Au Cameroun, la lumière de l’espérance illumine les prisons

Dans un univers carcéral, marqué par la précarité, le rejet et l’abandon, les religieuses de la Congrégation des Sœurs de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Buea travaillent au quotidien pour semer des graines d’espérance dans l’Archidiocèse de Douala. Il ne s’agit pas «seulement d’un travail, c’est un ministère de l’amour», confie sœur Caroline Acha, coordinatrice de «Victim Offender Prison Care Support» (VOPS), l’apostolat dédié à l’accompagnement des prisonniers et des anciens détenus.

Augustine Asta – Cité du Vatican

Le Cameroun, terre d’accueil et d’hospitalité, la «deuxième maison des Papes» est aussi une terre d’espérance. Dans ce pays situé au centre de l’Afrique, l’espérance, qui a été le fil conducteur de l’Année sainte 2025, est incarnée au quotidien par Sœur Caroline Acha, religieuse de la Congrégation des Sœurs de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Buea, dans le Sud-Ouest, l'une des deux régions anglophones du pays. «Notre mission est simple mais profonde: visiter le Christ en prison et restaurer la dignité humaine», affirme-t-elle avec fermeté. «Ce n’est pas seulement un travail, c’est un ministère de l’amour».

“J’étais nu, et vous m’avez habillé; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” Matthieu 25:36”

Célébration de la messe dans une prison.
Célébration de la messe dans une prison.

Engagement auprès des prisonniers et anciens détenus

Depuis plus de six ans, la religieuse camerounaise est aussi la coordinatrice de «Victim Offender Prison Care Support» (VOPS), l’apostolat des Sœurs de Sainte Thérèse, dédié à l’accompagnement des prisonniers et anciens détenus, dans une mission fondée sur la foi, la dignité et l’espérance. «Notre apostolat a commencé il y a plus de 23 ans, en 2003, à la prison centrale de New-Bell à Douala. Au départ, les Sœurs, travaillant à l’Hôpital Our Lady of Love à Logpom, rendaient visite aux prisonniers pour leur offrir des soins de santé de base.», précise t-elle. Mais, «très rapidement, nous avons compris que les besoins étaient beaucoup plus vastes: nourriture, formation, éducation, assistance juridique, mais surtout accompagnement humain et restauration de la dignité. Nous avons également constaté qu’à leur sortie de prison, beaucoup n’avaient nulle part où aller. C’est ainsi qu’est né notre centre de réinsertion à Yassa», confie-t-elle.

Avec une équipe composée de dix-sept membres et de deux autres sœurs de sa congrégation, elle intervient chaque jour auprès des prisonniers, leur offrant bien plus qu’une simple visite: une présence humaine. Aujourd’hui, la base principale de l’apostolat se trouve dans l’Archidiocèse de Douala, principalement dans les prisons de New-Bell et Ngoma, tout en répondant à d’autres appels selon les moyens disponibles.

Sœur Caroline Acha et son équipe à la prison centrale de New-Bell à Doula.
Sœur Caroline Acha et son équipe à la prison centrale de New-Bell à Doula.

La prison, entre détresse et abandon

Les conditions de vie dans les prisons camerounaises sont «extrêmement difficile», regrette sœur Caroline. Dans un établissement pénitencier comme celui de New Bell à Douala, la capitale économique du Cameroun par exemple, «plus de 5 000 détenus vivent dans des conditions de surpopulation. Le manque de nourriture, l’insalubrité, l’insuffisance des soins de santé et la détresse morale sont quotidiens», souligne-t-elle. «La prison, continue la religieuse, n’est pas un endroit où l’on enverrait même son ennemi», affirme Sœur Caroline. Une réalité aggravée par l’abandon, car de nombreux détenus n’ont plus de famille pour les soutenir.

Redonner une dignité, reconstruire une vie

Face à cette réalité, la réponse de la congrégation repose sur une approche globale: éducation, formation professionnelle, assistance juridique, soutien psychologique et accompagnement spirituel. Les détenus apprennent la couture, la boulangerie ou encore l’informatique. Certains obtiennent même des diplômes scolaires. «On ne leur donne pas seulement un savoir, on leur redonne une dignité», explique la religieuse. L’action ne s’arrête pas aux portes de la prison. À Douala, un centre accueille les ex-détenus pour faciliter leur réinsertion. Hébergement temporaire, formation et kits d’installation leur permettent de repartir sur de nouvelles bases.

Formation et réinsertion des ex-détenus.
Formation et réinsertion des ex-détenus.

L’amour au cœur de la mission

Sœur Caroline raconte l’histoire d’un jeune homme atteinte d'une maladie mentale. Après avoir été lavé, habillé et simplement écouté, il a retrouvé peu à peu confiance. «Le regard des autres a changé, et lui aussi a changé», lance-t-elle. Et d’ajouter en guise de petite victoire: «J'ai un détenu qui a déjà quitté la prison de New Bell il y a trois ans. Il avait suivi avec nous une formation d'informatique en bureautique et maintenance. Maintenant c'est lui qui forme les jeunes partout dans l’archidiocèse de Douala. Il a déjà formé plus de 350 personnes. Quand lui-même voit le grand rôle qu'il joue dans la société, il se sent important.» Pour sœur Caroline, ces gestes simples — écouter, nourrir, vêtir — deviennent des actes puissants de reconstruction personnelle.

“«Les détenus sont des êtres humains comme toi et moi. Ils ont besoin d’amour.»”

Dans les prisons camerounaises, la majorité des détenus sont jeunes, souvent âgés de moins de 35 ans. Beaucoup ont grandi sans repères, sans éducation, parfois dans la rue. «Quand on les voit, on se demande: que sera l’avenir du pays sans eux?», s’interroge Sœur Caroline. D’où l’importance, dit-elle, d’investir dans leur formation et leur réinsertion. Certains anciens détenus, une fois libérés, deviennent à leurs tours formateurs, transmettant leurs compétences à des centaines de jeunes.

Guérison intérieure et espérance

Malgré les défis - rejet social, manque de moyens, lenteurs judiciaires - la mission continue. «Ce n’est pas facile de parler d’espérance en prison, mais c’est possible», affirme sœur Caroline. Dans ce combat silencieux, la religieuse estime que «nous devons partager l’espérance», même dans les lieux les plus sombres, afin que la lumière puisse briller dans la vie de tout être humain. «Chaque personne a une valeur. Chaque vie peut être transformée. Chaque prisonnier mérite une seconde chance. À travers cette mission, nous apportons espérance et dignité.» Car «quand on restaure la dignité, on restaure la paix», fait savoir la religieuse de la Congrégation des Sœurs de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Buea.

Formation et réinsertion des ex-détenus.
Formation et réinsertion des ex-détenus.

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16 avril 2026, 15:25