À la frontière entre le Maroc et l'Espagne, ce 31 juillet 2026. À la frontière entre le Maroc et l'Espagne, ce 31 juillet 2026.  (AFP or licensors)

Ceuta: appel à la solidarité ou réactions de rejet après l'arrivée de 60 000 migrants

En 24 heures, 60.000 migrants ont passé la frontière entre le Maroc et Ceuta, l'équivalent de «70% de la population locale», affirme le gouvernement de l'enclave espagnole. 25 000 seraient déjà rentrés au Maroc. L'Église espagnole se mobilise en assurant une assistance totale pour répondre aux besoins humanitaires des arrivants, tandis que plusieurs pays européens réclament des mesures exceptionnelles pour endiguer les flux. 34 migrants ont perdu la vie en tentant de franchir la frontière.

Stefano Leszczynski et Marie Duhamel - Cité du Vatican

La pression migratoire aux portes de l’Europe vient à nouveau bouleverser les équilibres politiques du continent. Au cours des dernières heures, Ceuta, l’enclave espagnole située sur la côte nord du Maroc, a été submergée par un afflux sans précédent de personnes en provenance de ce pays nord-africain voisin. Selon les estimations les plus récentes, les passages clandestins ont désormais dépassé les 60 000 personnes, un chiffre qui dépasse de loin celui enregistré lors de la crise de 2021. En tentant de rejoindre l’enclave espagnole par la mer, 34 migrants sont décédés et les autorités locales font état d’un nombre indéterminé de disparus. Depuis le début de l’année, 49 personnes ont perdu la vie sur cette route.

Rumeur à l’origine de la crise

Immédiatement arrivé sur place, le Premier ministre espagnol estime que la crise en cours est liée à une interprétation malhonnête faite par «les mafias de trafiquants d'êtres humains» d'une récente décision de la Cour suprême espagnol statuant sur la reconduite des migrants arrivés par la mer. Selon cet arrêt, «il n'est pas possible de reconduire à la frontière les personnes qui seraient arrivées en Espagne par la mer», a expliqué Pedro Sánchez, ajoutant que «cette interprétation» s'était «répandue comme une traînée de poudre ces dernières heures».

Dans la ville autonome, le chef du gouvernement espagnol a réaffirmé son intention de garantir à Ceuta la même protection qu’à n’importe quelle autre ville du pays en matière de sécurité, de prospérité, de cohabitation et de cohésion sociale. Le Premier ministre a également déclaré que les autorités marocaines s’étaient engagées à collaborer avec l’Espagne pour accélérer le rapatriement de leurs ressortissants entrés illégalement à Ceuta. 25 000 migrants seraient ce vendredi midi rentrés au Maroc, affirment les autorités espagnoles.

C’est une urgence humanitaire

En attendant la ville de Ceuta connaît une situation qualifiée d’«urgence humanitaire et sociale absolue». Les structures d’accueil ont désormais largement dépassé leur capacité maximale, tandis que des milliers de personnes passent la nuit à la belle étoile dans l’attente de connaître leur sort. Cette situation d’urgence ne concerne pas uniquement Ceuta. Melilla, l’autre enclave espagnole sur le territoire marocain, a également enregistré une forte augmentation des arrivées. Des centaines de jeunes ont tenté de franchir la frontière en passant par la clôture et le port, provoquant de violents affrontements avec les forces de sécurité marocaines. Les autorités ont renforcé les contrôles, fermé temporairement le poste-frontière et déployé un dispositif de sécurité massif.

L’inquiétude de l’Église locale

La gravité de la situation transparaît dans le message diffusé par le diocèse de Cadix et Ceuta, qui a exprimé sa «profonde inquiétude» face à «la vulnérabilité particulière d’un si grand nombre de personnes touchées par cette situation». Le diocèse a proposé son aide pour répondre aux besoins urgents des migrants, en garantissant sa «pleine disponibilité à collaborer avec les institutions civiles et les organismes compétents» afin de contribuer à «faire face à tout besoin qui pourrait surgir». À cet égard, le diocèse a annoncé que toutes les collectes recueillies ce week-end dans les paroisses de Ceuta seront reversées à la délégation diocésaine pour les migrants. Le diocèse a exprimé «par avance» sa gratitude pour la «générosité des fidèles et de toutes les personnes de bonne volonté» et a invité «les communautés chrétiennes à intensifier leurs prières pour ceux qui souffrent, pour ceux qui sont chargés de gérer cette situation et pour tous ceux qui œuvrent à la construction de voies de paix, de justice et d’espérance».

Les répercussions internationales de la crise

La crise a rapidement pris une dimension internationale, affectant les relations déjà délicates entre l’Espagne et le Maroc. Madrid continue d’affirmer sa volonté de collaborer avec Rabat pour procéder aux rapatriements et endiguer les flux migratoires, mais l’ampleur des événements a déjà pris l’allure d’une grave crise diplomatique entre les deux rives du détroit de Gibraltar. Les répercussions de la crise ont des conséquences sur l’ensemble de l’Union européenne.

La Première ministre danoise Mette Frederiksen juge que l'Union européenne devrait envisager de suspendre l'Espagne au sein de l'espace Schengen après les entrées illégales de ces dernières heures.

La France a annoncé le renforcement des contrôles le long de la frontière avec l'Espagne afin de prévenir d'éventuels mouvements secondaires de migrants vers le territoire français. L'Italie, quant à elle, a lancé un appel en faveur de mesures encore plus incisives. La Première ministre Giorgia Meloni a évoqué la possibilité de suspendre l'application du traité de Schengen à l'égard de l'Espagne. Madrid, de son côté, insiste sur la nécessité d'une réponse fondée sur la solidarité européenne.

 

 

 

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31 juillet 2026, 14:02