Des religieuses créent, en urgence, un hôpital de campagne à Maiquetía
Johan Pacheco – Cité du Vatican
«L’hôpital San José a subi des dommages structurels lors du séisme et n’est plus habitable. C’est pourquoi nous avons installé un hôpital de campagne juste en face», explique sœur María Yraida Mora Sánchez, vicaire générale de la congrégation des Petites Sœurs des Pauvres de Maiquetía, qui mène une mission de santé à La Guaira et à Caracas, au Venezuela.
La préoccupation de la religieuse, tout comme celle de l’ensemble de la population, est de pouvoir continuer à retrouver miraculeusement des survivants, comme cela s’est produit ces dernières heures au milieu des décombres qui recouvrent La Guaira, où les autorités font déjà état de plus de 3 500 morts. «On parle toujours à quelqu’un qui vous dit avoir perdu un ami, un proche ou un enfant; ou bien avoir perdu sa maison ou son emploi, car les zones d’activité ont elles aussi été détruites», raconte la religieuse en décrivant le quotidien de la population après le séisme du 24 juin.
Aide dans les centres d'accueil et crise humanitaire
Outre l'aide apportée à l'hôpital, sœur María Yraida Mora explique que les sœurs se rendent «ponctuellement dans trois centres d'accueil, et la situation y est très, très difficile. C'est compliqué car le Venezuela traversait déjà une crise économique et humanitaire, comme le sait une grande partie du monde.» «Dimanche dernier, nous avons célébré l’Eucharistie ici, sur la place Padre Machado. Elle a été présidée par Mgr Pablo Modesto, évêque de La Guaira. La manifestation de foi et de confiance en Dieu reste vivante parmi la population, même au milieu de la souffrance», souligne la religieuse.
Un hôpital sous des auvents et des tentes
Sœur María Mora raconte comment le centre médical a dû être réaménagé en raison des dégâts causés par le séisme: «Ici, à La Guaira, nous avons l’hôpital San José, qui est un centre de santé de type 2, assez complet. Nous gérons également le collège Madre Emilia à Maiquetía, d’autres centres de santé à Caracas et une maison de retraite. Cependant, l’hôpital San José a subi de graves dommages structurels et est inhabitable. Nous avons donc installé un hôpital de campagne sur la place située en face. Nous bénéficions du soutien de la Croix-Rouge italienne, de l’Avessoc (Association vénézuélienne des services de santé d’orientation chrétienne) et des médecins de la congrégation eux-mêmes, qui travaillent à la clinique Padre Machado et à l’hôpital San José».
La religieuse ajoute qu’ils travaillent «avec des tentes et des auvents, en essayant d’aménager l’espace. C’est là que nous dispensons nos soins, car une grande partie de notre personnel et de nos collaborateurs a également été touchée par la catastrophe. De même, nous nous rendons quotidiennement dans les camps de tentes où se trouvent les familles sinistrées pour leur apporter de l’eau, de la nourriture, des médicaments et des dons de première nécessité. Au milieu de cette tragédie, nous ne pouvons pas oublier les patients atteints de maladies chroniques: les hypertendus, les diabétiques ou les personnes souffrant d’épilepsie. Il faut prendre soin d’eux et leur fournir les traitements adaptés afin que leurs maladies ne s’aggravent pas».
Risque d'urgence sanitaire
Face aux craintes d'une épidémie, la religieuse souligne que «malheureusement, la situation sanitaire de notre pays était déjà critique avant le séisme. À l’heure actuelle, il y a un besoin énorme d’antiallergiques, d’antihypertenseurs et de pommades antifongiques, car l’État de Vargas est une région extrêmement chaude et il n’y a actuellement pas d’approvisionnement en eau. Les pénuries sont innombrables. Nous constatons également qu’il faut beaucoup d’eau pour les personnes qui se trouvent encore parmi les décombres, aidant à rechercher des survivants ou essayant de récupérer quelques effets personnels, soit tout ce qui leur restait.»
Concernant le travail du personnel médical, elle explique que «les médecins regroupent leurs patients pour leur faire parvenir les médicaments, car dans l’État de Vargas (La Guaira), la plupart des pharmacies ont été détruites ou restent fermées». «Les blessés les plus graves ont été transférés vers les hôpitaux de Caracas. Ici, nous nous chargeons des soins de santé primaires: soigner les blessures et traiter les cas de diarrhées et de virus qui commencent déjà à apparaître», précise sœur Mora.
Un patrimoine riche de 138 ans d’histoire
La vicaire général a fait part de la profonde tristesse de la communauté face à la détérioration de l’hôpital San José: «C’est le berceau de notre congrégation. C’est ici que se trouve la chapelle où reposent les dépouilles du père Machado et de Mère Émilie, nos fondateurs. Cet hôpital est un emblème non seulement pour nous, mais aussi pour tout l’État de Vargas (La Guaira). Il a 138 ans d’histoire».
Malgré les dégâts matériels, sœur María Yraida Mora conclut par une réflexion: «L’hôpital ne se résume pas à ses murs. L’hôpital, c’est chacun d’entre nous: c’est chaque infirmière, chaque médecin et chaque religieuse qui s’efforce, jour après jour, de donner le meilleur d’elle-même».
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