La Vierge Marie de Montserrat. La Vierge Marie de Montserrat. 

Les origines du dogme de l'Assomption

Ce samedi 15 août, l’Église célèbre l’Assomption, l’élévation de Marie au Ciel, la menant corps et âme jusqu’à son Fils Jésus. En effet, le 1er novembre 1950, le Pape Pie XII proclamait comme dogme, dans la constitution apostolique Munifentissimus Deus, l'élévation en âme et en corps à la gloire céleste de la Vierge Marie «à la fin du cours de sa vie terrestre». Le père Jean-Pierre Sieme revient sur les origines de la solennité de l’Assomption et sur la signification de ce dogme.

Entretien mené par Augustine Asta – Cité du Vatican

Célébrée depuis la nuit des temps chrétiens en Orient, l’Assomption a connu une longue maturation en Occident avant d’être proclamée comme dogme par le Pape Pie XII en 1950. Cette vérité de foi, enracinée dans la tradition chrétienne et attestée par les Pères de l’Église, occupe donc depuis longtemps une place centrale dans la dévotion à la très sainte Vierge Marie, Mère du Christ, explique le père Jean-Pierre Sieme, professeur dans plusieurs universités pontificales (Urbanienne, Antonianum et Marianum) et membre de l'Académie pontificale mariale internationale. «Cette gloire de Marie, ajoute-il, nous donne déjà l'espérance que même nous, nous irons comme Marie, vivre avec le Christ».

Entretien avec le père Jean-Pierre Sieme, membre de l'Académie pontificale mariale internationale.

Comment définir simplement le dogme de l’Assomption de la Vierge Marie, proclamé par le Pape Pie XII en 1950? Comment cette fête est-elle née et quelle est sa signification?

La définition dogmatique de l’assomption est intervenue le 1er novembre 1950, en la grande fête de la Toussaint. C'était une vérité révélée et un acte de foi qui a été couronné et qui a fait un cheminement pluriséculaire. Le Pape saint Paul VI dans son document consacré au culte marial, Marialis Cultus, publié le 2 février 1974, affirme que la solennité du 15 août célèbre la glorieuse Assomption de Marie au Ciel, fête de son destin de plénitude et de béatitude, de la glorification de son âme immaculée et de son corps virginal, de sa parfaite configuration au Christ ressuscité. Pour le Pape, c'est une fête qui propose à l'Église et à l'humanité l'image de la confirmation consolante où se réalisera l'espérance finale. Cette glorification totale est en effet le destin de tous ceux que le Christ a fait frères. Tout le monde, sans exception, parce que nous faisons partie d'un même corps avec le Christ.

La solennité de l'Assomption se prolonge dans la célébration de Sainte Marie Reine, le 22 août. Cela fait donc quatre solennités qui marquent, avec le plus haut degré liturgique, les principales vérités dogmatiques: nous avons la maternité divine de Marie que Paul VI a fixée pour le 1er janvier, et après cela le 25 mars, c'est la grande fête de l'Annonciation. Fêtes conjointes qui célèbrent le Fils et la Mère. Mais sans oublier que pendant les temps de l'Avent, nous avons l'Immaculée Conception. La troisième solennité et la dernière, c'est l'Assomption. Donc toutes les quatre solennités vont toujours ensemble.  

“Cette gloire de Marie nous donne déjà l'espérance que même nous, nous irons comme Marie, vivre avec le Christ.”

Vous l’avez dit père, la croyance en l’Assomption est bien plus ancienne que sa proclamation comme dogme. Comment cette foi s’est-elle progressivement développée dans les premières communautés chrétiennes, notamment en Orient?

Si on se réfère à l'antiquité, la fête de l'Assomption a été instituée par l'empereur Maurice il y a longtemps, bien avant le huitième siècle. Et l'Église a toujours célébré cette fête car nous avons la fête de la Dormition. C'est de là que nous devons partir. Du point de vue doctrinal, le christianisme antique, dans les cinq premiers siècles, n'avait pas encore élaboré sa doctrine sur le destin de l'homme et par conséquent celui de Marie. Pour les pères, ce qui était urgent à ce moment-là, c'était la prédication kérygmatique de la nouveauté de la résurrection du Christ, car on devait comprendre comment il est ressuscité. Et c'est à partir de la nouveauté de la résurrection du Christ, que les premiers chrétiens illuminés par l'Esprit-Saint ont commencé à approfondir la question de la promesse de la foi sur le destin de l'homme. Car Jésus a dit: «Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui vit et croit en moi, même s'il meurt, vivra. Quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais».

Donc, la résurrection du Christ a renforcé la ferme conviction que, un jour même les disciples du Christ, nous tous participeront à sa gloire au moment de la résurrection de tous les croyants. Ce cheminement-là, ce qui a précédé, c'est la foi des fidèles. Ce qui nous a amené à la définition dogmatique de l'Assomption, c'est à partir du moment où le Pape Pie IX a défini le dogme de l'Immaculée Conception, où on dit Marie a été conçue dès le premier instant, sans le péché originel. Cela a fait rebondir les problèmes, mais tout le monde célébrait l'Assomption avant 1er novembre 1950. La fête du 15 août était connue par tout le monde. Tous les fidèles y croyaient fermement. Le Pape n'a fait que confirmer ce que l'on a célébré le siècle précédent, surtout en Orient, et même chez nous en Occident.

Pourquoi a-t-il fallu attendre 1950 pour que l’Église catholique proclame officiellement le dogme de l’Assomption, alors que cette croyance était présente depuis de nombreux siècles?

Dans la définition dogmatique de l'Assomption de Marie, le Pape Pie XII reprend les trois premiers dogmes: la virginité de Marie, la maternité divine et l'Immaculée Conception. C'est en fonction de cela qu'il dit: après avoir parcouru sa vie terrestre, Marie a été prise, avec son corps et son âme au ciel. Donc, cela a attendu parce qu'il fallait que ça soit clair. On ne pouvait pas définir quelque chose où il y avait un doute. Après la définition dogmatique de l'Immaculée Conception, nous avons eu tout un mouvement qu'on appelait ''mouvement assomptionniste''. Et du point de vue théologique, il y a eu un grand débat parce qu'il y avait des gens qui étaient convaincus que Marie serait morte, et d'autre qui disaient qu'elle ne l'était pas. Donc, il y a cette discussion théologique. 

Pie XII affirme que Marie, «ayant achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée à la gloire céleste en âme et en corps». Que signifie concrètement cette expression «en âme et en corps»?

Nous devons savoir que l'homme ou la femme est un. Il est constitué d'un corps et d'une âme. Il n'y a pas de doute. Mais il n'est pas composé de telle manière que cette composition soit simplement hasard pour les parties composantes. Dès le début, dans le projet de Dieu le Créateur, il est Un dans la réalité de son humanité unique et dans une ultime destination. Voilà pourquoi l'Église, dans son enseignement antique déjà et originel, a toujours parlé précisément de la résurrection de la chair quand elle voulait parler de la consommation de l'Homme tout entier. Elle entend par chair, l'Homme tout entier est véritablement doué du corps, et c'est de lui qu'elle affirme que son but ultime, sa consommation, consiste en ceci: partager dans toutes les dimensions de sa propre réalité, la gloire éternelle de son Créateur, être transfiguré en son corps, être enveloppé d'un nouveau ciel et d'une nouvelle terre est emplie en sa réalité spirituelle. Parce que le Verbe s'est fait chair et il est venu habiter parmi nous.

Corps et âme, si nous séparons, ça devient un problème. Nous le disons dans le Credo, dans notre acte de foi, nous croyons en la résurrection de notre corps glorieux. Donc, le Pape ne pouvaient pas ne pas souligner cet élément-là, parce qu'il y avait ces doutes-là du point de vue théologique. Et aujourd'hui, nous pouvons développer différemment parce qu'on parle de l'Homme, de la personne de Marie.

Pourquoi l’Église considère-t-elle que Marie a bénéficié d’un privilège particulier? Quel lien peut-on faire entre son Assomption et sa foi, son «oui» à Dieu et son rôle dans le dessein d’amour de Dieu pour l’humanité?

Quand nous parlons de l'Annonciation, Marie a été choisie librement par Dieu, pas par nous. Saint Paul dit: «Quand vint la plénitude du temps, Dieu a envoyé son Fils né d'une femme». Mais à l'Annonciation, c'est l'ange Gabriel qui est allé trouver la Vierge Marie. C'est après la réponse de l'ange que Marie a donné son consentement. Ce choix-là, nous montre que Marie a eu un privilège d'être choisie comme Mère de Dieu.

Et deuxièmement, avec le dogme de l'Immaculée Conception, nous voyons que Marie a eu le privilège de ne pas être conçue avec le péché originel, mais ce privilège a été donné en vue du Christ, pas pour elle. Marie est immaculée conception parce qu’elle devait devenir la mère du Fils de Dieu.

Ces deux dogmes, la maternité divine et l’Immaculé conception montrent qu’elle a été privilégiée. Jusqu'à présent, personne n'est allé au ciel, corps et âme, excepté la Vierge Marie qui est auprès du Christ. Nous pouvons donc dire que c'est un privilège.

Qu’est-ce que le dogme de l’Assomption peut encore nous dire aujourd’hui, dans notre vie quotidienne et dans notre chemin de foi?

Le dogme de l'Assomption doit nous dire beaucoup de choses. Nous vivons dans le monde actuel, où parfois il y a beaucoup de personnes qui doutent de leur foi, qui ne comprennent pas. Marie, justement, nous donne la possibilité de comprendre quelle est notre fin. Lumen Gentium nous explique que Marie est signe d'espérance certaine et de consolation pour le peuple de Dieu en marche.

Que dit le Concile? Tout comme dans le ciel où elle est déjà glorifiée corps et âme, la Mère de Jésus représente et inaugure l'Église en son cheminement dans les siècles futurs. En attendant la venue du Jour du Seigneur. Elle brille déjà devant le peuple de Dieu en pèlerinage, comme un signe d'espérance assurée de consolation. Nous ne pouvons pas vivre sans espérance, et Marie est signe d'espérance pour nous et de consolation. C'est pour cela nous ne pouvons pas ne pas faire référence à notre mère, parce que nous n'oublions pas que Marie fait partie du mystère de l'Église et du Christ. Donc, elle est complètement liée au Christ. Et nous ne pouvons pas aller vers Jésus sans savoir qui est sa mère. C'est pour ça que le Christ nous l'a donnée comme mère. Chacun de nous, qui est ami et frère du Christ, doit savoir que Marie est sa mère. Nous avons tout espoir de dire que notre Mère est au ciel et nous allons un jour la rencontrer. Cela doit être un stimulant pour nous de continuer à croire.

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15 août 2026, 09:53