Journée de l’Afrique, le continent exhorté à une vraie unité
Françoise Niamien - Cité du Vatican
La Journée mondiale de l'Afrique, célébrée tous les ans, le 25 mai, commémore la création de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) en 1963 devenue l’Union Africaine (UA), en 2002. L’objectif principal de cette journée est la célébration de l’unité, l'intégration et la solidarité panafricaines, tout en valorisant les progrès et le potentiel culturel du continent. Comme de tradition, cette célébration est marquée par plusieurs initiatives socio-culturelles en vue de renforcer la coopération et, la cohésion sociale, ainsi que le vivre-ensemble entre les pays africains.
Il est essentiel de confier la destinée de ce continent à la miséricorde de Dieu, un continent qui aspire à la sécurité, à la paix, à la concorde et à la cohésion.
Ainsi, en la solennité de l’Ascension du Seigneur célébrée cette année en Italie le dimanche 17 mai dernir, coïncidant avec sa messe mensuelle, la Communauté africaine catholique francophone du diocèse de Forlì-Bertinoro au nord-est de l’Italie a prié pour l’unité entre les Africains.
La messe, présidée par le père François Koukaga prêtre ivoirien incardiné dans le diocèse de Forlì-Bertinoro a été célébrée dans la Basilique santa Lucia. Une occasion pour le père aumônier d’exhorter, pendant son homélie, ses fidèles à être une espérance de paix et de vivre ensemble pour «notre mère l’Afrique». «Soyons des artisans de paix, luttons contre la division, condamnons toute violence, brisons le cycle de représailles d’Africains contre d’autres Africains. C’est une attitude qui ne nous honore en rien! Soyons ensemble des signes d’Espérance pour l’Afrique» a-t-il exhorté.
«Une maigre moisson»
Lors d’un entretien accordé aux médias du Vatican portant sur la célébration de la Journée mondiale de l’Afrique, le prêtre d’origine ivoirienne a dressé un bilan mitigé de l’unité africaine. Pour lui, «63 ans après la création de l’Union Africaine, en dépit de progrès notables, des défis restent encore à relever et des valeurs à promouvoir, en l’occurrence, la vraie unité, la justice, la paix, la réconciliation et le développement». Et le père Koukaga de préciser que «ces grands défis sont en lien avec la doctrine sociale de l'Église, qui promeut le développement intégral de l'homme et de tout l'homme». Portant son regard sur des maux qui minent le continent africain, le père aumônier a exprimé son regret face à «la constance des conflits, de l’insécurité dû au terrorisme, qui défigure notre continent avec des milliers de morts». Et le prêtre de s’interroger «avons-nous échoué? ne sommes-nous pas tous concernées par l’édification de notre maison commune avec des matériaux comme la réconciliation, la justice et la paix, gage d’un solide développement pour notre Afrique?».
«Vivre de l’Espérance»
En dépit de ces maux et autres «discours égoïstes qui qui mettent en mal l’unité des fils de ce continent», le père François Koukaga exhorte les Africains à «croire à des lendemains meilleurs pour notre continent», car, «l’Afrique, le berceau de l’humanité est capable de se relever et d’entamer une nouvelle marche en se débarrassant de ce qui l’attire vers le bas». Poursuivant, il soutient que le récent voyage apostolique du Pape Léon XIV en terres africaines constitue une source d’espérance pour ce continent. «À Bamenda, au Cameroun, en proie à plusieurs atrocités», dit-il «le Saint-Père a appelé les Africains à être comme l'huile qui se répand sur les blessures humaines». Le Souverain pontife soulignant ainsi dans cette métaphore, l'importance vitale du dialogue et du vivre-ensemble tout en invitant les peuples africains à vivre de l’espérance.
«Faire référence à Africae munus»
Et cette espérance selon le prêtre passe par le traitement des maux qui déchirent le continent africain. Un des remèdes provient de «l’Exhortation Post Synodal Africae munus». À travers ce document post synodal, le Pape Benoit XVI a laissé «un héritage exceptionnel à tout le continent. Ce document qui est encore d'actualité propose à tous les Africains, du simple citoyen, à l'homme politique, des outils nécessaires pour promouvoir la réconciliation, la justice et la paix», précise-t-il.
Ainsi, «pour parvenir à une paix durable, à la réconciliation et au vivre-ensemble, le défunt Pape nous propose dans cette exhortation de panser les plaies des conflits ethniques et politiques par la justice et la vérité». En outre «à lutter contre la corruption et à promouvoir des dirigeants intègres. Aujourd’hui, il nous appartient d’emprunter ne serait-ce que ces voies pour parvenir à une vraie unité, à l’amour mutuel», exhorte le père aumônier.
Bâtir une communauté de paix et d’unité
Être témoin d’une Afrique d’unité, c’est à cette mission que s’emploie la communauté africaine catholique francophone du diocèse de Forlì-Bertinoro à travers une pastorale qui s’insère dans l'ensemble des activités que chapeaute le service diocésain des Migrants affiliée à la Caritas diocésaine.
Leur slogan «en tant que missionnaires de l'Espérance, engageons-nous à bâtir une communauté qui soit une maison de paix», vise la promotion du vivre-ensemble au cœur de cette communauté créée en 2004 et forte d’environ 300 membres (hommes, femmes et enfants) à travers l’organisation de plusieurs activités spirituelles et socio-culturelles.
Le troisième dimanche de chaque mois, la messe demeure l’activité principale de la communauté. «C’est un moment fort pour la communauté, qui lui permet de vivre pleinement la fraternité et la communion. A travers cette initiative, nous cherchons à imiter la première communauté chrétienne, qui vivait en unissant vie spirituelle et communautaire» explique le père tout en faisant remarquer que l’organisation de cette messe mensuelle est une autre occasion de partage et d’échange culturel entre les membres.
De plus, «la communauté s’est toujours mobilisée pour soutenir ses membres malades ou endeuillés par des visites de réconfort. Les moments de prière et de proximité constituent davantage un partage de la douleur qu'une simple manifestation de solidarité» a encore fait remarquer l'aumônier. Par ailleurs, le dialogue, la fraternité, l'écoute et le pardon sont les valeurs que véhicule la communauté de catholiques africains francophones de Forlì-Bertinoro. Aussi «pour ce qui est de la gestion de toute éventuelle situation de mésentente nous nous referons aux paroles du Christ sur la confrontation bienveillante tout en mettant en avant le respect de l’autre, qui est d’ailleurs l’une des valeurs que nous essayons toujours de transmettre», révèle le père aumônier.
La célébration de cette journée mondiale de l’Afrique est une autre opportunité pour le père Koukaga d’exhorter ces fidèles à faire de leur diversité une source de richesse pour leur communauté dans la cohésion et l’unité. «Veillons à ne pas perdre de vue que nous sommes tous fils et filles d’un même père Dieu et d’une même mère l’Afrique» conseille le père aumônier.
«L’autre est un frère»
La communauté de catholiques africains francophones de Forlì-Bertorono compte environ 300 membres provenant de plusieurs pays africains. (Benin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Côte d’Ivoire, Madagascar, République démocratique du Congo, République du Congo, Sénégal et Togo.)
Membre de cette famille depuis 18 ans, Willy Eale, de la République démocratique du Congo se réjouit de son adhésion à «cette famille qui lui apporte beaucoup», «cette communauté est ma deuxième famille», a-t-il témoigné. Toutefois, pour le président du conseil pastoral de communauté, «il est regrettable qu’aujourd’hui nos pays africains soient déchirés par des conflits qui n’en finissent pas». «Il appartient à nous tous les fils de cette terre d’Afrique et membres de cette communauté catholique ici à Forlì-Bertinoro de vivre une unité autour du Christ en nous mettant au-dessus des situations conflictuelles qui opposent nos différents pays parce que l’autre est frère» souhaite-t-il.
L’Espérance de vivre en paix et en sécurité
Du Burkina Faso, Batiana Reine Liberna comptabilise aujourd’hui 8 ans de présence dans cette communauté regroupant des catholiques africains. «J’ai laissé ma famille biologique au Burkina mais le Seigneur m’a fait don d’une autre famille. J’ai été accueillie au sein de cette communauté par mes frères africains. Et depuis nous vivons dans un esprit de fraternité, de partage et de pardon».
En cette journée dédiée à l’Afrique, le vœu le plus ardent de Batiana Reine Liberna est de voir les peuples africains vivre dans la paix et la sécurité tout en ayant une pensée particulière pour le Sahel, en proie au terrorisme. «Je garde au plus profond de mon cœur cette espérance que le Seigneur exaucera nos supplications» affrirme t-elle .
«L'Afrique doit prendre conscience de ce quelle représente pour le monde»
Unité et paix pour l’Afrique, c’est également la prière de Antoine Parfait Noah du Cameroun. Toutefois, il estime que ces vœux formulés doivent être soutenus «par une prise de conscience de chaque Africain pour ce que représente son continent». Un continent riche à tout point de vue, soutien cet autre membre de la communuté catholiques africains francophones de Forlì. «Un enjeu plus que jamais incontournable, il appartient à ses fils d’en prendre conscience et de lui construire un avenir de paix, de fraternité vraie, et de justice». recommande -t-il.
«Nous devons éviter que ces vœux formulés ne soient pas que de simples slogans. La paix et l’unité tant recherchées ne tomberont pas du Ciel; elles se construisent. Et tout dépend de nous, peuples africains», a -t-il conclu.
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