Lors de la soirée de prière en mémoire des migrants morts ou portés disparus Lors de la soirée de prière en mémoire des migrants morts ou portés disparus  

Côte d’Ivoire: face au drame des migrants disparus, l’Église veut réveiller les consciences

«Mourir d’espérance»: sous ce thème, la Communauté de Sant’Egidio de Côte d’Ivoire a organisé, mercredi 19 août 2026, à Abidjan-Treichville, une soirée de prière en mémoire des migrants morts ou portés disparus sur les routes de l’exil. Une initiative qui entend briser le silence autour d’un drame devenu récurrent et interpeller les jeunes, les familles ainsi que les dirigeants africains sur leurs responsabilités face à l’immigration irrégulière.

Marcel Ariston Blé – Abidjan

Dans la salle de conférence de la maison communautaire de Sant’Egidio, à Abidjan-Treichville, l’heure était au recueillement. Autorités politiques et administratives, responsables ecclésiastiques et fidèles se sont réunis le 19 août pour honorer la mémoire des hommes et des femmes morts en mer ou dans les déserts, alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Europe à la recherche d’un avenir meilleur.

La soirée a été ponctuée de prières, de prises de parole et de témoignages de migrants de retour. Au-delà de l’hommage rendu aux disparus, la rencontre se voulait également un plaidoyer en faveur d’une prise de conscience collective face à la persistance du phénomène migratoire. Pour George Adon, responsable national de la Communauté de Sant’Egidio en Côte d’Ivoire, il s’agit avant tout de «réveiller les consciences». «Après plusieurs rencontres, nous avons constaté que, lorsque nos frères et sœurs migrants, surtout ceux d’Afrique subsaharienne, meurent en mer, personne ne pense à eux », déplore-t-il.

Rompre avec l’indifférence

Selon George Adon, la Communauté de Sant’Egidio avait déjà lancé, à Lampedusa, un appel aux dirigeants africains afin qu’ils prennent davantage en considération le sort des migrants qui périssent sur les routes de l’exil. Mais cet appel, regrette-t-il, n’aurait pas reçu la réponse attendue. «Combien de chefs d’État africains vont à Lampedusa pour pleurer leurs enfants enterrés en Méditerranée, ou morts dans le désert, et se recueillir en leur mémoire?», interroge-t-il. Pour le responsable de Sant’Egidio, l’enjeu est désormais de mettre fin à l’indifférence et au silence qui entourent ces disparitions. «Nous avons voulu mettre une croix sur ce grand silence, celui qui entoure les disparus en mer et dans le désert. Nous avons voulu réveiller les consciences», souligne-t-il.

Lors de la soirée de prière en mémoire des migrants morts ou portés disparus
Lors de la soirée de prière en mémoire des migrants morts ou portés disparus

Mgr Tiémélé appelle à la responsabilité

L’édition 2026 de «Mourir d’espérance » était présidée par Mgr Jean-Pierre Tiémélé, évêque d’Abengourou et président de la Commission épiscopale pour la pastorale sociale et du Service du développement humain intégral (CePAS-SDHI). Le prélat a appelé à une mobilisation collective pour enrayer le phénomène de l’immigration irrégulière en Afrique. Il a notamment invité les jeunes à ne pas se laisser séduire par les illusions d’une vie meilleure à l’étranger. «Certains jeunes se laissent malheureusement prendre au piège des clichés d’une vie meilleure à l’extérieur. Pourtant, ici, dans nos pays et sur notre continent, nous avons la possibilité de réaliser nos rêves si nous réfléchissons sérieusement», affirme l’évêque d’Abengourou.

Le rôle essentiel des familles et des dirigeants

Pour Mgr Jean-Pierre Tiémélé, la famille constitue également un maillon essentiel dans la prévention de l’immigration irrégulière. L’éducation et l’accompagnement des jeunes doivent, selon lui, commencer au sein du cercle familial. «Les enfants qui prennent la route de l’Europe ont des familles, c'est donc au cœur de celles-ci que les parents doivent jouer leur rôle d’éducateurs. Une telle éducation pourrait contribuer à freiner l’immigration irrégulière», estime-t-il. L’évêque invite ainsi les familles à dialoguer davantage avec les jeunes et à les aider à discerner les risques liés aux parcours migratoires clandestins.



L’évêque d’Abengourou a également insisté sur la responsabilité des pouvoirs publics. Il a dénoncé l’injustice sociale et la mauvaise répartition des richesses, qui contribuent à nourrir le désir de partir. Le prélat a appelé les gouvernants à promouvoir davantage de justice sociale et à mieux prendre en compte les souffrances des populations. Son appel porte notamment sur la création de conditions économiques et sociales permettant aux jeunes de construire leur avenir dans leurs propres pays.

Accompagner les migrants de retour

Plusieurs structures de l’Église catholique s’engagent également dans la sensibilisation et l’accompagnement des migrants de retour. Le Secrétariat exécutif national de l’Apostolat de la mer, des migrants, des réfugiés, du tourisme et des personnes en déplacement œuvre notamment à la réintégration de ceux qui reviennent après une expérience migratoire souvent douloureuse.

Le père Emmanuel Aka Amon, responsable de cette pastorale, insiste sur la nécessité d’un accueil empreint de dignité et de compassion. «Il faut les accueillir lorsqu’ils reviennent chez eux. Ils sont souvent déboussolés et démunis. Le fait de les accueillir et de les accompagner nous permet de les aider à restaurer leur dignité et à reprendre confiance en vue de leur réintégration dans la société qu’ils ont laissée», explique-t-il. Cette année, environ 120 migrants de retour ont bénéficié de cet accompagnement grâce au soutien de partenaires. Le dispositif comprend notamment un suivi psychologique, des activités génératrices de revenus et un appui financier, précise le père Emmanuel Aka Amon.

Le drame migratoire demeure particulièrement préoccupant. Selon les données attribuées à l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), le nombre de migrants morts ou portés disparus en Méditerranée a fortement augmenté depuis le début de l’année 2026, faisant de cette période l’un des débuts d’année les plus meurtriers de ces dernières années.

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22 août 2026, 10:06