi d’adopter les critères de l’Évangile et d’apprendre à regarder les autres avec le regard de Dieu.
Respecter de manière concrète la création signifie pour le prélat «éviter le gaspillage, utiliser de manière responsable ce que nous avons, garder propres les lieux où nous vivons, respecter les animaux et les plantes, enseigner aux enfants la gratitude pour les dons de la nature.» Mais surtout, a-t-il précisé, «pratiquer la charité au quotidien: une visite à une personne seule, un mot de réconfort, une aide concrète à une famille en difficulté, un geste de pardon.» Rappelant que «la pollution du cœur conduit à d'autres formes de pollution matérielle et environnementale». C’est pourquoi, a-t-il enjoint, il faut d’abord «assainir l’âme, purifier le cœur». «Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.»
Concluant son homélie, il a demandé au seigneur de «nous donner un regard nouveau» afin que «la foi devienne concrète, la charité crédible et l'engagement envers la création une louange continuelle au Créateur».
«La nature n'est pas plus importante que la personne»
Avant le déjeuner du Pape, Mgr Luis Marín de San Martín a prolongé sa réflexion en accueillant Léon XIV au Borgo Laudato si'. Il a rappelé que la préservation de la création ne saurait être séparée de la défense de la dignité humaine. «La nature n'est pas plus importante que la personne. Il ne peut y avoir de véritable écologie sans une attention authentique portée aux plus démunis», a-t-il affirmé.
Évoquant les anawim, les pauvres du Seigneur, il a rappelé que les personnes vulnérables ne sont pas uniquement les bénéficiaires de l'action de l'Église, mais aussi ses véritables maîtres spirituels. «Les exclus ne sont pas seulement les destinataires de la mission de l'Église: ils en sont les protagonistes. Ils évangélisent l'Église, la purifient et lui rappellent que tout est don», a-t-il souligné en citant saint Jean Chrysostome: «Si vous ne parvenez pas à trouver le Christ dans ce mendiant qui est à la porte de l’église, alors vous ne Le trouverez pas non plus dans le calice.»
Il a également remercié Léon XIV de partager ce moment fraternel, estimant que «le Royaume de Dieu grandit lorsque personne n'est simplement un hôte ou un bienfaiteur, mais que tous se reconnaissent frères et sœurs».
Le diocèse de Rome appelé à «sortir» vers les périphéries
Au nom du diocèse de Rome, le cardinal Baldo Reina a exprimé sa gratitude au Pape pour sa présence, voyant en elle un encouragement pour toutes les communautés engagées auprès des plus fragiles. Reprenant l'envoi missionnaire du Christ -«Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie»-, il a appelé l'Église à ne pas rester immobile, mais à aller «habiter les périphéries de l'existence» pour rejoindre les personnes seules, souffrantes ou découragées.
Le cardinal a rendu hommage aux paroisses, aux Caritas, aux communautés religieuses, aux hôpitaux, aux associations et aux nombreux bénévoles qui, souvent dans la discrétion, vivent chaque jour l'Évangile du service. «L'Église ne recherche pas les privilèges mais la proximité», a-t-il affirmé, évoquant le lavement des pieds comme modèle permanent de la mission chrétienne. Il a également salué le Borgo Laudato si', présenté comme «un modèle concret où la sauvegarde de la création et la promotion de la dignité humaine vont de pair».
Le Borgo Laudato si', une maison où personne n'est exclu
En accueillant Léon XIV, le cardinal Fabio Baggio, directeur général du centre de formation supérieure Laudato si’ a aussi insisté sur la vocation profondément humaine de ce projet inspiré par l'écologie intégrale. «Nous faisons partie d'une seule et même famille humaine, appelée à préserver la terre et surtout à prendre soin les uns des autres», a-t-il déclaré.
Face à une «culture du rejet» qui marginalise les pauvres, les migrants, les personnes âgées ou fragiles, le Borgo souhaite être «un petit signe d'espérance», où «personne n'est superflu aux yeux de Dieu». Le Centre de formation supérieure Laudato si' entend promouvoir une formation qui dépasse la simple transmission des connaissances pour apprendre un «regard nouveau», capable de reconnaître le Christ dans les plus petits, conformément à l'Évangile de Matthieu.
Le déjeuner du Pape avec les personnes vulnérables du diocèse de Rome, son diocèse, se veut un signe de communion où, «la fraternité se construit à travers des gestes simples mais profondément évangéliques: se rencontrer, s'écouter, partager le pain et se reconnaître comme enfants du même Père».
Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici.
