Lors de la deuxième session de travail sur consistoire extraordinaire, le 8 janvier 2026. Lors de la deuxième session de travail sur consistoire extraordinaire, le 8 janvier 2026.  (@Vatican Media)

Le Pape réunira les cardinaux chaque année au Vatican

À l'issue de la dernière session de travail du consistoire extraordinaire, Léon XIV a exprimé sa volonté de poursuivre dans cette voie, dans la «continuité» de ce qui avait été demandé lors des congrégations générales précédant le conclave. Un nouveau consistoire se tiendra en juin. Léon XIV a également confirmé l'Assemblée ecclésiale d'octobre 2028, a-t-on appris lors d’une conférence de presse jeudi 8 janvier au soir, en présence des cardinaux Brislin, Rueda Aparicio et David.

Salvatore Cernuzio – Cité du Vatican

Le premier consistoire extraordinaire du Pape Léon XIV vient de s’achever et un nouveau rendez-vous est déjà pris, pendant deux jours en juin, à la veille de la solennité des saints Pierre et Paul. Ce prochain consistoire extraordinaire a été annoncé par le Souverain pontife jeudi en fin d’après-midi, dans son discours de clôture de la troisième et dernière session de travail du consistoire qui a réuni 170 cardinaux électeurs et non électeurs. Le Pape a expliqué que la réunion des 7 et 8 janvier s'inscrivait dans la «continuité» de ce qui avait été demandé aux congrégations générales avant le conclave, et a exprimé sa volonté de poursuivre les consistoires, d’une durée de trois à quatre jours, à un rythme annuel. Il avait déjà annoncé dans son discours de mercredi, que ce premier consistoire était «une préfiguration de notre cheminement futur». Léon XIV a par ailleurs confirmé l'Assemblée ecclésiale d'octobre 2028 au Vatican, annoncée en mars dernier.

Remerciements aux personnes présentes et proximité avec les absents

Outre les annonces, le Pape a tenu à remercier les personnes présentes pour leur participation et leur soutien. Il a adressé des remerciements particuliers aux cardinaux les plus âgés pour avoir fait l'effort de venir. «Votre témoignage est précieux», leur a-t-il confié, manifestant sa proximité avec les cardinaux du monde entier qui n'ont pas pu être à Rome ces derniers jours, «nous sommes avec vous et nous vous sommes proches».

Au cours de ces deux journées de travail, le Pape affirme avoir fait l’expérience d’une «synodalité non technique», d’une profonde harmonie et communion, avec une méthodologie choisie pour favoriser une meilleure connaissance mutuelle, compte tenu de la diversité des origines et des expériences de chacun. D'où un rappel au Concile Vatican II, fondement du cheminement et du renouveau de l'Église. Léon XIV a aussi apporté une clarification, les deux autres thèmes proposés et non votés par l'assemblée, la liturgie et la Praedicate evangelium, sont fortement liés au Concile et ne devront pas être oubliés.

Enfin, le Pape, ainsi que tous les membres du collège cardinalice, ont porté leur regard sur la situation générale du monde qui rend «d'autant plus urgente» une réponse de la part de l'Église, proche des Églises locales qui souffrent des guerres et des violences.

Une pensée pour le Venezuela

Dans cette optique, bien que les thèmes du consistoire aient été tout autres –les cardinaux ont voté à la majorité pour choisir de parler de la synodalité et de la mission à la lumière d'Evangelii Gaudium-, une pensée n'a pas manqué d'être exprimée sur la situation au Venezuela, en particulier de la part des cardinaux latino-américains. Le cardinal Luis Jose Rueda Aparicio, archevêque de Bogota en Colombie, s'est fait le porte-parole de cette préoccupation lors de la conférence de presse donnée jeudi soir, en conclusion des travaux du consistoire, avec les cardinaux Stephen Brislin, archevêque de Johannesburg en Afrique du Sud, et Pablo David, évêque de Kalookan aux Philippines.

L'archevêque colombien a rappelé les paroles du Pape prononcé au lendemain de l’intervention des États-Unis. Lors de l'Angélus du 4 janvier, Léon XIV «a exprimé sa profonde préoccupation face à la situation au Venezuela et s'est engagé à encourager le dialogue et la recherche d'un consensus, en invoquant la paix, afin de construire une paix à la fois désarmée et désarmante, vouée à unir les peuples dans le respect des droits de l'homme et de la souveraineté».  «Ce message de dimanche a donné le ton à mes réflexions de ces derniers jours», a déclaré Mgr Rueda. Le Venezuela n’était pas inscrit à l’ordre du jour du Consistoire, mais il était «inévitable» que les membres du collège cardinalice «soient préoccupés par ce qui se passe», qu'ils «se posent des questions» sur la direction prise, sur la manière dont la géopolitique de l'Amérique latine évolue et sur la façon dont l'Église peut accompagner la population. Le Venezuela est un sujet qui «nous tient à cœur, qui nous attriste tous et pour lequel nous souhaitons les meilleurs développements possibles dans un avenir proche», a déclaré le cardinal Rueda.

Ce jeudi 8 janvier, en salle Paul VI.
Ce jeudi 8 janvier, en salle Paul VI.   (@VATICAN MEDIA)

Vivre la synodalité comme «des compagnons de route»

Lors de la conférence de presse, les trois cardinaux rapporteurs ont rendu compte des thèmes et de l'atmosphère générale qui se sont dégagés au cours des travaux, ponctués de de chants et de prières, avec une pause pour le déjeuner dans le hall de la salle Paul VI (en présence du Pape qui a offert à chacun la médaille du pontificat).

Au sein des groupes de travail linguistiques, les échanges ont porté sur la synodalité, la nécessité de la vivre comme des «compagnons de route», que cela se reflète dans l'exercice de l'autorité, dans la formation et dans l’activité des nonces, qu'elle soit vécue dans la Curie avec «une plus grande internationalisation». Le souhait d’une relecture de l'exhortation apostolique du Pape François Evangelii gaudium -qui n'est pas «périmée» après le pontificat du Pape argentin- a été proposée. Ce texte interpelle encore les diocèses, la Curie romaine et le Pape lui-même.

En salle Paul VI, vingt tables ont réuni les cardinaux. Onze d’entre elles ont accueilli les non électeurs ou résidents à Rome. Neuf autres ont rassemblé des cardinaux électeurs, ordinaires de diocèses ou nonces encore en fonction, a expliqué le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni.

Le Pape et ses documents de travail.
Le Pape et ses documents de travail.   (@Vatican Media)

«Le Pape prenait des notes, il était très attentif»

Le cardinal Brislin, archevêque de Johannesburg en Afrique du Sud, a qualifié cette expérience de «très enrichissante», grâce aux différentes perspectives qui ont permis d'approfondir les nécessités du monde. Une occasion d'apprendre à connaître les autres et à se connaître soi-même. «Le fait qu'un nouveau rendez-vous soit prévu en juin montre que le Saint-Père prend très au sérieux la perspective que nous pouvons l'aider dans da mission de successeur de Pierre», a-t-il déclaré. «Huit mois après le conclave, le Pape a tenu à nous convoquer pour nous écouter», a renchéri le cardinal Rueda. «Cela nous renforce dans la mission de l'Église». S’amusant de ses propres forces en dépit du décalage horaire avec son pays d’origine, les Philippines («Je n'arrive pas à croire que je sois encore là, aujourd'hui nous avons commencé très tôt, à 7 heures»), le cardinal David a tout d'abord salué le format utilisé pour les travaux. Grâce à «la conversation dans l'Esprit», «tout le monde a pu s'exprimer». Il s’est réjoui du fait que le Pape «ait plus écouté que parlé», prenant des notes lors des interventions. «Ses contributions ont été très enrichissantes pour nous tous», a précisé le cardinal David.

L'importance de se connaître

Un journaliste a ensuite demandé quels étaient les véritables éléments nouveaux ayant émergé de ce consistoire, étant donné que bon nombre des thématiques abordées avaient déjà été largement approfondies lors de la double session du Synode sur la synodalité. À cette question, le cardinal Brislin a répondu que la nouveauté ne devait pas être recherchée «uniquement dans les discussions», mais dans «l'opportunité même de nous connaître et de nous écouter». «C'est important parce que nous venons de différentes parties du monde, certains sont de nouveaux cardinaux, d'autres le sont depuis longtemps». Le Pape, a ajouté l'archevêque de Johannesburg, «veut être collégial, il veut écouter, il veut puiser dans l'expérience et les connaissances des cardinaux qui viennent de différentes parties du monde, car cela peut l'aider à guider l'Église». Les profils sont «différents», mais le travail s'est fait «dans une harmonie qui n'est pas uniformité», a ajouté le cardinal Rueda.

Laïcs et femmes

Les journalistes ont également demandé si la question de la participation des laïcs et du rôle des femmes dans l'Église avait été abordée lors des discussions. «Comment ne pas reconnaître le rôle des femmes et leurs ministères dans l'Église?», a répondu le cardinal David. Il s’agit d’«une préoccupation constante», a-t-il affirmé, rappelant les résultats récemment publiés par la commission sur l'étude du diaconat féminin. Le cardinal philippin a également évoqué «le cléricalisme» et relancé l'idée «du sacerdoce du peuple» qui s'inspire de Vatican II. «Nous parlons du corps de l'Église, nous avons le chef de l'Église, mais pas seulement le chef, il y a aussi un corps. Les personnes ont le pouvoir de participer à la vie et à la mission de l'Église».

Le Pape a pris des notes lors des interventions.
Le Pape a pris des notes lors des interventions.   (@VATICAN MEDIA)

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08 janvier 2026, 23:05