Minnesota: l'évêque de Saint Cloud déplore la violence de la police de l'immigration
Federico Piana - Cité du Vatican
«Les agents de l'ICE ne semblent pas se comporter correctement. Ils utilisent un langage vulgaire, ils sont physiquement violents. Il semble que la manière dont ils utilisent leur matraque ne soit pas conforme à ce que devraient faire des forces de l'ordre professionnelles». Mgr Patrick Neary a déjà vu des dizaines d'«opérations contre l'immigration clandestine» menées par les policiers fédéraux de l'ICE, Immigration and Customs Enforcement.
Protestations massives
Le diocèse dont il est l'évêque, celui de Saint Cloud, se trouve à une soixantaine de kilomètres de Minneapolis, ville secouée par des protestations massives contre les centaines d'arrestations et d'expulsions de migrants accusés d'avoir enfreint les lois sur l'immigration. La consternation a atteint des nouveaux sommets après un deuxième décès provoqué par des agents fédéraux de l’immigration, lors d'une manifestation contre des opérations des agents de l'ICE le samedi 24 janvier.
Églises concernées
L'évêque de Saint Cloud a vu ces agents et cette peur rôder dans les rues de son diocèse. Il en parle aux médias du Vatican, en précisant d'emblée que la situation n'est pas différente de celle de Minneapolis: «L'ICE est très présente autour de nos églises. Dans certains cas, les agents ont frappé à la porte des communautés ecclésiales où le pourcentage de Latinos est élevé: tout le monde a peur d'être arrêté». Trop nombreux sont ceux qui ne sortent plus de chez eux de peur d'être arrêtés, menottés et séparés de leur famille. «Ils ne vont même plus travailler et s'ils ne gagnent pas d'argent, ils ne peuvent pas payer leur loyer, leurs factures. Ils sont vraiment bouleversés».
Saint-Cloud est une ville de 70 000 habitants dont 13 % des familles sont d'origine somalienne. La plupart d'entre elles sont des migrants, mais leurs enfants sont nés aux États-Unis. Et eux aussi, dénonce Mgr Neary, ont été pris pour cible par l'ICE: «Lorsque les policiers sont venus arrêter certains membres de cette communauté, des affrontements ont éclaté. Récemment, ils ont été qualifiés de personnes qui ne méritent pas d'être ici et qui proviennent d'une culture peu respectable. Ils vivent désormais dans un état d'extrême d’accablement». La colère qui grandit de plus en plus parmi la population est également due au fait que les agents de l'ICE peuvent désormais entrer dans une paroisse, une école ou une maison sans mandat judiciaire. «Je pense qu'un mandat administratif suffit désormais, déplore-t-il..«Cela représente une violation de certaines libertés dont nous jouissons dans ce pays: il y a une inquiétude générale quant à l'effondrement de l'État de droit et de l'ordre public».
Acharnement ciblé
Mais une autre opinion, fortement répandue selon l'évêque, circule parmi la population: «Beaucoup de gens pensent que l'ICE fait simplement son travail... Je comprends que la peur de l'autre pousse ceux qui soutiennent l'ICE à considérer tous les immigrés comme des criminels, car c'est ainsi qu'ils sont définis, mais cela est préoccupant». D'autant plus que l'acharnement semble également se concentrer sur les migrants vulnérables qui ont entamé le processus d'obtention de la citoyenneté après avoir obtenu un certificat d'immigration régulière. «Certains sont approchés par l'ICE même en dehors des tribunaux d'immigration. Si l'ICE ne recherchait que les personnes ayant réellement commis des crimes, il n'y aurait rien de mal à cela. Nous savons très bien que les États-Unis ont le droit de défendre leurs frontières, mais de la même manière, ceux qui fuient l'extrême pauvreté ou la violence ont le droit d'immigrer. Il faut trouver un équilibre entre ces deux réalités».
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