Les Papes et l’Odyssée: le voyage comme quête de sens
Amedeo Lomonaco – Cité du Vatican
La lecture de l’Odyssée à travers les réflexions des Papes offre une perspective sur le monde et sur le sens de l’existence. Une remarque préliminaire s’impose concernant le mot εὐαγγέλιον (evangelium), qui a une longue histoire. Le Pape Benoît XVI, en 2012, à l’occasion de l’Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, souligne que ce terme «apparaît chez Homère», dans l’Odyssée: «c’est l’annonce d’une victoire et donc une annonce de bien, de joie, de bonheur. Il apparaît ensuite dans le Second Isaïe (cf. Is 40, 9) comme une voix qui annonce la joie venant de Dieu, comme une voix qui fait comprendre que Dieu n’a pas oublié son peuple».
L'Odyssée et les questions fondamentales
Le voyage d'Ulysse s'articule avant tout autour des questions fondamentales qui caractérisent le parcours de l'existence humaine: qui suis-je? D'où je viens et où je vais? Dans les poèmes d’Homère, peut-on lire dans l’encyclique Fides et Ratio du Pape Jean-Paul II, ce sont des interrogations qui ont «une source commune: la quête de sens qui depuis toujours est pressante dans le cœur de l'homme, car de la réponse à ces questions dépend l'orientation à donner à l'existence.»
La quête de sens
L’invitation qui sous-tend l’Odyssée, dès ses premières pages, est de ne pas s’arrêter à Ithaque. Se mettre en route devient une source de connaissance permettant de situer, à travers le vécu et l’expérience, les différentes étapes de la vie. La recherche de la vérité ne doit pas non plus être une attente passive. Le Pape Paul VI exprime cette saine inquiétude lors de l’audience générale du 7 décembre 1966, en posant la question suivante: «Ulysse, désireux de devenir un expert du monde, des vices humains et de la valeur (Dante, Inf. 26), n’est-il pas plus grand que la sereine Pénélope?».
La valeur du voyage
Le destin de l’homme ne se construit pas en attendant que les événements prennent forme et substance. Le Pape François, lors de son voyage apostolique en Grèce en 2021, explique que «la traversée d'une mer agitée, comme nous l'enseigne le grand récit homérique, est souvent la seule voie». À l’occasion de sa visite au Parlement hellénique le 6 décembre 2021, François explique qu’on ne peut rester immobile face aux tournants cruciaux et aux tempêtes de la vie. Dans l’Odyssée d’Homère, rappelle ensuite le Souverain pontife argentin, le premier héros qui apparaît n’est pas Ulysse, mais un jeune homme. Il s’agit de Télémaque, son fils: «Il n’a jamais connu son père et il est angoissé, découragé car il ne sait pas où celui-ci se trouve, ni même s'il est encore vivant.».
À la croisée des chemins
Le Pape François, poursuivant le portrait de Télémaque lors de son voyage apostolique en Grèce, explique qu’«il y a plusieurs voix s'élèvent dont celle de la divinité qui l'exhorte à avoir du courage et à partir». «Et c'est ce qu'il fait: il se lève, répare secrètement le bateau et, à la hâte, au lever du soleil, part à l’aventure». Le choix de Télémaque ne concerne pas seulement les intrigues de l’épopée, mais aussi les pas des nouvelles générations qui tentent de construire leur avenir au milieu des difficultés et des incertitudes. La décision du fils unique d’Ulysse et de Pénélope est aussi celle prise par tant de migrants qui, en cette époque déchirée par les tensions et les conflits, projettent leurs rêves au-delà de leurs peurs et de leurs angoisses.
Le salut «se trouve au large»
Le récit homérique est donc une métaphore des voyages de tant de Télémaque et d’Ulysse qui ont sillonné les mers de l’histoire et qui continuent à naviguer parmi les défis posés par le monde contemporain. François, en reliant l’Odyssée à notre quotidien, souligne que «le sens de la vie ne consiste pas à s'asseoir sur la plage en attendant que le vent apporte quelque chose de nouveau». La vie de l’homme est tournée vers l’horizon. «Le salut est au large, dans l'élan, dans la recherche, dans la poursuite des rêves, les vrais, ceux qui se font les yeux ouverts, qui impliquent fatigue, lutte, vents contraires, tempêtes inattendues».
Entre deux mers
Il y a des moments dans la vie où le passé et l’avenir semblent presque se superposer et occuper la même scène. Le Pape François, lors de sa rencontre en 2023 avec les séminaristes des diocèses de Calabre, revient sur ce moment charnière, immortalisé dans le récit homérique, entre les péripéties du voyage et le retour au pays. «Homère, dans l’Odyssée, raconte qu’Ulysse, vers la fin de son voyage, débarqua sur une bande de terre d’où il put admirer la beauté de deux mers». C’est dans cette beauté que naviguent les souvenirs et les rêves de l’homme: des racines à préserver et des fruits à cueillir.
Toute notre vie est un voyage
C’est dans l’expérience du voyage, surtout dans sa dynamique existentielle, que l’on peut comprendre le sens le plus profond de la dimension humaine: «Toute notre vie – affirme le Pape Léon XIV lors de l’audience générale du 31 décembre 2025 – est un cheminement, dont le but ultime transcende l’espace et le temps, pour s’accomplir dans la rencontre avec Dieu et dans la communion pleine et éternelle avec Lui». «Nous sommes tous des migrants», des pèlerins «en route vers la patrie céleste», et le sens du voyage, souligne enfin le Pape Léon XIV lors de son voyage apostolique en Espagne, réside dans le fait de rendre le chemin «plus humain pour tous, en offrant ce qui est à la portée de chacun». À l’instar d’Ulysse, l’homme est appelé à se mettre en route et à affronter les épreuves de la vie.
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