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Des organisations chrétiennes demandent à l’UE de taxer les superprofits fossiles

Une coalition d’organisations religieuses appelle Bruxelles à accélérer la sortie des énergies fossiles et à défendre une transition écologique juste, au moment où l’Union européenne redéfinit ses priorités budgétaires et climatiques.

Vatican News

Elles sont au total plus de 100 organisations chrétiennes issues de 20 pays de l’Union européenne à lancer un appel commun aux institutions européennes pour réclamer une accélération de la transition énergétique et une taxation permanente des superprofits des compagnies pétrolières et gazières. Baptisée «Europe, sois fidèle – Sauvegardons notre maison commune», cette initiative réunit des acteurs majeurs du monde chrétien engagés dans les questions sociales et environnementales.

Parmi les signataires figurent le Mouvement Laudato Si’, Caritas Europa, CIDSE, Pax Christi International, ainsi que le Réseau chrétien œcuménique pour l’environnement et plusieurs provinces jésuites. Les organisations UISG et USG qui représentent plus de 600 000 religieux et religieuses, soutiennent également l’initiative.

«L’Europe est confrontée à un choix difficile: choisir la transition vers l’abandon des énergies fossiles ou se ranger du côté des entreprises les plus polluantes, responsables de la moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre», souligne le texte de l’appel.

Un contexte géopolitique et énergétique sous tension

Cette mobilisation intervient dans un contexte marqué par une forte instabilité internationale, par les conséquences des conflits récents sur les marchés énergétiques. Les organisations dénoncent la dépendance persistante de l’Europe aux combustibles fossiles, qu’elles considèrent comme un facteur d’aggravation des crises climatiques, économiques et géopolitiques.

Selon les données citées par les signataires, les 100 plus grandes entreprises pétrolières et gazières engrangeraient plus de 30 millions de dollars de superprofits par heure pendant le conflit en Iran, profitant de l’instabilité mondiale tout en contribuant massivement aux émissions de gaz à effet de serre.

Cet appel pressant intervient également à un moment stratégique pour l’Union européenne. L’Irlande doit prendre la présidence tournante de l’UE au second semestre 2026, avant de coorganiser avec Tuvalu une conférence internationale sur la sortie des énergies fossiles début 2027. En parallèle, les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel européen doivent s’intensifier ces prochaines semaines.

Les ONG dénoncent un recul climatique européen

Les organisations chrétiennes accusent l’Union européenne d’affaiblir progressivement sa propre législation environnementale au nom de la compétitivité économique. Elles visent notamment les projets réglementaires dits «Omnibus», accusés de réduire les obligations climatiques et les garanties sociales et environnementales. Pour les signataires, les politiques de «simplification» engagées à Bruxelles conduisent à une dérégulation favorisant le maintien des investissements fossiles et l’affaiblissement du devoir de vigilance des entreprises.

«Cette campagne arrive à un moment critique, alors que la deuxième crise énergétique mondiale en moins de cinq ans et des conflits majeurs mettent en évidence notre interdépendance et notre vulnérabilité commune», déclare Lorna Gold, directrice exécutive du Mouvement Laudato Si’. «L’Europe, ajoute-elle, a une occasion unique et la responsabilité morale d’accélérer la sortie des énergies fossiles et de passer à des énergies renouvelables, notamment par le biais d’une taxe permanente sur les profits colossaux des compagnies pétrolières et gazières.» Emilie Johann, responsable Pôle Plaidoyer international du Secours Catholique précise par ailleurs le fait que «la crise climatique aggrave déjà les inégalités sociales. Les personnes les plus pauvres sont aujourd’hui les premières exposées aux crises écologiques».

Des mesures fortes réclamées

Les organisations demandent la mise en œuvre immédiate de quatre grandes orientations politiques. La première consiste à établir un calendrier clair de sortie des énergies fossiles: abandon du charbon d’ici 2030, du gaz en 2035 et du pétrole en 2040, accompagné d’une interdiction immédiate de toute nouvelle exploration fossile.

Deuxième revendication: instaurer une taxe permanente sur les superprofits des entreprises fossiles et supprimer progressivement les subventions accordées au secteur. Les recettes générées serviraient à financer la transition énergétique et à soutenir les ménages les plus vulnérables.

Les signataires réclament également une hausse massive des investissements dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et l’électrification, tout en encourageant la sobriété énergétique et l’économie circulaire. Enfin, ils demandent que le prochain budget européen donne la priorité à la justice sociale et climatique plutôt qu’aux intérêts des grandes entreprises énergétiques.

Une mobilisation soutenue par l’opinion publique

Les signataires de l’appel affirment pouvoir compter sur un soutien majoritaire des citoyens européens. Ils citent notamment les derniers résultats de l’Eurobaromètre montrant un appui important à des politiques climatiques ambitieuses. Ils mettent aussi en avant les bénéfices économiques de la transition énergétique. En mars 2026, l’énergie solaire aurait permis à l’Europe d’économiser environ 3 milliards d’euros d’importations de combustibles fossiles, illustrant selon eux l’intérêt économique des renouvelables.

Plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, l’Autriche et le Portugal, ont déjà demandé à la Commission européenne d’étudier une taxation européenne des profits fossiles exceptionnels.

Une forte mobilisation en France

En France, l’appel rassemble un large éventail d’organisations chrétiennes, écologistes et solidaires. Parmi elles figurent notamment la Province jésuite d’Europe occidentale francophone, les Franciscains, les Spiritains, les Salésiens, mais aussi le CCFD-Terre Solidaire, Justice et Paix France et Église Verte.

Les organisations estiment que l’Europe porte une responsabilité historique particulière en raison de son rôle dans le développement de l’économie fossile mondiale.«En tant que premier continent à avoir adopté une économie fondée sur les énergies fossiles, l’Europe a le devoir historique et l’opportunité de mener la transition vers une nouvelle ère», conclut l’appel.

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20 mai 2026, 11:11