Léon XIV exhorte les jeunes espagnols à être «l’étincelle d’une humanité nouvelle»

Devant 600 000 jeunes réunis au cœur de Madrid pour une veillée de prière, le Pape a répondu à plusieurs questions posées par six jeunes sur sa vocation, ses sources d’inspiration, et sur la manière dont vivre en chrétien dans la société d’aujourd’hui. Après ce moment de partage, ce fut l’adoration eucharistique avant la bénédiction du Souverain pontife.

Xavier Sartre – Cité du Vatican

Madrid a retrouvé des accents des JMJ de 2011, quand Benoît XVI se rendit dans la capitale espagnole pour y rencontrer la jeunesse du monde. Cette fois, ce sont les jeunes espagnols à qui Léon XIV s’est adressé. «Esta es la juventud del Papa» («Voici la jeunesse du Pape») ont-ils scandé par centaines de milliers le long du Paseo de la Castellana, cette grande artère de la ville qui mène du centre historique jusqu’au stade du Real Madrid, que le Pape a remontée en papamobile jusqu’à la place de Lima où la scène l’accueillant a été montée.

Dans le soleil couchant de ce soir de printemps, après un spectacle de musique, de danse et de chant, Léon XIV a dialogué avec cette jeunesse «enthousiaste» comme il l’a relevé. Six jeunes, âgés de 15 à 30 ans, ont posé leurs questions au Pape, deux par deux. À celle qui lui demandait quelles sont ses figures de référence outre saint Augustin, Léon XIV a cité trois saints. Tout d’abord saint Jean Chrysostome, Père de l’Église du IVe siècle qui l’impressionna «par ses catéchèses, ses sermons, ses homélies, ses écrits qui allient l’amour de la vérité et la droiture de sa vie». L’occasion d’exhorter les jeunes à ne pas avoir peur de penser à une vocation sacerdotale, à une vie religieuse ou à d’autres services au sein de l’Église ou à se marier et à fonder une famille.

Le témoignage de foi des Péruviens malgré les difficultés

Puis saint Thomas de Villanueva, un augustin espagnol du XVIe siècle qui exhortait ses frères «à la persévérance dans la prière, la chasteté et l’obéissance. Sa charité ardente m’a encouragé dans les moments d’épreuve et de service», a confié l’évêque de Rome qui cita enfin saint Toribio de Mogrovejo, un autre Espagnol du XVIe siècle, missionnaire au Pérou qui «sut allier une vie intense de prière à un engagement en faveur de la justice, en particulier face aux abus et à la corruption de son époque»«Il est pour moi un modèle de dévouement envers le peuple, en particulier les plus pauvres, au nom du Christ».

Concernant ses années au Pérou, le Pape péruvien se souvient surtout «du témoignage de foi des gens, marqués par de nombreuses difficultés, mais pleins d’espérance. C’est précisément la rencontre avec les souffrances et les joies du peuple qui m’a fait grandir sur le chemin à la suite de Jésus»«J’ai vu comment la Parole de Dieu peut convertir le conflit en paix, comment elle peut être source de réconciliation, de paix et de justice».

Veillée de prière du Pape à Madrid avec les jeunes
Veillée de prière du Pape à Madrid avec les jeunes   (@Vatican Media)

Le silence, la prière, l’écoute

Autre paire de questions, sur la manière de reconnaitre la voix de Dieu parmi tant d’autres et sur la façon dont les jeunes peuvent accompagner les autres vers la foi. Là aussi, Léon XIV a répondu en trois temps, invitant avant tout au silence, remarquant que très souvent on se déplace avec des écouteurs sur les oreilles, sans savoir rester en silence, or «très souvent c’est précisément dans cette expérience du silence que Dieu peut nous parler ou que nous pouvons discerner sa voix»«En nous libérant du vacarme de mille voix, nous reconnaissons que certaines trompent nos désirs, d’autres nous achètent sans nous nourrir, d’autres encore parlent par intérêt. Dans le silence, nous comprenons que les idéologies passent, tandis que la vérité demeure», a-t-il conseillé, insistant sur l’importance de chercher la Vérité alors que «beaucoup de choses sur les réseaux nous trompent ou nous racontent des mensonges».

Le Saint-Père a ensuite rassuré son auditoire, affirmant que Dieu écoute et répond. D’où cette invitation à exprimer ce que l’on ressent dans son cœur et qui se transforme en prière, «voix libre précisément parce qu’elle ne s’exprime pas pour rendre des comptes, pour prouver que nous sommes prêts ou pour nous donner de l’importance. Lorsque nous nous faisons nous-mêmes prière, le Seigneur nous répond par son Verbe, qui s’est fait homme pour nous, en affirmant qu’Il nous aime de tout son être», a-t-il affirmé.

Le Pape et les jeunes qui lui ont posé les questions
Le Pape et les jeunes qui lui ont posé les questions   (@Vatican Media)

Enfin, Léon XIV a recommandé d’écouter la Parole vivante de Dieu, c’est-à-dire le Christ, «dont la voix continue de résonner dans l’Église qui est son Corps». L’adoration eucharistique est «le lieu idéal pour garder le silence, libérer notre cœur et “être” nous-mêmes devant le Seigneur, en dialoguant avec Lui».

Afin d’accompagner les autres à découvrir la beauté de la foi, le Pape a recommandé de partager son cheminement spirituel et d’en témoigner par la cohérence de sa vie. «La volonté de suivre Jésus vous renouvellera constamment, surtout dans les moments de lassitude. En cela, il est important de voir que personne n’est seul quand il croit en Jésus. Regardez combien vous êtes ici!» a-t-il lancé à la foule. «Si vous priez avec amour, les jeunes apprécieront l’importance de la prière. Si vous brûlez de foi, vous transmettrez son feu vivant. Cherchez tous dans vos cœurs ce feu de l’amour de Dieu! Car c’est là que réside la présence de Jésus, et cette présence proche de Jésus se fait sentir même dans les moments où nous trébuchons, car Jésus ne nous abandonne pas. C’est aussi lorsque nous devenons une main tendue, une étreinte fraternelle, lorsque nous cherchons des occasions de servir les autres, d’accomplir des œuvres de charité, de chercher comment toucher la vie de l’autre avec ses blessures, dans sa tristesse, dans ses difficultés. C’est là que la foi en Jésus-Christ prend vie, et c’est là que Jésus nous aidera à nous soutenir tous mutuellement sur le chemin», a-t-il affirmé, sortant de son texte.

Libres en Christ

Les jeunes ont également partagé leur interrogation sur la nature de leur engagement au sein de la société, et quelle était la nature de la mission que le Pape leur confiait. À la première question, Léon XIV a rappelé que «les disciples de Jésus sont toujours contemporains, mais jamais prisonniers du temps qui passe. Nous sommes libres en Christ!» s’est-il exclamé. Le Christ nous a libérés par son amour, a-t-il ajouté, expliquant que «grâce à cet amour, nous sommes toujours libres face à toute contrainte et à toute tromperie. Nous sommes libres des modes, car nous sommes disciples de la vérité; nous sommes ouverts à l’avenir, car nous savons que la mort ne nous attend pas».

Pour le Successeur de Pierre, les jeunes sont appelés «à donner une nouvelle orientation à la société, en devenant les acteurs du changement à partir de vos liens quotidiens, de ce que vous vivez en famille, à l’université et au travail»«Je me réjouis de penser à votre capacité à témoigner du Christ dans le monde, y compris dans la réalité numérique, pour communiquer les valeurs et la beauté de l’Évangile» a-t-il confié.

Adoration eucharistique
Adoration eucharistique   (@Vatican Media)

Rechercher la justice

Les 600 000 jeunes présents ont donc été invités par Léon XIV «à être ensemble le sel de la terre et la lumière du monde». Pour cela, «il faut avant tout comprendre la société actuelle, en vivant avec sagesse, afin de pouvoir ensuite la transformer en tant que témoins de l’Évangile. Le jeune chrétien, en effet, rayonne tant dans la joie que dans l’épreuve, donnant du goût à la réalité parce qu’il l’habite comme une personne qui savoure la vie en son for intérieur, sans attendre que la richesse, le plaisir ou le pouvoir lui en donnent la saveur», a-t-il explicité. «Face au vide de l’indifférence et du conformisme, face à la violence de la guerre et du mensonge, soyez vous-mêmes l’étincelle d’une humanité nouvelle», a-t-il conseillé.

Quant à la mission qu’il assigne à la jeunesse, c’est celle d’être humains comme l’est le Christ, «des hommes et des femmes de chair et d’os. Pas des apparences mais des visages fiables. Des personnes qui recherchent la justice parce qu’elles en ont faim, comme du pain quotidien. Des personnes qui désirent une vie honnête et droite, parce qu’elles font volontiers aux autres ce qu’elles voudraient que les autres leur fassent.»

Pour les aider, les jeunes peuvent regarder vers les Apôtres et suivre leur exemple, être des missionnaires de l’Évangile «face aux pauvretés matérielles et spirituelles de notre temps, sachant bien que notre foi est un style de vie qui s’accomplit dans la charit黫Telle est, chers jeunes, la vertu qui change l’histoire plus que toute autre», a conclu le Pape. «Vous pouvez changer l’histoire».  

Veillée de prière de Léon XIV avec les jeunes espagnols à Madrid

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06 juin 2026, 21:54