Joueurs de football, illustration. Joueurs de football, illustration.  (2026 Getty Images)

Mondial de foot, le sport est-il un «instrument de paix» ?

Premier coup de sifflet de la Coupe du monde de football, ce jeudi 11 juin au Mexique, pays co-organisateur avec le Canada et les États-Unis. Alors que les fractures internationales se creusent, que peut le sport pour rassembler les peuples et progresser vers la paix ? Un souhait porté par le Pape en ce mois de juin. Entretien avec Pascal Boniface, géopolitologue, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), auteur de "La géopolitique du sport", paru chez EKHO.

Cécile  Mérieux - Cité du Vatican

En ce mois de juin, le Pape Léon XIV a choisi de consacrer son intention de prière aux valeurs du sport, qu’il présente comme «école de fraternité, instrument de paix et espace de rencontre».

Une invitation qui raisonne dans un monde en proie aux divisions et conflits, alors que s’ouvre ce jeudi 11 juin la Coupe du monde de football. Cette compétition internationale rassemble des millions de supporters et spectateurs, et pourrait se faire la vitrine des profondes divisions internationales.

Cette année, les Etats-Unis sont l’un des pays organisateurs et l’Iran a été sélectionné pour concourir. Une participation simultanée qui laisse craindre des frictions au vu des relations entre les deux pays. C’est ce que nous explique Pascal Boniface, géopolitologue, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), auteur de la géopolitique du sport, paru chez EKHO (Armand Colin).

Entretien avec Pascal Boniface, géopolitologue, directeur de l'IRIS.

Dans l'histoire, y a-t-il des grandes dates où le sport a été un instrument de paix ?

Les guerres sont venues à chaque fois interrompre le cycle des Jeux olympiques ou des Coupes du monde, qui sont les deux grands événements sportifs mondialisés. Le sport permet peut-être de rapprocher les peuples, mais ce n'est pas une baguette magique. Il ne suffit pas de gagner une compétition sportive pour éviter les conflits.

Après les guerres mondiales, les pays vaincus ont été exclus des compétitions afin qu'ils ne prennent pas leur revanche sur le plan sportif de leur défaite militaire. On a toujours mélangé sport et politique.

Certes il y a eu des phases de rapprochement où on a pu découvrir d'autres peuples à travers les compétitions. Par exemple la Coupe du monde co-organisée par le Japon et la Corée du Sud en 2002, qui a permis un rapprochement historique entre ces deux pays que l'histoire avait douloureusement séparés et qui entretenaient des relations très compliquées.

La Coupe du monde de foot est un événement international très populaire. Est-ce que le foot va au-delà des crispations internationales ou les contourne à sa manière ?

Ni l'un ni l'autre. Lors de la Coupe du monde en 1998, il y eut un match Iran-États-Unis. À cette époque les deux pays tentaient de se rapprocher. Le tirage au sort a fait qu’ils se sont affrontés dans la phase de poule, et pour illustrer ce rapprochement, au lieu de poser séparément avant le match, les deux équipes s'étaient mélangées pour poser ensemble. Or aujourd'hui il serait très compliqué d'avoir une telle photo officielle: nous sommes passés à un autre stade des relations, c'est désormais la guerre.

Pour cette édition, la configuration est un peu particulière car un pays organisateur est en guerre avec un pays qualifié. C’est une position singulière justement dans le contexte actuel de multiples guerres et de divisions croissantes.

Est ce qu'il y a un risque d'utilisation de la compétition par le gouvernement états-unien? Une tentation d'utiliser l'événement pour faire une vitrine de l'administration Trump?

Oui bien sûr. Chaque pays organisateur tente de montrer son meilleur visage. Il se sert du fait que toutes les caméras du monde sont braquées sur lui pour montrer ses réalisations et pour après être le plus avenant possible. Cela concerne les dictatures comme les pays démocratiques, tous veulent se mettre en valeur. La France a voulu montrer ses plus beaux monuments pendant les Jeux olympiques de Paris 2024, ce qui a été, de ce point de vue-là, une réussite.

Dans le cas de Donald Trump, il est douteux que la seule tenue de la Coupe du monde puisse améliorer son image. Il va bien sûr vouloir se placer devant toutes les caméras, se mettre en avant, mais ça sera très largement insuffisant pour modifier son image qui est très largement négative, aux États-Unis et dans le reste du monde.

Cette année l’organisation de la Coupe du monde a été renouvelée: elle se déroule dans trois pays, avec plus d'équipes et notamment la participation de l'Iran. Ces changements traduisent-ils un nouvel équilibre mondial ou du moins une mutation?

Cela traduit simplement la multi-polarisation du sport, sa diffusion et sa mondialisation. Lors de la première Coupe du monde, il y avait seize places mais seul treize pays ont participé. Elle avait lieu en Uruguay et quelques pays européens ont jugé que c'était inutile d'aller si loin pour disputer une compétition. Nous sommes passés de 16 pays, à 24, puis à 32 et désormais 48. Il y a plus de membres de la FIFA que de l'ONU.

Tous les pays veulent participer à cette grande fête qu'est la Coupe du monde qui n'a lieu que tous les quatre ans. L'organisation a tenu compte de cette diffusion de plus en plus large et du fait que le football est certainement le symbole même de la mondialisation.

 

Le Pape évoque le sport comme un chemin de construction de la paix. Dans son intention de prière du mois de juin, Léon XIV demande que le sport soit toujours «une école de fraternité et non de rivalité vide, un espace de rencontre et non d'exclusion, un chemin de paix et non de violence». Comment le sport peut il être au service de la paix?


De nombreuses ONG se servent du sport pour diffuser un message de paix ou de réconciliation entre les communautés. Quand on fait du sport, on doit laisser la haine au vestiaire. Certes le sport est un affrontement, mais il est régulé, arbitré et pacifique, même s'il y a un vainqueur et un vaincu.

Un enfant rencontre souvent un étranger à travers le sport: un premier contact avec l'autre, celui qui n'est pas de son village, de son pays; ou encore une vedette sportive qu'il admire sans regarder sa couleur de peau, ses convictions religieuses ou sa nationalité. C’est cela aussi le sport. Bien sûr, il y a des dérives et parfois des violences de la part de certains hooligans. Mais je pense que si on fait un bilan global, le sport amène plus de vouloir vivre ensemble que de haine de l'autre. Il y a très souvent des scènes de fraternisation entre supporters d'équipes différentes, comme au Qatar, pendant l'Euro 2016 en France, et même en Russie.

Cette fois-ci, la crainte de beaucoup, c'est que la police de Donald Trump fasse des raids dans les stades pour faire des rafles de migrants illégaux et que le président étas-unien fasse son autopromotion. Mais il y aura aussi des scènes de fraternisation.



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11 juin 2026, 11:06