Un navire de sauvetage de migrants dans les îles Canaries le 4 mai. Un navire de sauvetage de migrants dans les îles Canaries le 4 mai.   (ANSA)

Forum sur les migrations: «Pour les organisations catholiques, c’est le respect de la dignité qui compte»

Les Nations Unies sont réunies jusqu'au 8 mai à New York pour le deuxième Forum international d’examen des migrations. Une question sujet à controverse, à l’heure d’un monde globalisé où les inégalités sont croissantes. Les applications nationales sont diverses et les pratiques évoluent très rapidement. Les organismes caritatifs tirent la sonnette d’alarme sur une situation qui continue de se dégrader.

Cécile Mérieux - Cité du Vatican 

«La chose la plus urgente c’est de sécuriser les routes migratoires car les routes sont de plus en plus dangereuses , explique Amaya Valcarcel, avocate chargée de plaidoyer au JRS (Service Jésuite des Réfugiés). Pour nous, associations catholiques, c’est la dignité des hommes et des femmes qui compte». En première ligne sur le terrain, les organismes caritatifs ont une expérience de terrain à faire entendre parmi le concert des nations. Depuis le 5 mai à New York, ce forum quadriennal rassemble des chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l'ONU, ainsi que des membres des institutions spécialisées qui ont le statut d'observateur auprès de l'Assemblée générale, dont le Saint Siège.

Amaya Valcarcel, avocate chargée de plaidoyer au JRS

Dignité humaine

 «Peut-être devrions-nous, à l’échelle mondiale, travailler davantage pour promouvoir plus de justice, d’égalité et le développement de ces pays d’Afrique afin qu’ils n’aient pas besoin d’émigrer vers d’autres pays», suggérait Léon XIV dans l’avion qui le ramenait à Rome, le 24 avril 2026 après son voyage en Afrique. Le Pape répondait à une question sur les migrants, et dénonçait les mauvais traitements infligés à certains. «Quoi qu’il en soit, ce sont des êtres humains et nous devons traiter les êtres humains de manière humaine, et non pas souvent pire que des animaux, poursuivait le Saint Père. Il y a là un très grand défi: un pays peut dire qu’il ne peut pas en accueillir davantage, mais lorsque ces personnes arrivent, ce sont des êtres humains et elles méritent le respect qui revient à tout être humain en raison de sa dignité».

Or nombreuses sont les politiques publiques qui empêchent ou contraignent les citoyens d’accueillir d’étrangers, des politiques pointées du doigt par de nombreuses associations. Caritas Internationalis appelle par exemple à cesser de criminaliser l’aide aux migrants. L’organisation promeut le droit, et même le «devoir légal et moral de sauver des vies». D’après l’association, plus de 82 000 migrants ont été signalés morts ou disparus depuis 2014 dans le monde,  avec des taux de mortalité records sur les routes maritimes.

Des causes multiples

Guerres, inégalités économiques, changements climatiques… les facteurs qui incitent au déplacement des populations sont multiples. Dans son plaidoyer rédigé à l’occasion du Forum international, Caritas Internationalis se réfère à l’Encyclique Laudato si’  pour rappeler que les environnements sociaux et naturels sont liés et se détériorent ensemble, poussant les premières victimes de ces dérèglements à migrer.

Caritas Internationalis salue une «occasion cruciale pour les États de combler les lacunes de mise en œuvre et de réaffirmer leur engagement en faveur d’une gouvernance des migrations centrée sur les personnes et donnant la priorité aux droits de l’homme». L’organisation catholique invite les États-membres à considérer les causes profondes du déplacement forcé et à chercher des solutions diplomatiques.

Dans un communiqué publié le 4 mai, l’association déplore «une régression systémique des normes de protection, y compris les programmes anti-migration» mis en place par des politiques populistes. Elle condamne par ailleurs l’externalisation des frontières «par le biais d’accords et de retours forcés qui portent atteinte à la dignité humaine» et souligne la responsabilité éthique des nations.

Alternatives à la maltraitance

L’intégration dans la société n’est possible qu’avec un accès aux soins, à l’éducation et au logement pour tous les migrants. Des conditions d’accueil essentielles pour leur donner les moyens de vivre en société et y contribuer pleinement. Que les États veillent au respect des droits du travail des migrants permet de palier l’exploitation des travailleurs ou leur implication dans des économies clandestines.

Le JRS alerte sur les conséquences pychologiques de la migration et propose un service d’écoute aux migrants. «C’est un accompagnement psychologique et spirituel pour des gens qui ont tout quitté, leur famille, leur communauté, explique Amaya Valcarcel, ce sont des personnes qui fuient, et qui portent une blessure».

Protéger les enfants

De son côté, en amont du forum, l’Unicef a interpelé les acteurs internationaux sur les conséquences des mesures migratoires sur les droits des mineurs. Certains systèmes «risquent d’exposer ces derniers à un préjudice, à la séparation de la famille et à un accès réduit à la protection», a alerté l’agence onusienne de protection des enfants, dressant trois priorités: que les enfants ne soient jamais isolés de leur famille, qu’ils ne soient pas emprisonnés, et que soit garanti leur accès aux soins et à l’éducation.

Léon XIV a lui-même insisté sur la nécessité de protéger les enfants. Le Pape a consacré la 112e Journée mondiale des migrants et des réfugiés, qui sera célébrée les 3 et 4 octobre, au thème "Même un seul de ces enfants”. Par ce choix, il attire l’attention de la communauté internationale sur l’urgence de trouver des moyens efficaces de garantir la sauvegarde des droits et de la dignité des plus petits. 

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07 mai 2026, 15:41