Bidonville à Pekon dans l'État de Shan, en Birmanie, le 9 décembre 2024. Bidonville à Pekon dans l'État de Shan, en Birmanie, le 9 décembre 2024.   (AFP or licensors)

Cardinal Bo: «La Birmanie est oubliée du monde, mais pas de Dieu»

Le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, dénonce «la polycrise» qui pèse sur la Birmanie tourmentée par la guerre civile et les difficultés économiques et sociales. Cette situation a provoqué plus de 3 millions et demi de réfugiés et la fuite des jeunes à l'étranger.

Deborah Castellano Lubov – Cité du Vatican

Cinq ans après le coup d'État militaire, la Birmanie traverse une crise à plusieurs niveaux: économique, sociale, sanitaire et éducative. L'inflation augmente, les emplois diminuent, plus de 3,5 millions de personnes sont déplacées et toute une génération a perdu cinq années d'éducation. De nombreux jeunes, sans perspectives d'avenir, quittent le pays. Aux médias du Saint-Siège, le cardinal décrit une nation marquée par la peur, la fatigue et une profonde incertitude. Cependant, il souligne que l'espérance n'est «pas morte, mais crucifiée».

Le poids de la crise sur les jeunes

Les sentiments de la population varient en fonction des expériences personnelles et des zones géographiques, mais l'insécurité et la pression psychologique prévalent chez les jeunes. Ils vivent dans une crainte constante pour leur sécurité, entre violences généralisées, instabilité économique et risque de recrutement forcé. Cette tension prolongée a alimenté l'anxiété, le stress et le manque de confiance en l'avenir, explique le cardinal Bo. Des années de troubles ont effacé la normalité et les perspectives d'avenir: écoles fermées ou irrégulières, manque de travail, vie sociale fragmentée. Les sondages enregistrent une forte augmentation de la colère et du malaise émotionnel par rapport à la période précédant le coup d'État. «Très peu de jeunes éprouvent encore un sentiment de stabilité; beaucoup envisagent d'émigrer ou l'ont déjà fait», témoigne l’archevêque de la capitale birmane.

La résilience parmi les décombres

Le cardinal invite toutefois à ne pas réduire les jeunes au seul rôle de victimes. Même au milieu des difficultés, on peut trouver des signes de résilience et de détermination. Certains continuent de croire en un avenir meilleur et investissent dans la formation et les compétences numériques, s'efforçant de créer des opportunités dans un contexte extrêmement difficile. La vie en ligne présente également des avantages et des inconvénients: si elle favorise les connexions et l'apprentissage, elle expose également à la haine, aux abus et à la désinformation, sapant ainsi la cohésion sociale. De plus, la participation politique est en baisse chez les jeunes, souvent déçus et désabusés.

Une espérance «crucifiée»

Dans ce contexte, le cardinal Bo parle d'«une espérance chrétienne qui naît de la Croix et de la Résurrection», fondée non pas sur des calculs politiques mais sur la foi. «La Birmanie, répète-t-il, a perdu sa sécurité, sa stabilité et l'attention internationale, mais pas la présence de Dieu». Celle-ci se manifeste dans les villages détruits, dans les camps de déplacés, dans la persévérance silencieuse des familles, des catéchistes et des religieux. «Les familles partagent le peu qu'elles possèdent et prient ensemble»; de nombreux jeunes font du bénévolat et s'engagent dans les communautés. Ce sont là des signes modestes mais concrets de l'Évangile. En rejetant la haine et la violence et en promouvant la réconciliation et la dignité humaine, l'Église veut être un «sacrement d'espérance», convaincue que la violence n'aura pas le dernier mot.

Oubliés, mais pas abandonnés

De nombreux citoyens se sentent oubliés par la communauté internationale, dont l'attention ne se porte sur eux que dans les moments les plus dramatiques. Les sanctions et l'isolement ont accentué chez certains citoyens le sentiment d'abandon. Cependant, se sentir négligé par le monde ne signifie pas être abandonné par Dieu: «La Birmanie n'est pas négligée dans le plan de Dieu».

Engagement de l'Église et attention du Pape

L'Église locale continue de demander la fin des violences et une réconciliation fondée sur la justice, le pardon et la compassion. Des initiatives interreligieuses réunissent chrétiens, bouddhistes, musulmans et hindous dans des prières communes pour la paix, offrant des exemples concrets de coexistence. Des projets sur le terrain soutiennent les personnes déplacées et vulnérables. Enfin, le cardinal Bo rappelle que le Saint-Siège suit la situation avec inquiétude, invoquant la paix, le dialogue et la protection des civils. Même si les solutions politiques sont lentes et complexes à Rome, la prière ne manque pas. «Perdre l’espérance, conclut-il, signifierait livrer l'avenir à la violence et au désespoir. La Birmanie continue d'espérer, non pas parce que la situation est facile, mais parce qu'elle ressent l'amour de Dieu».

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14 février 2026, 10:19