En République dominicaine, la difficile condition de vie de réfugiées haïtiennes
Entretien réalisé par Myriam Sandouno – Cité du Vatican
Au péril de leur vie, de nombreux Haïtiens tentent chaque jour de rejoindre la République dominicaine qui partage, avec Haïti, l’île d’Hispaniola dans les Caraïbes. Le climat d’insécurité et la violence atroce des gangs étant «insupportables», ces migrants haïtiens font le choix de partir à la recherche d’une meilleure sécurité mais, la situation sur place en République dominicaine est encore plus complexe: ils vivent constamment dans la peur, craignant d’être expulsés. La Direction générale des migrations (DGM) de la République dominicaine a annoncé avoir expulsé un total de 34 226 ressortissants haïtiens en situation irrégulière au cours du mois de juin.
Arrestations de femmes enceintes
De nombreux témoignages font état de femmes enceintes arrêtées dans des hôpitaux, près de centres de santé, voire à leur domicile. Certaines sont expulsées immédiatement après avoir donner la vie. «Après une semaine passée à l’hôpital suite à mon accouchement, j’ai été arrêtée puis conduite à la frontière avec Haïti. À l’hôpital, on m’a installée dans un fauteuil roulant et demandé si je déclarerais mon bébé. Je leur ai répondu que je le ferais. Ils m’ont ensuite dit que je rentrais chez moi, mais c’était un mensonge. À ma grande surprise, sans que je le sache, ils ont appelé le service de l’immigration. Je pense qu’ils avaient tout planifié en cachette. C'est à partir de ce moment-là que ma misère a commencé», raconte une migrante sans papiers évoquant la difficulté de les obtenir.
En partance pour Haïti avec son nouveau-né, cette jeune femme n’ayant pas pu regagner Port-au-Prince contrôlée à au moins 85% par des gangs armés, décide de rejoindre à nouveau les siens en République dominicaine avec tous les risques possibles: «J'ai passé plusieurs jours à errer dans les bois avec l'enfant, sous la pluie et le soleil. En cours de route, raconte-t-elle, lorsque je suis enfin arrivée dans une zone que je ne connaissais pas, des Dominicains et des Haïtiens se sont associés pour me kidnapper. Ils m'ont séquestrée pendant plusieurs jours et m'ont réclamé 60 000 pesos» soit 899 euros.
Le choix d'accoucher sans assistance médicale
Au regard de la situation, certaines Haïtiennes réfugiées en République dominicaine préfèrent accoucher dans des lieux insalubres et sans assistance médicale. L’une d’entre elles préférant garder l'anonymat témoigne: «Ils maltraitent les femmes qui viennent d'accoucher. À certaines, ils mettent des menottes aux mains. Il y a des nourrissons qui meurent parce qu’on ne peut pas aller à l'hôpital, et certaines de leurs mères meurent aussi», affirme-t-elle demandant de l’aide pour son bébé de trois mois qui «souffre d’un problème de malformation au cœur».
«Dieu puisse changer les cœurs»
Déplorant les conditions d'expulsions des migrants, le père Roostaveg Gérome du diocèse de Hinche exhorte les autorités haïtiennes à agir pour «sauver des vies; agir, insiste-t-il, pour que ces mères haïtiennes en quête d’un avenir meilleur pour leurs enfants, n’aient nullement besoin d’émigrer». «Il faut vraiment que les autorités assurent la sécurité en Haïti», affirme le prêtre, suggérant ensuite aux autorités ecclésiales «de demander à la République dominicaine d’accorder une chance à ces personnes vulnérables qui y vivent déjà».
Un autre appel est également lancé à l’endroit des autorités dominicaines: «Elles doivent prendre au sérieux le cas de ces femmes qui souffrent, tant sur le plan physique que sur le plan psychologique. Il faut tenir compte de cette situation de fragilité et de précarité», déclare-t-il, exhortant l’Église à prier pour que «Dieu puisse changer les cœurs» et qu’il donne à chacun «un cœur compatissant» dans ce contexte de violences des gangs en Haïti et d’expulsion de migrants haïtiens en République dominicaine.
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