En Thaïlande, un nouvel évêque pour une Église dynamique et diversifiée
Emmanuel Cruz*
Une foule nombreuse s’est pressée dès les premières heures de la matinée dans la cathédrale de Chiang Mai pour assister à l’installation du cinquième évêque du diocèse. Mgr Peter Suphot Roeksujarit a été installé par Mgr Francis Xavier Vira Arpondratana dans la cour extérieure de l’école du Sacré-Cœur.
La messe a rassemblé des évêques venus de toute la Thaïlande, ainsi que Mgr Peter Bryan Wells, nonce apostolique en Thaïlande, et Mgr Samuele Sangalli, secrétaire adjoint et administrateur du dicastère pour l’Évangélisation, des centaines de membres du clergé de Thaïlande et des pays voisins, ainsi que des représentants de la communauté interconfessionnelle de Chiang Mai. La cour étant comble, les fidèles restants ont envahi la cathédrale elle-même, la cantine de l’école et même la cour de la maternelle, où de grands écrans retransmettaient la cérémonie en direct.
Cette installation vient pourvoir un poste vacant depuis le 27 juin 2024, date à laquelle le Pape François avait nommé Mgr Vira, alors évêque de Chiang Mai, administrateur apostolique de Bangkok, lui faisant partager ses fonctions entre les deux diocèses. Il a été officiellement intronisé archevêque de Bangkok le 2 mars 2025, tout en continuant à diriger Chiang Mai jusqu’à aujourd’hui, jour où il a remis le bâton pastoral au nouveau pasteur du diocèse.
Un nouvel évêque, un nouveau pasteur
Pour les personnes présentes, cette journée était empreinte à la fois d’anticipation et d’un espoir discret quant à l’avenir. Bank, une laïque de Chiang Mai, a déclaré qu’elle espérait que le nouvel évêque ramènerait vers l’Église ceux qui s’en sont éloignés, convaincue que la foi peut se renouveler, même à travers de petits gestes.
Le père Juan Pablo, un prêtre colombien originaire de Chiang Rai, ville voisine, qui avait fait le déplacement pour l’occasion, a exprimé un sentiment similaire d’attente mêlé de patience. «C’est une nouvelle opportunité pour le diocèse d’avoir un nouvel évêque, un nouveau pasteur», a-t-il déclaré. «Depuis près de deux ans, nous étions sans pasteur; c’est donc un signe de Dieu, et un signe pour l’Église que celle-ci est vivante et continue d’avancer.»
Au cours de la messe, les fidèles ont assisté à la remise au nouvel évêque de l’anneau épiscopal et de la mitre, puis de la crosse, ou bâton pastoral, symbolisant son rôle de berger d’un nouveau troupeau.
Des milliers de personnes étaient présentes, pour la plupart issues de minorités ethniques et vêtues de leurs habits traditionnels, à l’image du diocèse de Chiang Mai lui-même, façonné par la diversité de sa population et la vaste étendue géographique qu’il couvre. Des hymnes ont retenti dans les langues locales tout au long de la messe. Bravant la chaleur et l’humidité, les fidèles ont assisté à la cérémonie avec attention, patience et une joie manifeste.
«L’amour unit tous les cœurs»
La première messe de l’évêque étant prévue ce 30 juillet, c’est l’archevêque Mgr Vira qui a présidé la messe ce 29 juillet. Mgr Suphot dirige désormais un diocèse qui s’étend sur quatre provinces et environ 48 013 kilomètres carrés, une superficie comparable à celle du Costa Rica, à la frontière avec la Birmanie, et qui abrite de nombreuses communautés de tribus montagnardes, notamment les Karens, les Hmongs, les Lahus, les Akhas et les Lisu, chacune ayant sa propre langue et ses propres coutumes. Sa devise épiscopale, «Caritas Omnia Corda Unit» ou «L’amour unit tous les cœurs», reflète parfaitement l’esprit d’un diocèse caractérisé par une telle diversité.
Outre son étendue, la région est confrontée à d’importants défis sociaux. La pauvreté, l’accès limité à l’éducation, les inégalités entre les sexes et l’apatridie rendent de nombreux habitants vulnérables, en particulier au sein des communautés ethniques minoritaires proches de la frontière. La traite des êtres humains et le trafic de drogue restent des problèmes persistants dans la région, et les prêtres catholiques ainsi que les religieuses participent activement aux efforts de protection, les écoles catholiques constituant souvent l’un des rares refuges disponibles pour les enfants vulnérables.
Sécularisation et consumérisme
Cette installation s’inscrit également dans le contexte de changements plus larges auxquels est confrontée l’Église catholique en Thaïlande. La sécularisation et le consumérisme éloignent les jeunes de la pratique religieuse, toutes confessions confondues, une préoccupation dont les dirigeants bouddhistes, catholiques et musulmans ont discuté conjointement ces dernières années. L’exode rural vers les centres urbains continue de clairsemer les communautés paroissiales rurales du nord, alors même que le diocèse de Chiang Mai a ordonné un nombre record de prêtres en début d’année.
Pourtant, comme l’ont laissé entendre les propos de Bank et du père Juan Pablo, et comme l’a clairement montré l’affluence d’aujourd’hui, un sentiment d’optimisme et d’espoir renouvelés était palpable tout au long de la journée. Pour un diocèse qui a attendu plus de deux ans avant de retrouver un pasteur, cet espoir, visible dans les cours bondées et les costumes traditionnels aux couleurs vives portés pour l’occasion, est peut-être le signe le plus authentique à ce jour que l’Église ici, comme l’a dit le père Juan Pablo, continue d’avancer.
*Emmanuel Cruz est missionnaire laïc à Chiang Mai depuis 2015
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